Sonia Devillers reçoit Jacques Pessis, neveu adoptif et légataire universel de Pierre Dac.

La fête de la radio n’est pas seulement l’autocélébration d’un média, mais une date anniversaire qui met en lumière les grands tournants des ondes. Ce matin, portrait d’un génie de la scène et du micro pris dans les griffes du 20ème siècle. Le Pierre Dac de « Signé Furax », le roi du feuilleton radiophonique sur Europe n°1, fut aussi une proie de l’antisémitisme des années 30, l’homme à abattre du régime collaborationniste, un résistant qui parlait aux Français depuis Londres. 

Pierre Dac, voix de la radio libre, cible de Radio-Paris. Bataille de mots par transistors interposés. La deuxième guerre mondiale fait rage, le média radio entre dans l’Histoire.

Jacques Pessis : "Pierre Dac a passé neuf mois à Londres au micro 'Des Français parlent aux Français' à la BBC. Neuf mois pour aider les Alliés à accoucher de la victoire à travers quatre vingts chansons et éditoriaux qui ont marqué l'histoire. En fait, il n'a pas entendu l'appel du général de Gaulle. Il en a entendu parler. Il a décidé de partir à Londres. Il a mis trois ans, avec deux ans de prison au milieu, des faux passeports. Tout y est passé.

A Londres, il va adapter son style à l'époque et à l'actualité. L'écoute est très forte, à l'époque, il n'y a pas de sondages d'opinion et c'est la mesure d'électricité en France qui sert de sondage. Et quand Pierre Dac parle à la radio, on sait que 50 pour cent des Français l'écoute parfois clandestinement." 

Les débuts

Pierre Dac est un pionnier de l'humour à la radio, mais c'est un pionnier du média lui même. 

Jacques Pessis : "Les deux premiers postes privés, ce sont Le poste parisien et Radio cité à partir de 1935 Pierre Dac à l'époque est une vedette des chansonniers Le roi des loufoques. Radio Cité a été créée en 1935 par Marcel Bleustein-Blanchet pour faire de la réclame. Le poste parisien, qui était la station du Petit Parisien, l'ancêtre du Parisien, qui était avenue des Champs Elysées, au dessus du Lido, a été un poste très écouté. 

Pierre Dac avait déjà fait sur scène des textes de chansonniers tout à fait différent des autres. On lui demande de venir d'abord à Radio cité où Jacques Canetti lui propose de faire l'Académie des travailleurs du chapeau. C'est un jeu totalement délirant où on gagne absolument n'importe quoi. Et ensuite, il crée la SDL, la Société des Loufoques, qui est une parodie de la SDN Société des Nations, ancêtre de l'ONU. Et surtout, il crée La course au trésor. La course au trésor est un jeu qui consiste à rapporter en un minimum de temps des objets totalement délirants, genre une lentille farcie, un poisson rouge dans un bocal de vin blanc, un chapelet de saucisses autour du cou et les gens se battent sur l'avenue des Champs Elysées pour arriver les premiers. C'est un phénomène social lié aussi à l'esprit d'avant guerre. On a peur de quelque chose, on s'amuse. Et La course au trésor devient un phénomène de société à tel point qu'un jour, sur les Champs Elysées, la police va intervenir croyant à une manifestation d'extrême droite, alors que ce sont les clients de La course au trésor qui se débattent pour arriver les premiers pour gagner une bouteille d'apéritif ou une pelote de laine."

La suite à écouter

  • Légende du visuel principal: Pierre Dac © AFP /
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