Ces quelques lignes de David Grossman, insérées à la fin de son dernier roman paru en France, raviveront sûrement chez beaucoup de ses lecteurs le souvenir de cette nouvelle qui avait, alors, atteint chacun d’entre nous. La mort de son fils, Uri, le dernier jour de cette guerre menée par Israêl au Sud Liban en août 2006 et dont David Grossman, avec d’autres intellectuels, réclamait l’arrêt. Comme l’assassinat d’Ysthak Rabin, la disparition de ce jeune garçon, connu comme le « gauchiste » de son régiment, s’ajoutant à toutes ces vies gâchées de part et d’autre depuis plus de 60 ans, avait rogné un peu plus les espoirs de paix et étouffé les voix qui s’obstinaient encore à en parler.

Davis Grossman
Davis Grossman © Radio France /

Si la littérature a un pouvoir, c’est celui de nous aider à vivre malgré tout. Malgré la peur, la douleur. Comme si les mots étaient de petites braises maintenant sous la cendre du renoncement l’étincelle de l’espérance. David Grossman a cru qu’il ne pourrait pas reprendre ce livre qu’il écrivait pour conjurer la mort qui venait de le frapper. Son ami, Amos Oz, l’a persuadé que le terminer le sauverait. Voici aujourd’hui, traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen, cette « Femme fuyant l’annonce » tout juste paru au Seuil. Ora, est une sublime figure de femme, amante passionnée, mère déchirée, qui s’enfuit de chez elle pour que l’annonce redoutée de la mort de son fils Ofer, ne la trouve pas. Elle part faire une randonnée en Galilée avec son amour de jeunesse, Avram, à qui, telle Shéhérazade, elle va raconter la vie d’Ofer, sûre qu’il ne lui arrivera rien tant qu’elle parlera. Livre de vie, plein de sensualité, livre pour les morts, traversé par leurs ombres, cette « Femme fuyant l’annonce » décrit les ravages de la violence politique sur la vie intime des êtres.

Traducteur : Xavier Combe.

La programation musicale :

- Agnès Obel, Down by the riverside

- Daphné, Où va Lila Jane

- How come you never go there

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