TEXTE D'ARCHIVE : TRAVEES, N°4, 1997 La Villa Noailles a été conçue dans les années vingt par Robert Mallet-Stevens pour les hauteurs d'Hyères. Endormie depuis les années 70, elle sera progressivement rénovée et va retrouver quelque chose de l'esprit et des fonctions qui lui avaient été assignés il y a 75 ans. La villa primitive est le noyau d'origine d'une construction complexe étagée à flanc de colline, réalisée entre 1923 et 1935 Au fil des heures, la lumière de la Baie d'Hyères dessine un savant jeu d'ombres sur la façade de la Villa Noailles, sculpture vivante, endormie depuis les années 70. Ce vaste jeu de cubes, qui a fait dire d'elle qu'elle constituait un repère majeur dans l'histoire de l'architecture moderne en France, va retrouver la destination que lui avaient assignée, il y a 75 ans, les propriétaires et maîtres d'ouvrage de la résidence, Charles et Marie-Laure de Noailles : célébrer la modernité, la conjonction des arts et la recherche des formes pures, tant pour l'habitation, la déco-ration, que pour le dessin des jardins. C'étaient les années folles, celles où, dit-on, l'argent ne méprisait pas l'esprit. Les mécènes avaient le cœur large et des idées plein la tête. En 1923, Charles et Marie-Laure reçoivent en cadeau de mariage un hectare et demi de terres en friche sur le versant sud de la colline du Vieux--Château, où subsistent les ruines du couvent Saint-Bernard à Hyères. L'homme sait ce qu'il veut. Il est riche, possède plusieurs résidences. Il est autoritaire mais bienveillant à l'égard des artistes. Pour construire sa nouvelle maison, il choisira l'homme de l'art parmi les architectes de l'avant-garde et le guidera fermement : "Je cherche, écrit-il, une maison infiniment pratique et simple où chaque chose serait combinée du seul point de vue de l'utilité." L'architecte, ce sera Robert Mallet-Stevens, alors âgé de 37 ans. Il appartient à cette génération de professionnels dont l'activité naissante a été interrompue par la Première Guerre mondiale. La villa commandée par Charles de Noailles sera de ce fait sa première commande complète. Mais ce n'est pas un inconnu pour autant. Architecte-décorateur, il s'est déjà distingué par des articles, des publications et des décors de cinéma qui le placent clairement du côté de l'avant-garde, quoiqu'avec plus de discrétion que Le Corbusier. Le projet, au début, ne vise qu'un bâtiment principal. Les époux Noailles te découvrent à leur premier séjour et engagent vivement l'architecte à poursuivre: soucieux de simplicité, Charles et Marie-Laure de Noailles avaient-ils oublié les nombreux domestiques qui les accompagnaient à chacun de leurs déplacements et qu'il fallait loger? Ce n'est pas l'unique raison qui poussera Charles de Noailles à demander à son architecte de greffer des extensions successives à la villa d'origine, bâties à flanc de coteau, et qui évoquent une medina. Le couple veut recevoir, il veut connaître les phares de l'intelligence et de la création de ces années d'entre-deux-guerres et faire de la villa un lieu de passage obligé de la vie mondaine et artistique. Les agrandissements vont se suivre. Du bâtiment initial, on pourra bientôt passer au salon rose, monter au gymnase, pousser jusqu'à l'étonnante piscine couverte et à la salle de squash, ou encore descendre au jardin "cubiste" dont la proue de navire perce les arbres à la recherche de la mer. Etrangement, cet ensemble improvisé se révèle cohérent, harmonieux, raffiné mais sans ostentation. " Le génie du lieu, comme l'explique Cécile Briolle, architecte, qui se consacre à la protection du site depuis 1980, vient du maintien des ambiances lumineuses, de l'atmosphère insolite des longs couloirs et escaliers, des successions de chambres et de la mise en valeur de ce conglomérat de cubes de ciment gris qui se cristallise dans le paysage méditerranéen. " La Villa Noailles va connaître ses heures fastes avant guerre. Mallet--Stevens fait participer les principaux acteurs de ce qui deviendra l'Union des Artistes Modernes à la réalisation de ce véritable château du XXe siècle : Théo Van Doesburg met en couleur la petite chambre des fleurs, Pierre Chareau dessine une chambre en plein air et Gabriel Guévrékian signe le jardin cubiste. Man Ray, inspiré par un poème de Mallarmé, vient y tourner en 1929 Les mystères du château du dé. Cocteau, Poulenc, Auric y auront leur chambre; Mondrian, Laurens et Lipchitz, leurs œuvres. "L 'histoire des usages et des pratiques attachés à ce lieu, explique l'architecte Jacques Repiquet, révèle qu'une partie de ces artistes venaient ici tester un nouveau mode de vie autour de la piscine et des vastes terrasses vouées au sport, où tout devait permettre l'entretien rationnel des corps et la maîtrise du temps. " Une épreuve va pourtant affecter l'itinéraire mondain exemplaire de Charles de Noailles. Elle aura pour nom L'Âge d'Or. Le mécène finance l'intégralité du chef d'œuvre de Luis Bunuel, alors totalement inconnu. Radicalement provo-cateur, le film fait scandale et choque le Paris bien-pensant. Les pairs de Charles lui tournent le dos. On le chasse du Jockey Club. Est-ce cela qui freinera les ardeurs moder-nistes du jeune aristocrate? Toujours est-il que l'homme