pour son livre 86, année blanche paru chez Liana Levi

Lucile BORDES
Lucile BORDES © liana levi / liana levi

Et vous, que faisiez-vous le 26 avril 1986 ?

Alors qu’à Pripyat les habitants, pas vraiment effrayés, montaient sur le toit des maisons pour admirer les lueurs d’un incendie énorme situé à trois kilomètres, vers la centrale Vladimir Illitch Lénine, en France les gens pestaient surtout contre un printemps vraiment pourri.

Pendant que les pompiers ukrainiens et biélorusses allaient se jeter dans la fournaise nucléaire, au côté des employés du site, les habitants des villes voisines vaquaient à leurs occupations habituelles, les enfants allaient à l’école et jouaient dans la rue dans la poussière radioactive.

C’est qu’il faisait si beau autour de Tchernobyl, difficile de croire que la fin de ce monde était arrivée.

En France, sur les bords de la Méditerranée, à La Seyne sur mer, les ouvriers des chantiers navals venaient d’apprendre que le dépôt de bilan était inévitable.

Pour eux et leurs familles c’était aussi la fin d’un monde.

Lucile Bordes avait quinze ans en avril 1986. Tandis qu’autour d’elle les adultes se désespéraient de la mort annoncée de ces Chantiers qui, comme les mines dans le Nord, avaient structuré la vie de générations d’ouvriers, elle attendait l’arrivée du nuage radioactif venu de Tchernobyl, porteur d’une mort blanche terrifiante.

Cela fait trente ans et l’on n’a pas encore fini de comptabiliser tous les décès liés à cette catastrophe.

Le troisième roman de Lucile Bordes publié chez Liana Levi, 86, année blanche , revient sur ces journées où le monde a semblé au bord de la fin.

En Union Soviétique deux femmes vont voir leur vie basculer à tout jamais, tandis qu’en France une adolescente, terrifiée par l’approche silencieuse d’une nuée menaçante, regarde son père sombrer après l’annonce de la fermeture des Chantiers.

Lucile Bordes est, ce soir, l’invitée de l’Humeur Vagabonde.

Le reportage de Gladys Marivat

Quand, en 2008, on propose à Emmanuel Lepage de partir à Tchernobyl avec d’autres artistes et de réaliser un carnet de voyages à partir de son séjour, l’auteur hésite.

A l’époque, il fait de la BD depuis 20 ans, mais de la fiction exclusivement, et il a l’habitude de dessiner dans le confort de son atelier, qu’il appelle son « bocal ».

Attiré par la nouveauté du reportage de terrain et l’idée que les ventes du carnet seront reversées à l’association Les Enfants de Tchernobyl , Emmanuel Lepage saute finalement le pas.

Mais voilà, sur place, rien ne se passe comme il l’avait prévu.

Emmanuel Lepage - Un printemps à Tchernobyl
Emmanuel Lepage - Un printemps à Tchernobyl © Futuropolis / Emmanuel Lepage

L’auteur de BD sera marqué très longtemps par ce voyage et, quatre ans plus tard, il en fera un livreUn printemps à Tchernobyl .

Je l’ai rencontré, chez lui, dans les Côtes d’Armor et il s’est replongé pour moi dans ses souvenirs.

Les archives I.N.A. diffusées ce soir

1ere annonce de l’accident: Correspondance Pierre Lesour /AFP audio

Inter actualités 29/04/1986 - 06H00

Le professeur Pierre Pellerin qui - lors de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl- dirigeait le service central de protection contre les rayonnements ionisants:

Il n'y a aucun danger pour la santé public, de plus les vents sont avec nous !

Déplore « le déchainement hystérique »

Inter actualités de 13H00- 29/04/1986

Inter actualités de 06H30- 05/05/1986

L'Humeur Vagabonde recommande

Marguerite Duras Le ravissement de la parole
Marguerite Duras Le ravissement de la parole © Radio France Editions / Radio France Editions

A l’occasion des20 ans de la disparition de Marguerite Duras (1914-1996), la collection Les Grandes Heures réédite le coffret dédié à Marguerite Duras.Des documents d’archives exceptionnelles diffusées à la radio de 1954 à 1991.__ Marguerite Duras, libre, généreuse, et révoltée…

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Marguerite Duras Le ravissement de la parole © Radio France Editions / Radio France Editions
À partir d’une centaine d’heures d’archives, Jean Marc Turine, ancien producteur à France Culture, offre un panorama complet de son amie Marguerite Duras (adaptations de ses romans, enregistrements de ses films, de ses pièces, et quelques émissions et la création à Radio France d’India Song).

On a lu les romans de Marguerite Duras, on a vu ses films et ses pièces de théâtre. On a en mémoire certains de ses articles pour des quotidiens ou des hebdomadaires. Qui aujourd’hui se souvient de cette parole radiophonique ? Une parole qui nous la fait redécouvrir telle qu’en elle-même : sérieuse et rieuse, vraie et provocatrice, attentive et catégorique. Mais avant tout libre et généreuse, jeune et révoltée.

Marguerite Duras, à n’en pas douter, aimait la radio. Elle, « la parleuse », communiquait avec son public. Elle exprimait ses doutes, ses hésitations tout autant que ses certitudes. Elle racontait son enfance indochinoise et l’injustice qui a ruiné sa mère. En 1969, elle confie :

« Mon enfance est ma seule richesse, cette expérience-là, elle a fait que je suis devenue communiste dès que j’ai eu l’âge de raison et que je le suis restée. Cela a été une conséquence immédiate de la vie vécue et non pas de la lecture ou d’une expérience idéologique ou culturelle. Á douze ans, j’ai vu l’injustice, à seize ans, je l’ai jugé e ».

" Ce qui me passionne c’est ce que les gens pourraient dire s’ils avaient les moyens de le dire et non pas ce qu’ils disent quand ils en ont tous les moyens. Le réalisme ne m’intéresse en rien. Il a été cerné de tous les côtés. C’est terminé ». Marguerite Duras

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