La journaliste Léna Mauger et la photojournaliste Véronique de Viguerie ont mené l'enquête pour retrouver un taliban aux yeux verts dont la photo, prise en 2006, a fait le tour du monde. Elles sont les invitées de Sonia Devillers. Le reportage est à lire dans le dernier numéro de la Revue XXI.

C’est l’histoire d’une photo qui a fait le tour du monde, d’un visage qui a fait la couv' de Newsweek, tiré à 4 millions d’exemplaires, celui d’un taliban au regard guerrier, lance-roquettes en main, turban vert qui fait jaillir le vert de ses yeux se détachant sur un ciel bleu. Le combattant est devenu une icône malgré lui, en Occident, comme en son pays, tant le cliché y a été reproduit. La photo a été prise en 2006 par une Française, Véronique de Viguerie, qui documente le conflit en Afghanistan depuis bientôt 20 ans. 

Avec la journaliste Léna Mauger, elle décide de retourner sur place à la recherche du taliban super star de l’image mais elle ignore tout : son nom, son parcours avant et après la photo. Est-il seulement en vie ? Se faisant, les deux reporters vont s’interroger sur la fonction de la presse en temps de guerre, sur le message que délivre une photo, sur l’instrumentalisation de l’information…

Cette photo, Véronique de Viguerie l'a prise il y a 14 ans, dans des conditions vraiment très particulières et très douloureuses. Elle venait de réchapper à la mort.

Véronique de Viguerie : "J'étais dans un cybercafé à Kaboul quand, un matin, un kamikaze taliban est rentré et s'est fait exploser. Et ce jour là, j'ai eu beaucoup de chance puisque j'étais la survivante. 

Il m'est venue une espèce d'obsession d'essayer de comprendre comment des hommes pouvaient tuer et se tuer pour une idéologie. 

On parlait beaucoup des talibans, mais on ne les voyait pas beaucoup et donc j'ai voulu les rencontrer pour essayer de comprendre."

Sonia Devillers : vous avez repris la route à l'envers, comme le raconte Léna Mauger dans son dans son récit. L'autoroute de la peur. 

"C'est une autoroute qui est entre Kaboul et Kandahar, qui traverse le pays. C'est vraiment la veine, l'artère du pays, qui a été construite par les Américains, mais qui est régulièrement attaquée. Elle est un jour sous le contrôle des talibans, un jour, sous le contrôle des Américains. C'est une route qui est très compliquée, très dangereuse. Et quand nous l'avons pris avec Léna, on a pu voir les cicatrices de cette route qui est pleine de trous qui ont été faits par les différents engins explosifs posés. On ne sait jamais si on va tomber sur un barrage de miliciens talibans. Il faut se cacher de tout le monde. C'est là qu'on a la chance d'être des femmes. Et on peut se cacher sous une burqa pour passer incognito."

Léna Mauger, vous êtes la journaliste de l'écrit, vous décidez de refaire ce voyage avec votre amie Véronique de Viguerie, la photographe, à la recherche de cet homme. Comment vous est venue cette idée ?

Léna Mauger : C'est une histoire qui part de rien. Chez Véronique, il y a un coussin sur lequel elle a imprimé cette photo, donc le visage de ce taliban. Ce coussin ça fait dix ans que je le voyais. Et puis, il y a ce jour, on ne sait pas trop pourquoi ou le réflexe journalistique l'emporte sur l'amitié et l'habitude. Je lui ai demandé : 'Mais en fait, c'est qui cet homme pour toi ?' Et c'est là que tout a commencé à partir d'un coussin. 

La suite à écouter...

  • Légende du visuel principal: La revue XXI sur les traces du taliban inconnu dans le numéro 54 "La France qui se flique (et qui aime ça)" © Revue XXI
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