Pauline Cherki est une psychiatre qui a travaillé en Algérie avec Frantz Fanon avant l’indépendance, et se souvient ici de cette société qui pratiquait la ségrégation à tous les niveaux, social, culturel, politique, sans avoir conscience de trahir les fondements de la république, ni de semer des ferments de révolte. Car, à l’époque, de même que les autorités parlaient de maintien de l’ordre et jamais de guerre, la plupart des français affirmaient tranquillement que si les différentes communautés vivaient séparées, c’était par choix. Déni tranquille d’une réalité coloniale, racisme affirmé envers les arabes, les juifs, les espagnols, exactions de la police et de l’armée, ainsi était la France en Algérie durant ces années-là.

Le glacis
Le glacis © Métailié

En 1956, Monique Rivet, 25 ans, tout juste nommée professeur de français attend sa première affectation. Ce sera l’Algérie, Sidi Bel Abbès. Sympathisante du PC, écrivain en herbe, elle va découvrir, sidérée, une petite ville coupée en deux par une large avenue qui sépare « la ville européenne » du quartier arabe, que l’on appelle sans complexe « le village nègre ». Elle s’insurge contre les codes sociaux qui l’empêchent d’habiter où elle veut, de fréquenter qui elle veut, de dire tout haut ce qui la choque et ce qu’elle pense. Sur cette année scolaire bouleversée par les attentats, les enlèvements, les règlements de compte, les morts et la peur, elle écrira un bref récit, à peine romancé, qui sera refusé, à son retour en métropole, par deux éditeurs. Jeté dans un tiroir, il attendra cinquante ans et le coup de cœur de l’éditrice Anne Marie Métailié, pour être enfin publié.

Le reportage de Martine Abat :

Rencontre avec la journaliste Nathalie Funès qui vient de publier chez Stock un livre consacré au Camp de Lodi, en Algérie.

Dès 1954 avec les premiers attentats et l’instauration de l’état d’urgence, les arrestations arbitraires commencent. Des milliers de personnes sont enfermées dans des camps. Parmi ces camps celui de Lodi est un peu à part : il abrite les pieds-noirs, les français, les non musulmans.

Lodi, c’est un petit village à une centaine de kilomètres au sud d’Alger ou se trouvait avant guerre la colonie de vacances des cheminots algériens. Le bâtiment est réquisitionné en 1957 pour « héberger » les pieds noirs indépendantistes. Le bâtiment est en dur, il y a l’eau, l’électricité, ça n’est pas le cas des camps destinés aux algériens, car même derrière les barreaux la ségrégation continue.

De 1957 à 1960, plusieurs centaines de pieds-noirs notoirement favorables à l’indépendance de l’Algérie ou suspectés de l’être, vont être parqués derrière les barbelés de ce camp, leur correspondance censurée, sans aucun procès, sans pouvoir se défendre. Et considérés comme des traitres.

Nathalie Funès a rencontré et recueilli le témoignage de plusieurs d’entre eux, elle a aussi pu consulter les archives nationales sur l’Algérie qui ont été en partie déclassées en 2011.

Le camp de Lodi
Le camp de Lodi © Stock

La programmation musicale :

- MIG, Dhikrayat

- Leonard Cohen, Darkness

-Mina Tindle, Pan

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