La journaliste politique Laurence Haïm, qui fût correspondante aux Etats-Unis, réalise un portrait de la Première Dame, cible de tous les fantasmes et incarnation de l'Amérique conservatrice.

Mélania Trump, créature ultra sophistiquée, ultra policée, ultra bunkerisée, ultra populaire. Laurence Haïm, ancienne correspondante à Washington accréditée à la Maison-Blanche, a voulu mener l'enquête sur la femme du président. Elle s'est cassé les dents : pas d'interview, pas de réponses, pas plus d'informations que n'en n'ont eu les autres.

Mais ce constat paradoxal est symptomatique : plus la première dame se tait, plus son influence politique grandit, plus elle joue les épouses et mères au service d'un homme puissant, plus elle est prise en exemple par les femmes de son pays. 

Laurence Haïm décode la campagne le soir sur LCI dans l'émission de Darius Rochebin. Son documentaire s'intitule Melania Trump, cet obscur objet du pouvoir. Il est disponible à partir de lundi sur Arte.TV et il sera diffusé à la télévision en janvier, au moment de l'investiture. 

Mélania Trump : une énigme médiatique 

LH : "Je pense que c'est un objet du pouvoir, un objet magnifique, un objet mystérieux que le pouvoir utilise très bien pour des fins électorales. Ce qui m'a frappée dans Melania Trump, c'est qu'à chaque fois que Donald Trump a un problème, elle est là. Et on ne sait pas grand chose d'elle. Elle se protège. 

Ce qui m'a frappé dans l'enquête, c'est que tous les gens que je rencontrais à cette époque disaient qu'elle n'était pas comme les autres. Beaucoup de rumeurs ont été dites sur elle. Pendant un an et demi, j'ai fait une enquête en rencontrant beaucoup de gens qu'il était très difficile de faire parler face à une caméra. Je me suis rendue compte que lorsqu'on fait un reportage sur une figure de la vie politique américaine, on peut être confronté à des refus, à des gens qui se méfient, des gens qui nous détestent, nous les journalistes. 

Je n'ai jamais rencontré autant de gens qui détestaient le monde journalistique par soucis de contrôle absolu : les gens vous demandent de rencontrer des avocats, des attachés de presse, des communicants. Quand j'ai proposé ce film, je ne pensais pas que j'allais être aussi bloquée.

Il y a trois ans où on ne sait pas grand chose sur ce que Melania Trump a fait, notamment quand elle était jeune, quand elle a quitté brutalement la Slovénie, jusqu'à ce qu'un journal anglais émette des choses. Là, immédiatement, alors que Melania Trump était à la Maison Blanche, elle a attaqué ce journal en réclamant 150 millions de dollars, elle en a gagné deux millions et demi en demandant un démenti à cette rédaction de journal. Ce contrôle absolu m'a vraiment frappée.  

Avec un de mes correspondants à l'AFP pour la Maison-Blanche, Jérôme Quartier, on avait suivi Michelle Obama, Hillary Clinton, pas mal de monde à la Maison-Blanche. Mais le cas de Melania Trump, on n'a jamais vu ça

Elle a même une directrice de cabinet, Stéphanie Grisham, qui organise toute sa communication. 

On organise son silence comme on organise aussi chacune de ses prises de parole

Chaque fois qu'il y a un scandale et notamment les scandales sexuels autour de Donald Trump, elle va être envoyée au front devant les caméras. C'est ça qui est incroyable. On a l'impression que chaque fois que Donald Trump, dans ses propos outranciers, vulgaires et on s'en souvient avant l'élection présidentielle de 2016, quand il avait dit notamment dans une cassette "Moi, j'aime bien attraper les femmes par la chatte". Et bien cinq jours avant l'élection, Melania Trump réapparaît. 

Elle reste derrière son mari. Ce que je trouve très intéressant, c'est qu'elle le fait plutôt bien. Chaque fois qu'elle apparaît, elle est encore une fois parfaite. Elle le défend".

Les dangers d'une égérie idéologique de la droite conservatrice américaine 

Sonia Devillers : "Plus elle est silencieuse, plus son influence politique grandit. Plus elle est une femme et une épouse et une mère dévouée, plus elle fait figure d'égérie d'une droite conservatrice américaine de plus en plus prégnante, croyante et influente et qui passe énormément par les femmes".

LH : "J'aime bien détecter les mouvements de société et les analyser. Prévenir que ce qui se passe aux Etats-Unis, ça va arriver quatre ans plus tard chez nous. L'histoire américaine, c'est aussi ça. Notamment dans la politique et les mouvements de société. 

Il se passe quelque chose aux Etats-Unis qu'à mon sens, en France, on ne voit pas assez venir

C'est-à-dire des femmes qui utilisent leur sexualité, des femmes qui sont en talons hauts, des femmes qui reprennent les codes de beauté de Melania Trump, des femmes qui sont redoutables politiquement et qui sont utilisées de plus en plus non seulement par le trumpisme, mais par le Parti républicain parce que la femme, elle peut dire des choses horribles, elle peut dire des idées extrêmement dures, conservatrices, en utilisant sa féminité. 

Ça m'a intéressée de voir dans l'Amérique profonde, en Ohio, qui sont des États très sensibles, dans l'Iowa, dans le Michigan, dans l'Illinois, des femmes qui ont en général moins de 40 ans, qui se revendiquent en étant des 'nouvelles Melania politiques' et qui disent vraiment des choses". 

Il faut faire attention à ce phénomène de femmes conservatrices qui usent de leur sexualité pour s'en servir politiquement, surtout dans une époque où les démocraties vacillent. Ça peut avoir beaucoup d'influence

🎧 DOCUMENTAIRE - Disponible à partir du 12 octobre sur Arte.TV et diffusé en janvier, au moment de l'investiture présidentielle.

  • Légende du visuel principal: Melania Trump en juillet 2020 © Getty / The Washington Post
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