prendra ses distances avec l'effervescence artistique de la villa. Et la guerre viendra mettre un point final à ces années folles. Après le conflit, malgré les fêtes plus classiquement mondaines que donne Marie-Laure, séparée de son mari, l'esprit qui avait présidé à sa construction n'habitera plus la résidence d'Hyères. Finalement, c'est dans un état d'abandon avancé que la Villa Noailles entre dans le patrimoine de la commune qui en fait l'acquisition en 1973, avant que deux arrêtés d'inscription à l'Inventaire supplémentaire des monuments histo-riques ne la sauvent définitivement de la destruction. Pour la plus grande joie des élèves architectes qui sautent régulièrement le mur d'enceinte et parfois poussent la dévotion jusqu'à dormir sur place. " La Villa Noailles est une référence, confirme l'architecte François Seigneur [1]. Elle est prototypique d'une époque, d'une certaine écriture collective. Pour tous les architectes de ma génération, elle constitue une clé de l'histoire, un repère parmi les formes. C'est extraordinaire de lui donner une nouvelle naissance. " Cette nouvelle naissance, on la doit à de multiples rencontres déterminantes. Des architectes, tout d'abord : le trio Cécile Briolle, Jacques Repiquet et Claude Marro qui, passionnément, accompagnera la sauvegarde du bâtiment de 1980 à nos jours. Des élus ensuite, les maires d'Hyères, Mario Bénard qui en fit l'acquisition, Léopold Ritondale qui entreprit sa restauration, avec à ses côtés François Carrassan, actuel maire adjoint chargé des Affaires culturelles de la ville, qui ont fermement bravé la critique pour défendre le projet d'une renaissance de la villa Noailles. L'Etat enfin, au travers du ministère de la Culture comme de la Direction régionale des affaires culturelles qui souhaitent mettre en valeur ce monument historique. L'Association des centres culturels de rencontre sera leur partenaire à tous. En effet, l'association, qui cherchait, dans le cadre de son actuelle politique de développement, un centre dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur et désirait également s'attacher un monument historique du XXe siècle, s'était intéressée depuis plusieurs années à la Villa Noailles. La volonté des uns rejoint aujourd'hui les attentes des autres. Une première tranche de travaux entreprise de 1988 à 1991 a rendu parfaitement à la villa son cœur d'origine. Mais la dégradation des autres parties a conduit à mettre en œuvre une seconde tranche de travaux d'urgence (étanchéité, maçonnerie, enduits et fenêtres) pour un montant d'environ 5,5 millions de francs répartis entre les collectivités locales et l'Etat. Une autre tranche de travaux sera nécessaire pour achever la rénovation des bâtiments avant la fin du siècle. Peut-être la villa tournera-t-elle alors définitivement la page de l'abandon et de la déchéance. Dès à présent, le projet culturel et artistique prend forme. La Villa Noailles sera un centre international pour l'architec-ture contemporaine, avec un fort accent sur les arts plastiques et le design. " On y retrouvera la démarche de l'Union des Artistes Modernes qui était à la recherche d'un idéal d'"alliance des arts". Par sa conception et son histoire, la Villa Noailles en demeure l'une des plus belles illustrations", explique François Carrassan. La transformation de la villa en centre culturel de rencontre est facilitée par la disposition des bâtiments étagés sur la colline, avec plus de 2000 m2 habitables. Les bâtiments restaurés en 1991 accueilleront prochainement une présentation permanente de la riche mémoire du lieu et des mouvements de création de l'entre-deux-guerres (Cubisme, De Stijl, Bauhaus ou Surréalisme). La petite villa, la piscine, le squash et le gymnase, situés au sommet de l'édifice permettront, après établissement d'une nouvelle circulation verticale, d'accueillir les groupes et les réunions. Enfin, l'aile de l'annexe, le bâtiment des communs et le pavillon abriteront la partie résidentielle. On y retrouvera donc les trois fonctions principales du centre: espace d'exposition et de documentation, séminaires et colloques, accueil et hébergement (vingt chambres accueilleront des résidents, chercheurs sur l'architecture moderne.) Discrètement étagée sur sa colline, presque invisible pour qui ignorerait sa présence, mais formidable belvédère surplombant la ville d'Hyères, la plaine côtière et la mer, la Villa Noailles retourne doucement à la vie. Château moderne, Noailles la mondaine, saura-t-elle se souvenir qu'elle est bâtie sur les ruines d'un ancien monastère, et retrouver une tradition d'exigence, de réflexion et de travail. C'est le pari de tous les acteurs de cette belle aventure. Justine Denisot, 1997

2exposition au musée de la vie romantique "au coeur de l'Impressionnisme, la famille Rouart" jusqu'au 13 juin, 16 rue Chaptal, 9ème

invité(s)

James Lord

historien### Jean-Pierre Blanc

directeur de la Villa Noailles### programmation musicale

David Byrne et Marisa Monte

waters of march ### Harold Richardson and the Ticklers

Healin' in the Balmyard ### Arthur H

avanti ### Catherine Deneuve et Serge Gainsbourg

Dieu est un fumeur de havanes

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