pour son roman Le ravissement des innocents - traduit par Sylvie Schneiter - paru chez Gallimard

Taiye Selasi-Le ravissement des innocents
Taiye Selasi-Le ravissement des innocents © Gallimard / Taiye Selasi

« Toutes les familles heureuses se ressemblent, chaque famille malheureuse est malheureuse à sa façon », la célèbre phrase de Tolstoï dans Anna Karenine semble écrite pour la tribu Sai.

Le père, Kweku, d’origine ghanéenne, est devenu un chirurgien respecté aux Etats Unis. Il a une femme nigériane, la très belle Fola, qui a accepté de sacrifier ses propres rêves pour travailler et entretenir la famille lorsqu’il faisait ses études, et quatre enfants pour lesquels ils nourrissent de grandes ambitions. Chacun les voit comme une famille parfaite, même si Taiwo, l’une des filles, sent bien qu’il ne s’agit là que d’une image, d’un cliché, et que leur maison n’est pas un vrai foyer. L’image, d’ailleurs, se déchirera lorsque, licencié de son hôpital, Kweku, incapable d’affronter la honte devant les siens, les abandonnera sans un mot d’explication.

Des années plus tard Fola et les quatre enfants devenus des adultes blessés, pleins de colère et de douleurs tues, vont faire le voyage vers le Ghana pour y enterrer Kweku, et, enfin se reconnaître les uns les autres, tels qu’ils sont.

Dans sa version américaine, le livre de Taiye Selasi s’appelle Ghana must go . Dans les traductions européennes le mot Ghana a disparu, sans doute pour éviter que les lecteurs ne soupirent d’avance en imaginant une nouvelle histoire affreuse de guerre, de famine, d’atrocités. Paru chez Gallimard dans une traduction de Sylvie Schneiter, dont le beau travail n’a pas dû être facile pour faire entendre la musique somptueuse de la langue originale, le livre s’appelle Le ravissement des innocents et c’est un roman magique, puissant, qui parle intimement à chacun d’entre nous, quelle que soient nos racines.

Tayie Selasi est un phénomène rare en littérature. 34 ans, passée par Yale et Oxford, d’une beauté et d’une intelligence éclatantes, elle a écrit un premier livre avec une maîtrise, un sens du rythme et un souffle que peuvent lui envier bien des écrivains chevronnés. Le ravissement des innocents est l’histoire d’une famille qui, comme la nôtre, doit traverser la vie pour savoir qu’elle est enfin arrivée chez elle.

Taiye Selasi est, ce soir, l’invitée de l’Humeur Vagabonde . Michel Zlotovski sera notre interprète.

site du festival Vo/Vf

La deuxième édition de ce festival se tiendra du 10 au 12 octobre à Gif sur Yvette au Moulin de la Tuilerie

L'originalité de ce rendez-vous est d'inviter les traducteurs à parler des livres qu'ils ont traduits. Cette année Patrick Deville sera le parrain et André Markowicz le traducteur à l'honneur.

Sylvie Schneiter compte également parmi les invités pour Le ravissement des innocents de Taiye Selasi : samedi 11 octobre à 11h du matin.

Le reportage de Gladys Marivat

En plus d'être romancière et photographe, Taiye Selasi a joué de la musique très jeune

Elle a même confié à un magazine qu’ elle avait toujours rêvé de composer une symphonie et que, ne se sentant pas capable de le faire en musique, elle l’a fait avec ce roman.

Le ravissement des innocents se lit en effet comme une variation sur le même thème, un mixage d'influences différentes et fait d’elle un écrivain DJ

En le lisant, j'ai pensé au travail de Christophe Chassol, compositeur martiniquais qui se plaît à harmoniser des villes, des rencontres et d'autres musiques

A La Nouvelle-Orléans, en Inde, aux Antilles, il est parti en reportage musical et a réalisé ensuite des collages de musique, de sons, de bruits et d'images, plaquant dessus les accords qui l'obsèdent

Ce qu'il m'a raconté dans son appartement entouré de ses ordinateurs et de ses pianos..

Christophe Chassol sera en concert le 30 septembre à Nouméa en Nouvelle-Calédonie et à La Cigale à Paris le 15 octobre

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