témoigne des horreurs de la guerre civile au Liban dans un très beau récit Paysage avec palmiers réédité chez Tristram dans la collection Souple

Bernard Wallet paysage avec palmiers
Bernard Wallet paysage avec palmiers © Editions Tristram / Editions Tristram

Cela a duré quinze longues, atroces, sidérantes années. Commencée, en avril 1975, par le mitraillage d’un car transportant des familles palestiniennes par des miliciens phalangistes, la guerre civile au Liban va faire exploser un pays où coexistaient jusque là en paix 17 communautés et presqu’autant de religions.

A Beyrouth, l’Est de la ville, à majorité chrétienne, va affronter l’Ouest, à majorité musulmane.

Puis des factions à l’intérieur des deux camps vont apparaître, réactivant des haines ancestrales attisées de l’étranger.

Chroniqué en direct par les media du monde entier, le conflit fascine autant qu’il révulse par l’extraordinaire inventivité dans la cruauté dont font preuve les combattants.

Absurdité des morts de hasard tirés comme à la foire par les snipers, sadisme inouï des tortures imaginées pour les vivants et des profanations infligées aux cadavres, irréalité hollywoodienne des images de combattants hilares, bourrés de drogue et d’alcool sur une bande son de hard rock. Beyrouth n’était pas, comme on l’a pensé à l’époque, une résurgence moyenâgeuse des guerres de religion, mais bel et bien, juste avant Sarajevo et la Bosnie, la bande-annonce de notre bel aujourd’hui.

En 1976, lorsqu’il débarque à Beyrouth,Bernard Wallet a 30 ans, il est représentant de Gallimard à l’étranger et notamment pour le Moyen-Orient et les pays arabes.

Il va y revenir quatre fois par an, pour deux à trois semaines, happé à chaque fois par ce théâtre de la mort qui hante ses nuits lorsqu’il le quitte.

En 1984, il publie dans la revueL’Infini des notes sur ce qu’il y a vu, des fragments qu’il complètera des années plus tard, toujours hanté par ses souvenirs, dans un livre bref, sec, magistral, intitulé Paysage avec palmiers publié par Gallimard en 1992.

Un livre qu’il était bon de rééditer et de relire aujourd’hui, ce que leséditions Tristram viennent de faire dans la petite collection Souple.

Devenu éditeur, un métier qu’il dit n’avoir pas aimé, Bernard Wallet a créé les éditions Verticales pour y faire exister des livres qui, comme le souhaitait Kafka, « mordent et piquent ».

En 2009, obligé de rester alité, menacé de cécité, il devient B.W. , personnage du livre écrit par Lydie Salvayre dont les premiers mots sont « Je pars. Toujours il dit je pars, je me tire ».

Espérons qu’il restera jusqu’à 21h avec nous, puisque, ce soir, Bernard Wallet est l’invité de l’Humeur Vagabonde.

Le reportage de Gladys Marivat

« Aujourd’hui journaliste à Paris, Eleonore est née et a grandi à Beyrouth, pendant la guerre civile du Liban, côté Est, majoritairement chrétien. Dans son enfance, il y avait les trajets en voiture avec son père sur le ring, cette portion de route qui permettait de passer d’un côté à l’autre de la capitale libanaise et où l’on pouvait mourir sous les balles aveugles des francs-tireurs. Il y avait aussi les corps gonflés de ceux qu’on désignait comme les ennemis que les miliciens jetaient du haut d’un mur. Et plein d’autres choses.

Eleonore a quitté Beyrouth à la fin de la guerre. Depuis, elle en a très peu parlé à sa famille, à ses enfants.

Samedi dernier, je lui ai rendu visite chez elle et, les yeux fermés, elle s’est replongée dans ses souvenirs. »

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