L’exposition "Présumées coupables" aborde le sujet du crime au féminin, objet de multiples fantasmes véhiculés depuis toujours par les mythes, la religion,la littérature ...

Falconetti dans La Passion de Jeanne d'Arc, Carl Dreyer, 1927
Falconetti dans La Passion de Jeanne d'Arc, Carl Dreyer, 1927 © Getty

Marguerite Duras, avec son goût de l’hyperbole, y va un peu fort dans la relecture de Michelet. En fait il n’y eut pas un million de sorcières brûlées en Europe mais dix fois moins. 100 000 exécutions pour 200 000 procès entre le XIVème et la fin du XVIIème siècle avait-on coutume de dire. Et, aujourd’hui, des historiens révisent ce chiffre à la baisse, 60 000 voire 40 000 exécutions, ce qui est déjà phénoménal. C’est l’Eglise catholique qui, dès 1233, lance l’offensive contre la sorcellerie, rapidement confondue, pour raisons politiques, avec l’hérésie. Mais, là où Duras voit clair, c’est en rappelant qu’à l’origine de cette folie se trouve la méfiance millénaire envers la femme.

Eve la pécheresse, la tentatrice, la corruptrice. Celle qui a été l’instrument du Malin dans le péché originel. Sorcières donc, et empoisonneuses, infanticides, pétroleuses, tricoteuses, traîtresses, les femmes, qui, depuis que les archives judiciaires existent, n’en occupent que moins de 10%, sont surreprésentées dans les affaires où les juges recherchent le diable, le sexe, le poison.

Les Archives Nationales, dépositaires de la mémoire criminelle du pays, nous présentent, dans une exposition passionnante, six siècles d’affaires emblématiques.

L'affiche de l'exposition : La Passion de Jeanne d'Arc, Carl Dreyer, 1927 © GettyImages / graphisme Costanza Matteucci
L'affiche de l'exposition : La Passion de Jeanne d'Arc, Carl Dreyer, 1927 © GettyImages / graphisme Costanza Matteucci

Du Moyen Age à la Libération, sont exposés, dans les salles majestueuses de l’Hôtel de Soubise à Paris, des parchemins fragiles et des extraits, traduits en français, des registres tenus par le Parlement de Paris, des procès verbaux d’interrogatoire et des comptes rendus d’affaires célèbres. De la paysanne analphabète, avouant sous la torture, des relations intimes avec Belzébuth jusqu’à Arletty passant en jugement pour avoir aimé un officier allemand, de Louise Michel, à qui l’on reproche de s’être habillée en homme, à Violette Nozières, de mœurs légères, toutes sont jugées parce que scandaleuses. Un livre, « Présumées Coupables », paru chez l’Iconoclaste, nous le raconte. Pierre Fournié, conservateur en chef du Patrimoine, et Julie Doyon, historienne, spécialiste des affaires criminelles, qui y ont tous deux contribué, sont aujourd’hui les invités de l’Humeur Vagabonde.

L'exposition "Présumées coupables" est à voir jusqu'au 27 mars 2017 à Hôtel de Soubise, 60 Rue des Francs Bourgeois, 75003 Paris

Le reportage de Gladys Marivat:

Visite de l’exposition « Présumées coupables » à l’Hôtel de Sully à Paris en compagnie de Fabrice Virgili, historien et directeur de recherche au CNRS.

Spécialiste des relations entre hommes et femmes au cours des deux guerres mondiales, auteur d’une thèse sur la tonte des femmes accusées de collaboration, Fabrice Virgili est également membre du comité de rédaction de la revue « Clio. Femmes, Genre, Histoire. » Membre du comité scientifique de l’exposition « Présumées coupables », il a signé dans le catalogue la partie consacrée à l’image de la traîtresse, incarnée par la femme tondue lors de la Libération.

Dernière partie de l’exposition après la sorcière, l’empoisonneuse, l’infanticide et la pétroleuse, la partie consacrée à la tondue se démarque par l’abondance de photos, de films et aussi de documents. Depuis le 27 décembre 2015, en effet, des fonds qui étaient soit soumis à des délais de communication, soit couverts par le secret Défense sont désormais libres d’accès. Parmi eux, les archives de la police judiciaire de 1939 à 1945. Une véritable mine d’or que Fabrice Virgili s’est fait un plaisir de nous faire visiter.

La programmation musicale :

Les archives de l.'IN.A. :

Marguerite Duras:La sorcière de Michelet « Les lieux de Marguerite Duras » / TF1 03.05.1976

Claude Gauvard: Le mal même est féminin "Le bien commun"/ 08/2008 Antoine Garapon

Frédéric Pottecher :1ère audience du procès Marie Besnard "Paris vous parle" 15.03.1954

Michelle Perrot: La criminalité féminine est liée au ventre des femmes (infanticides et avortements)/ « Nuits magnétiques » 06/10/1992

Michèle Riot -Sarcey: Le mythe des pétroleuses / "Là-bas si j’y suis" 09/06/2000

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