"Les racines de la colère", un documentaire en forme de roman-photo qui nous plonge dans le quotidien et l’intimité de huit familles de Denain, dans le Nord.

Du tentaculaire site Usinor, fleuron de l’acier français, il ne reste rien. Une friche industrielle plantée dans une petite ville du Nord où le taux de chômages des jeunes dispute la vedette aux scores du Rassemblement national. Le vote et le chômage. Une France médiatisée par le biais de ses statistiques. 

Mon invité, le photographe Vincent Jarousseau, s’y est arrêté. 

Il a vu, il a vécu, il a photographié. Le roman national s’est fracturé. Il méritait d’être mis en images et en mots. Cela donne un remarquable roman photo. Forme étonnante, détonante même, pour raconter les racines de la colère. Celle d’une population qui ne peut plus avancer dans une société où l’on ne glorifie que la vitesse et la mobilité.  

Quelques chiffres

Le roman photo fut l'un des piliers de la culture populaire :

  • dans les années 1950, Nous deux se vend à un million d'exemplaires.
  • dans les années 1960, un Français sur trois lisait du roman photo.

A l'origine, c'est le genre sentimental qui fait le cœur des intrigues, un genre phare pendant les Trente Glorieuses. Vincent Jarousseau, lui, l'utilise dans le cadre du roman documentaire, ce qui est très inhabituel

Extraits de l'entretien

"C'est une forme avec laquelle je trouve beaucoup d'avantages par rapport à ce que je veux raconter, c'était déjà le cas avec L'Illusion nationale, précédemment. L'idée, c'est d'emmener le lecteur au plus près de ces familles - de ces personnages qui ne sont pas fictifs, qui ont des choses à dire. Ce sont des paroles qui ont été enregistrées, retranscrites. Elles ont été un peu nettoyées, parfois, pour a syntaxe mais que j'ai fait valider in fine par les protagonistes". 

"Il y a un rapport du CSA récemment, la représentativité des classes populaires dans les espaces médiatiques est complètement minoré par rapport à leur place réelle dans la société. Et quand elles sont représentées, elles le sont de façon presque clownesques. Une des motivations de ce travail est de porter un regard, ni bienveillant ni idéalisant mais pas non plus dans le jugement".

"J'ai commencé ce travail pendant la campagne présidentielle, en novembre 2016. J'ai choisi d'aller à Denain délibérément (c'est l'une des villes les plus pauvres de France). Je voulais raconter l'élection présidentielle au travers de ses habitants. Peu à peu ce projet autours des vies mobiles et de ce territoire a mûri dans ma tête".

"Le mot "mobile" a remplacé le mot "adaptabilité". "Il faut bouger pour s'en sortir", c'était central dans le discours d'Emmanuel Macron pendant la campagne". 

Aller plus loin

📖 LIRE | Un extrait des Racines de la colère à lire dans Le Monde

📖 LIRE | Les Racines de la colère , roman photo de Vincent Jarrousseau

  • Légende du visuel principal: Extrait de "Les raisons de la colère" (France 3 / Culturebox / capture d'écran / Vincent Jarousseau)
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