Catherine Meurisse a grandi à la campagne. Avec humour et tendresse, elle raconte dans son nouvel album "Les grands espaces" le paradis de l'enfance, que la nature, l'art et la littérature, ses alliés de toujours, peuvent aider à conserver autant qu'à dépasser.

Catherine Meurisse
Catherine Meurisse © Dargaud

Depuis janvier 2015 notre balance interne s’est détraquée. Ce que l’esprit se refuse à comprendre, le corps l’exprime par des douleurs soudaines, des déséquilibres perturbants, une angoisse lancinante et des crises de panique qui coupent les jambes. Ne plus reconnaître le monde comme familier, accueillant ni même habitable, est tout simplement épuisant. A quoi donc est-il encore possible de se raccrocher ? Et dans quel recoin de notre être trouver la force de ne pas renoncer ? C’est alors que, pour les plus chanceux, resurgissent les goûts et les odeurs de l’enfance, ce que l’on a pu y apprendre, l’importance donnée à certaines valeurs, et ce don que nous avions enfant pour savoir distinguer l’essentiel du frelaté.

Corps intact, à l’inverse de ses amis, mais l’âme en miettes, Catherine Meurisse avait pensé ne jamais réussir à surmonter le carnage de Charlie. Ayant abandonné le dessin de presse et la caricature, elle est peu à peu revenue parmi nous en renouant avec la beauté, sous toutes ses formes. Dans un premier album formidable, paru en 2016, intitulé La Légèreté, la dessinatrice convalescente nous faisait cheminer à ses côtés, dans les musées, au bord de la mer, en Italie, en quête d’un horizon plus lumineux. Elle poursuit ce voyage aujourd’hui avec  Les Grands Espaces , paru chez Dargaud, évocation de son enfance heureuse dans les Deux Sèvres, drôle, tendre et d’une pertinence politique qui fait mouche en ces temps si pollués.

Comment dessiner Les grands espaces, la leçon de dessin de Catherine Meurisse

Extraits de l'entretien

Mes parents  nous ont dit "La campagne sera votre chance"

Après le choc causé par l'attentat contre Charlie , guidée par mon instinct, j'ai fait  "La légèreté", puis de la même manière ,mon instinct m'a dicté ce retour à l'enfance, aux fondations... je ne pouvais retourner qu'à l'enfance après un épisode aussi tragique"  

Proust c’était  un ami de la famille, enfants, on avait un platane qui s’appelait Swann,ça nous faisait rire d'aller jouer "Du coté de chez Swann"

Au Louvre je me suis sentie chez moi, ce sont "Mes grands espaces", c’est une seconde maison

Extrait de "La recherche du temps perdu, "La prisonnière"  Marcel Proust 

"Cet ineffable qui différencie qualitativement ce que chacun a senti et qu’il est obligé de laisser au seuil des phrases où il ne peut communiquer avec autrui qu’en se limitant à des points extérieurs communs à tous et sans intérêt, l’art, l’art d’un Vinteuil comme celui d’un Elstir, le fait apparaître, extériorisant dans les couleurs du spectre la composition intime de ces mondes que nous appelons les individus, et que sans l’art nous ne connaîtrions jamais ? Des ailes, un autre appareil respiratoire, et qui nous permissent de traverser l’immensité, ne nous serviraient à rien, car, si nous allions dans Mars et dans Vénus en gardant les mêmes sens, ils revêtiraient du même aspect que les choses de la Terre tout ce que nous pourrions voir. Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est ; et cela, nous le pouvons avec un Elstir, avec un Vinteuil ; avec leurs pareils, nous volons vraiment d’étoiles en étoiles."

Feuilletez quelques pages

Les Grand espaces, une bande dessinée de Catherine Meurisse à retrouver chez Dargaud

Les extraits sonores diffusés ce soir

  • Jaroslaw : un  jardin c’est comme la vie : beaucoup  de satisfactions, beaucoup  de déceptions 
  • Les jardins de Sophie et Jaroslav Les pieds sur terre 23/05/2012 Reportage : Charlotte Bienaimé
  • Anne Marie GARAT, romancière: Les lieux de l’enfance  nous fabriquent et déposent en nous ,à notre insu ,une sorte de géographie mentale qu’on réinvente après 
  • Ecrire le pays : IVèmes Rencontres des écrivains francophones- France Culture 01/08/1991
  • Alain Buisine:: « Loti c’est quelqu’un qui construit de son vivant son tombeau à souvenirs, et  qui habite son propre tombeau »   Une vie, une œuvre 06/07/1989
  • Dominique Mansion: Eloge de la  haie-  Terre à terre - 16/01/ 1999  Ruth Stégassy
  • Lecture d'un extrait de "La prisonnière" par André Dussolier  , un  disque édité par Thélème 

La programmation musicale

  • Ella Fitzgerald: Early autumn 
  • Catherine Meurisse était venue en 2016 dans L'Humeur Vagabonde  évoquer son précédent très  bel  album La légèreté, l'émission est à réécouter ICI
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