pour son livrePas pleurer paru au Seuil

Lydie Salvayre
Lydie Salvayre © Seuil / Lydie Salvayre

Elle s’appelait Montserrat, mais tout le monde l’appelait Montse ou Montsita, née le 14 mars 1921 dans un petit village de Catalogne.

En 1936, lorsque le peuple espagnol prend les armes pour défendre sa république attaquée par les factieux franquistes, Montse va rencontrer, en même temps que la passion amoureuse, l’engagement qui répondra à sa révolte. Une révolte qui bouillonne en elle contre la domination du curé, des bourgeoises qui la regardent de haut et des riches qui ont assigné, depuis toujours, les plus modestes à une place servile.

Ce bel été 36, suivi de la guerre féroce et de l’amère défaite qui la poussera à l’exil en France, c’est l’axe autour duquel tourneront la vie de Montse et ses récits, sans cesse repris, jusqu’à sa mort.

Cet été 36, Georges Bernanos, écrivain catholique, admirateur de Drumont et favorable à Franco, le vit, lui, dans sa villégiature de Majorque.

Mais ce qu’il voit alors et qu’il appellera « l’épuration préventive », le bouleverse. Dénonçant les assassinats et la haine des possédants envers le peuple, il va écrire un livre terrible et magnifique, Les Grands cimetières sous la lune .

Le 28 août dernier, la fille de Montse était l’invitée d’une des premières émissions de rentrée de l’Humeur Vagabonde . Lydie Salvayre venait en effet de publier aux éditions du Seuil ce beau récit-roman intitulé Pas pleurer qui, deux mois plus tard, serait couronné par le Prix Goncourt 2014.

Un livre plein de vie, de rires et de larmes. Un livre qui, surtout, avait longtemps attendu d’être écrit, se construisant secrètement dans la mémoire de cette fille rebelle et complice, aimante évidemment, mais aussi lassée, comme peuvent l’être les enfants, d’entendre un père, une mère, ressasser les mêmes histoires.

Cette guerre d’Espagne, que Montse lui avait tant racontée, Lydie croyait bien la connaître. Et puis, un jour, elle va se décider à ouvrir Les Grands Cimetières sous la lune , de Bernanos. Et soudain, le récit maternel a pris une autre résonance.

Pas pleurer va naître de cette lecture, dans une langue heurtée, charnelle, vibrante. Hommage à la mère disparue qui restera à jamais vivante dans les pages du livre.

Ce soir, dans l’Humeur Vagabonde, nous vous invitons à réentendre la belle voix rauque de Lydie Salvayre, Prix Goncourt 2014.

►►►Feuilletez PAS PLEURER ici

Les Grands cimetières sous la lune, un pamphlet de Georges Bernanos paru en 1938, disponible au mois de novembre aux éditions Points

Le reportage d'Elsa Daynac

En cette semaine d’août 2014, Le temps est à la commémoration Alors, souvenons-nous. Nous nous souvenons, Nous nous souvenons les beaux jours des vacances, Nous nous souvenons des orages, Nous nous souvenons d’août 44, Et nous nous souvenons que la mémoire a ses failles. Pour nous aider à nous souvenir, écoutons les mémoires qui ont marché à l’unissons ce dimanche 24 août de la place d’Italie à l’hôtel de ville sur le chemin de la Nueve. Ils nous "souviennent" que le 24 août 44, des Républicains espagnols sont entrés sur Paris, que la Jeep de leur capitaine s’appelait "Mort aux cons", et qu’aujourd’hui, en 2014, il est important d’écouter leurs souvenirs crier...

Les archives et les extraits sonores diffusés ce soir

*Archive 1

José Bergamin :

Evocation de Bernanos et de son livre «Les grands cimetières sous la lune »

ARCHIVE INA :Extrait de l’émission « Dans leur intimité : Georges Bernanos »/ Nicole Strauss - France Culture 12.10.1970

*Archive 2

Georges Bernanos :

L’humanité sacrifie sa liberté à la peur qu’elle a d’elle même

ARCHIVE INA :Extrait de la conférence de Georges Bernanos intitulée « L’esprit européen » qui eut lieu lors des Rencontres internationales de Genève » décembre 1946

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