pour son documentaire Vincennes, l'université perdue diffusé mercredi 1er juin à 23h15 sur Arte

Vincennes, l'université perdue
Vincennes, l'université perdue © Agat Films & Cie

Les sociétés ne fonctionneraient-elles que par à-coups, un pas en avant suivis de trois pas en arrière ?

On peut le penser à voir ce qui se passe aujourd’hui chez nous, avec le détricotage brutal de toutes les avancées sociales obtenues par des siècles de luttes, avec le recul de la tolérance, des droits des femmes, de la place faite aux jeunes, aux étrangers.

Et, plus la réaction se renforce et triomphe, plus son discours dénonce la soit-disant domination de la bien-pensance de gauche.

Nous l’a-t-on assez répété que tout le mal vient de Mai-68, de l’esprit de jouissance, de la libéralisation des mœurs, de l’abaissement des maîtres à penser traditionnels, mandarins, patrons et généraux à la retraite.

Quarante-huit ans plus tard, on dirait bien que le terrain perdu alors par ceux-là a été récupéré.

Mais, à l’été 1980 déjà, l’un des symboles les plus forts de ce mouvement avait été anéanti, avec l’accord tacite de tous les partis traditionnels et dans l’indifférence quasi générale : en août, en 48h, la faculté de Vincennes disparaissait sous les bulldozers du pouvoir giscardien qui lui avait déjà quasiment coupé les crédits.

Pas une pierre, pas une trace, pas une plaque qui rappellerait, dans un coin du bois de Vincennes, qu’ici a fonctionné, durant dix ans, une université d’un genre nouveau, ouverte à tous, dans laquelle le meilleur du savoir était dispensé par les meilleurs des enseignants.

Créée par Edgar Faure, à la rentrée de 1968, l’université Paris VIII a été construite en trois mois sur le modèle des campus américains. Pas de cours magistraux, nul besoin du bac pour s’y inscrire, ouverte à toutes les nationalités et tous les âges, avec des cours du soir pour les salariés, cette expérience n’aura laissé de traces que dans les mémoires de ceux qui y furent élèves ou enseignants.

Enfant, la cinéaste Virginie Linhart y a déambulé sur les pas de son père qui était assistant au département de philosophie.

Elle a retrouvé quelques uns de ceux qui y ont laissé une partie de leur jeunesse, et les a filmés, sur les lieux de ce vide hanté.

Son documentaire,Vincennes, l’université perdue , émaillé d’archives passionnantes, sera diffusé demain soir mercredi 1er juin à 23H15 sur Arte.

Virginie Linhart est, ce soir, l’invitée de l’Humeur Vagabonde .

Les archives de l'INA et les extraits sonores

- Pierre Dommergues sur la création de Vincennes

Inter actualités de 13h, France Inter. 10/12/1968

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