Des polars à la télé, vous ne voyez que ça. Nos chaînes faisant depuis belle lurette office de robinets à séries policières américaines. En outre plus la fiction télé française est en crise, plus elle se replie sur des valeurs sûres : le polar.

Bertrand Tavernier et son fils Nils sur le tournage de L.627
Bertrand Tavernier et son fils Nils sur le tournage de L.627 © Getty

Bref, un genre universel dont le téléspectateur raffole au point d'en oublier parfois qu'il se nourrie à la mamelle de la littérature et du cinéma.

Qu'est-ce qui fait qu'un polar vieilli, ou pas

Bertrand Tavernier : "Je crois que c'est lié à la manière dont, à travers le film policier, un metteur en scène a su appréhender une époque, un moment de l'histoire de son pays, un milieu, un métier et surtout, qu'il a su traduire quelque chose quelquefois de l'inconscient. Le polar, c'est un genre formidable pour explorer les zones d'ombre, pour explorer ce qui ne va pas dans un système, ce qui cloche, ce qui ne va pas dans le rêve américain. 

Le film noir américain, c'était très souvent l'envers du rêve américain. 

Et tout cela, ça donne une consistance qui est forte dans beaucoup de films. Et c'est surprenant, les grands films policiers ne vieillissent pas, c'est vrai. Ils tiennent le coup."

Le réel, levier clé du polar

"Je pense que le réel a nourri le policier, non pas pour qu'il devienne naturaliste, mais souvent le réel peut être plus intéressant que la fiction. Il peut surtout créer une autre forme de fiction, ce que Jean Vigo appelait une "fiction documentée". 

Par exemple, les truands de Classe tout risque qu'a écrit Giovanni, n'ont rien à voir avec les truands qu'on voyait dans beaucoup de films policiers français de série. Il y a quelque chose d'autre. Il y a une épaisseur différente."

Se soumettre aux lois du genre

"Les grands réalisateurs ne se soumettent pas, soit ils les intègrent à leur vision. Quelquefois, ils les détournent. Il les subvertissent. Ils amènent le genre vers des lieux qu'il n'a pas l'habitude d'habiter. Pendez-moi haut et court de Jacques Tourneur se déroule pendant une partie du film à la campagne, alors qu'on associe généralement le film noir au milieu urbain, à des rues, des lampadaires, des gens en imperméables qui marchent, qui sortent de bagnole. Mais tout d'un coup, ça va se déplacer dans la province américaine. 

Plusieurs des grands films noirs américains évitent la misogynie qu'on trouve dans pourtant beaucoup, beaucoup d'autres titres qui étaient pourtant l'essence du genre. La femme fatale, la femme destructrice, la femme qui va entraîner un homme plus ou moins consentant vers la chute. Il y a des films qui vont s'opposer à ça." 

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