Paul Semoun, 87 ans, atteint de la maladie d'Alzheimer, s’en est-il allé loin de ses enfants. Aujourd’hui, Elie Semoun signe un documentaire sur "son vieux" qu’il aimait tant. L'humoriste a suivi les derniers mois de son père, atteint de la maladie d'Alzheimer. "Mon vieux" est à voir ce soir sur LCP.

Elie Semoun, humoriste à succès, s’est autorisé plus qu’une sortie médiatique, après le premier confinement. Il a poussé un coup de gueule, s’expliquant même avec le ministre de la Santé, en direct et en prime time sur France 2. Non seulement les EHPAD manquaient de tout, mais l’interdiction des visites ont fait des ravages auprès des résidents. 

« Ça a tué mon père ». 

Des mots très forts, des mots qui claquent de douleur et de colère. Ainsi Paul Semoun, 87 ans, atteint de la maladie d'Alzheimer, s’en est-il allé loin de ses enfants. Aujourd’hui, Elie Semoun signe un documentaire sur "son vieux" qu’il aimait tant. On s’attendait à un film triste et révolté. On a vu un film pudique et élégant où la maladie se mêle aux souvenirs. De ceux que ça ne rend pas toujours heureux de voir ressurgir. Les images de Marjory Desjardin opèrent comme une caresse. 

Extraits de l'entretien

Elie Semoun : "Les images sont de Marjory Desjardin. C'est une amie de Muriel Robin. Quand m'est venue l'idée de faire un documentaire sur Papa, j'ai pensé à elle. Elle a déjà réalisé des documentaires et son regard de femme élégant s’est posé sur papa d'une manière parfaite. Je l'avais un peu « briefée », et lui avais dit : « On va faire quelque chose de très pudique. Je n’ai pas envie de me mettre en avant, parce que je n'ai pas envie qu'on me dise que je profite de mon père pour me mettre en avant. » 

  • Des dialogues parfois surréalistes

"Mon père était marocain. Nous sommes allés à Taza sa ville natale, pour essayer de faire resurgir des souvenirs.  Mon grand père, Elie Semoun, c'est pour ça que je m'appelle, Élie est enterré à Fès. Nous étions en voiture et nous avons eu, mon père et moi, une conversation complètement surréaliste : 

"Mais où on va ?"

- "Je te dis on va à Fès, papa

- "Oui, mais Fès, c'est loin d'ici."

- "Mais non est à 50 kilomètres"

- Ah bon ? Mais tourne à droite parce que normalement, c'est à côté d'Oujda..."

- Mais pas Papa, je te dis qu'on va à Fès."

Enfin bref, ça, c'était drôle !"

La maladie n'est pas que tristesse

"Avec cette maladie Alzheimer les choses sont à la fois tristes et drôles. Et c'est bizarre. Au début, c'est drôle parce qu'ils disent n'importe quoi, et ils s'en rendent compte. Et nous aussi, forcément. C'est complètement absurde. Et puis après, c'est triste. Parce que quand il leur arrive de plus nous reconnaître, ça devient grave."

"Lors de sa première visite de l'EHPAD, il rit, alors qu'il souffre. A ce moment-là, il était encore lucide. Il se rendait compte de son état."

"Je suis troublé parce qu'on m'insulte sur les réseaux sociaux. On me dit : "Avec le pognon que tu as, pourquoi n'as-tu pas gardé ton père avec toi ?" 

  • Un message universel

Ce film est parti de l'intime de la famille Sémoun, mais cela parle de toutes les familles. Et c'est beau. Je reçois un nombre de messages incalculables qui me disent : "C'est très émouvant, c'est très beau" et tout de suite après, les gens parlent de leur propre expérience.

"Les microbes n'ont pas été gentils avec la famille Semoun. L'hépatite B a emporté ma maman, le sida a emporté mon frère, et Alzheimer a emporté mon père. J'avais 11 ans quand ma maman est morte. Elle était professeur de français. Elle était belle et intelligente. On n'a pas compris pourquoi elle nous a quittés comme ça. J'ai toujours été à sa recherche."

  • Protéger les aidants

"Ma sœur est fatiguée par ces derniers mois, et aimerait bien que ça s'arrête. Je lui dis "Protège-toi, parole d'égoïste !", parce qu'en tant qu'artiste, je suis en dehors de la réalité. Je suis une sorte d'enfant qui a grandi, mais je reste un enfant. Et donc, forcément, un égoïste. J'essaye de lui faire profiter de cette "expérience". Ma sœur est formidable : elle est belle, elle est intelligente, elle s'est occupée de papa d'une manière folle, elle a quatre enfants, et elle mène une vie équilibrée. Sauf qu'elle craque parce qu'elle en fait trop. 

C'est ce qu'il faut dire aux aidants : "pensez à vous et surtout, ayez de la patience".

Moi, je n'en avais plus au bout d'un moment avec mon père. C'était insupportable, quand il me posait une question 50 fois, je perdais patience. Mais il faut en avoir."

  • Le deuil, les secrets de famille

"A un moment, on évoque l'enterrement de ma mère auquel je n'ai pas pu assistéer Dans le film, j'explique à mon père que j'ai mis du temps à réaliser qu'elle n'était plus là."

Vous le savez, tout le monde le sait, c'est terrible, les secrets de famille. C'est terrible, les mots qu'on ne se dit qui ressortent à travers le le corps qui peut parler, des accidents, des problèmes, ou des maladies. L'idéal serait de pouvoir tout se dire vraiment.

  • L'humour et la mort

"L'humour m'a sauvé de tout. Et ce film m'a sauvé d'une certaine réalité qui va bientôt m'envahir parce que sa "promotion" s'arrête. C'est encore quelque chose qui va s'arrêter. Je crois que je vais perdre mon père encore, pour la troisième fois. Je ne suis pas loin de pleurer, parce que non."

"Il faut oser aborder le thème de la mort parce qu'on est tous mortels. Il ne faut pas y penser tout le temps, comme les Égyptiens de l'époque, mais il faut y penser quand même."

  • Le judaïsme

"Mon père n'était pas croyant. Je ne le suis pas non plus. On va dire cette phrase idiote : "je suis fier d'être juif". Mais on a la culture des juifs pas croyants. On célèbre les grandes fêtes :  Kippour, le Grand Pardon. Mais  une partie de ma famille est très croyante."

  • Le Maroc

"Quand on a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans au Maroc, on est forcément marqué à vie. Et c'est pour ça qu'on est retourné d'ailleurs dans sa ville natale, à Taza. Né au Maroc, mon père a cette autodérision, cette joie de vivre et cet humour. Il me racontait qu'il n'avait jamais eu à subir le racisme de la part des Marocains."

Voir "Mon vieux"

  • Légende du visuel principal: Elie Semoun en janvier 2020 à Paris © Getty / Edward Berthelot/WireImage
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