Maïa Mazaurette, journaliste "sexe" pour La Matinale du Monde, publie un recueil de ses chroniques hebdomadaires.

Comment Le Monde, quotidien de référence, réputé pour son sérieux et son exigence s’est-il retrouvé à publier chaque dimanche matin un long article de sexologie

Mes biens chers frères, mes biens chères sœurs, à l’heure de la messe, vous saurez tout sur la position du missionnaire qui ne marche pas et sur cet orgasme qui ne vient pas. Car telle est Maïa Mazaurette, fine plume et fine lame trempée dans l’encre d’un féminisme gorgé de littérature scientifique. Les femmes ne sont pas que des trous. Les hommes ne sont pas que des excroissances pénétrantes. Nos plumards sont à mourir d’ennuis et d’idées reçues. Écrire sur la sexualité, c’est entamer une conversation intime avec le lecteur. C’est réfléchir à nos corps, mais aussi à nos héritages. C’est affronter une cohorte d’injonctions séculaires… aujourd’hui crépusculaires.     

Extraits de l'entretien

Maïa Mazaurette : "Il y a des équipes d'études de genre, d'études gays, d'études pornographiques, des urologues, des gynécologues, des psychologues qui, à longueur d'années, publient dans des revues scientifiques des chiffres. Cela me permet de dessiner un portrait de la sexualité des personnes dans le monde, mais plus particulièrement des Français, qui colle au réel et pas forcément aux caricatures de ce qu'on pouvait voir à la télé, peut-être il y a encore 10, 20 ans, qui étaient seulement les libertins, le BDSM (bondage, domination, sado masochisme)..."

"On a tous tendance à dire « Moi, je fais ça au lit donc tout le monde doit faire la même chose. Tout le monde doit avoir les mêmes goûts ». Non, pas du tout : on voit bien qu'il y a une grande amplitude du répertoire, de plus en plus. Et puis, il y a des personnes qui ne sont pas du tout comme nous. Il y a des personnes qui n'ont pas envie de faire l'amour et c'est très bien aussi. Il y a les personnes qui font l'amour jusqu'à 90 ou 120 ans..."

  • Les problèmes sexuels d'un tiers de la population sont les problèmes de tout le monde 

"Il y a cette idée, encore aujourd'hui, que la sexualité n'appartient pas au monde, que la chambre à coucher est complètement étanche alors même qu'on voit bien que, par exemple, le sexisme, l'homophobie, se retranscrivent dans nos pratiques et que des fois, quand on dit justement "les femmes sont passives au lit", "les femmes ne prennent pas l'initiative", c'est aussi pour dire que quelque part dans leur vie intellectuelle, dans leur vie professionnelle, ce serait normal de leur donner un rôle de second plan. Donc, c'est vraiment un travail féministe"

"Vous le disiez au début, je suis journaliste, mais je suis aussi chroniqueuse, ce qui me permet de faire valoir des points de vue et donc en tant que femme, j'ai aussi envie de défendre ma sexualité et ma dignité - mais aussi celle des hommes évidemment. 

  • L'homme est un objet de désir comme les autres et il n'en a pas assez conscience

"À mon avis, c'est le gros chantier des années 2020. C'est ma boule de cristal qui me l'a dit. Parce que là, on a beaucoup parlé du corps des femmes ces dix dernières années. On a vraiment parlé beaucoup, beaucoup du clitoris - et tant mieux, il le faut - donc avec une sexualité féminine qui est à la fois à l'intérieur avec le vagin, et à l'extérieur avec le clitoris. Maintenant, il faut absolument faire la même chose avec les hommes qui, eux aussi, sont amputés sexuellement. Parce qu'on dit toujours le sexe des hommes, c'est le pénis : c'est absolument faux, on oublie les testicules et la prostate. Et si on veut vraiment faire jouir un homme pour lui donner des supers orgasmes et des orgasmes qui sont plus longs et plus intenses et plus profonds, il faut les stimuler à l'intérieur et à l'extérieur - donc, comme les femmes". 

"Les hommes aussi sont découpés en morceaux, réduits à leurs membres pénétrants, au pénis. Je trouve ça vraiment intéressant que, de plus en plus, on remette le corps des hommes au centre des débats parce qu'il a longtemps été évacué. C'est en fait du côté de la marge qu'on peut interroger la norme". 

  • Nous sommes envahis par les codes du X

"Les codes du quotidien influencent la pornographie, parce que souvent, en fait, on accuse la pornographie de tout (alors, c'est vrai que c'est vrai qu'il y a plein de problèmes, ne nous leurrons pas. Et aussi que l'âge moyen, en ce moment, c'est 15,4 ans pour le premier visionnage de pornographie. Et ça peut commencer effectivement à 9, 10, 11 ans), mais ces fameux codes pornographiques ne viennent pas de nulle part. Ce ne sont pas les pornographes qui les ont inventés, ce sont aussi les codes de la société, ceux d'un masculin triomphant".

La suite à écouter...

Les livres de Maïa Mazaurette

Maïa Mazaurette publie "Sortir du trou. Lever la tête et échapper à notre vision étriquée du sexe" : une compilation de ses papiers publiés le dimanche matin dans Le Monde, agrémenté de notices et d'illustrations. C'est fort joyeux à regarder. Ce ne sont pas de simples articles qui dépeignent la sexualité au XXIe siècle, se sont aussi des conseils pratiques mêlant anatomie, physiologie, psychologie et shopping. 

  • Légende du visuel principal: Maïa Mazaurette au micro de Sonia Devillers dans "L'Instant M" © Radio France /
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