Ecrire la vie, c’est le titre qui s’est imposé, comme une évidence, à Annie Ernaux, lorsqu’il a fallu en choisir un pour le Quarto/Gallimard, tout juste paru, qui recense les mille pages de son œuvre parue, depuis « Les armoires vides » en 1974, jusqu’aux « Années » en 2008. Car, et c’est encore une évidence pour ses lecteurs, même s’il nous a fallu progresser en intelligence pour le comprendre, ce n’est pas sa vie qu’elle écrit et nous livre, depuis si longtemps. C’est notre vie, celle des femmes de l’après guerre, nées dans des familles modestes, en province, dans cette France où notre émancipation passait par le savoir, la liberté sexuelle et amoureuse, le droit à la contraception et à l’autonomie financière par le travail. Et il est bien que la littérature, la vraie, le raconte avec autant de force.

Ecrire la vie
Ecrire la vie © Radio France

Annie Ernaux c’est –que Sartre me pardonne- « toute une femme, faite de toutes les femmes et qui les vaut toutes et que vaut n’importe qui ». Mais elle a, en plus, l’écriture, les mots pour le dire. Et, à la lire et la relire, nous sommes nombreuses, je le sais, à ressentir ces sentiments devenus si rares aujourd’hui : la certitude de faire partie d’une collectivité, de n’être pas si seule qu’on le croit, d’avoir, malgré tout, fait du chemin vers nos rêves, d’avoir survécu à la honte et à la douleur, et, au final, d’être restée debout. Elle le dit pour nous, et nous lui en sommes infiniment reconnaissantes. En même temps que le Quarto/Gallimard paraît aux belles éditions des Busclats « L’Atelier noir » qui est une partie du Journal d’écriture qu’elle tient depuis trente ans, passionnante ouverture sur le questionnement permanent de l’écrivain.

Ecrire la vie , éditions Quarto/Gallimard, 1088 p.

L’atelier noir , éditions des Busclats, 203 p.

Le reportage de Judith Soussan

"Je n'aime que retrouver ce temps où rien n'était arrivé. La campagne, les bruits lointains des voitures, d'une scie à bois, la voix de mon père, les cris des chiens, la sonnette de l'épicerie". Cette présence tangible et tenace du passé dans le présent irrigue l'ensemble des écrits d'Annie Ernaux. Pour évoquer cette chose indéfinissable que les mots mémoire, souvenirs, passé sont impuissants à atteindre, je suis allée marcher au hasard dans les rues d'Yvetot - cette ville pour toujours associée à Annie Ernaux. L'indéfinissable, il est bien difficile d'en parler...

La programmation musicale

- Camille, "L'étourderie"

- Feist, "How come you never go there"

- Barbara, "Ce matin-là"

Morceaux instrumentaux:

- Susheela Raman, "Bliss" et Claude Tchamitchian, "Désirs d'ailes"

- Chick Corea, "Children's song"



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