D'un père guadeloupéen et d'une mère martiniquaise, Kareen Guiock est l'une des rares femmes noires à présenter un journal télévisé quotidiennement. Depuis bientôt 10 ans, elle anime le journal du midi sur M6, et attire de plus en plus de téléspectateurs.

Une fois n’est pas coutume, ce sont les JT de 13H qui ont fait la Une cette saison et non les 20H. Départ à la retraite de Jean-Pierre Pernault oblige, nouveau duel de présentateur entre TF1 et France 2, on en oublierait presque qu’il y a de l’info ailleurs et autrement à la mi-journée. Questions ce matin, à celle qui tient le 12h45 de M6 depuis 2012. Un gros million et demi de téléspectateurs. Trois-quarts d’heure de journal emmené – debout - à un rythme trépidant. On ne s’attarde jamais, priorité à l’info positive et à l’info incarnée. En termes d’écriture et de sujets, une contre-proposition qui mérite d’être passée à la loupe.   

Extraits de l’entretien :

Sonia Devillers : Comment choisissez-vous vos sujets d’ouverture ?  On a l’impression que vous inversez la proposition grammaticale habituelle en mettant en tête ce qui sert de chute à beaucoup de journaux…

Kareen Guiock : "L’ouverture classique c’est l’annonce des sujets à venir, nous on opte pour une « fausse-ouvre », il s’agit d’une info un peu différente qui permet de casser le rythme et de surprendre."

SD : Le 12h46 de M6 a deux particularités : un rythme enlevé et le fait de ne pas s’attarder sur ce qui est anxiogène …

Kareen Guiock : "C’est vrai, c’est notre parti-pris. Bien entendu on traite les informations que vous retrouverez dans les autres éditions, mais notre idée c’est de garder en mémoire ce qui fait le quotidien des téléspectateurs et donc de ne pas l’assommer avec des informations dramatiques. Quand on cherche, il y a toujours de quoi se réjouir. On essaie de se quitter en bons termes en donnant au téléspectateur un motif de satisfaction. "

SD : Est-ce que l’idée c’est toujours de passer par des petites histoires, de mettre en valeur des personnages incarnés dans des initiatives individuelles positives ? 

Kareen Guiock :  "Oui en effet, ce ne sont pas des petites histoires mais de grandes histoires car on trouve toujours des personnes qui se battent pour rendre le monde un peu plus juste et c’est important que l’on raconte ça aussi. "

SD : Est-ce que ce n’est pas une approche très libérale, où l’individu compte sur lui-même plutôt que de s’intéresser aux institutions, est-ce qu’il n’y a pas un truc très américain dans cette approche ? 

Kareen Guiock : _"_Je ne suis pas certaine qu’on aille aussi loin dans l’idéologie, je pense  qu’on est d’avantage dans la recherche de la bienveillance et de l’empathie…"

SD : Et de la proximité…

On fait du JT miroir, c’est vraiment important pour nous que le spectateur se retrouve lorsqu’il regarde le Journal télévisé. 

Kareen Guiock : "De la proximité bien sûr. Le propos pour nous c’est d’être au plus près des initiatives, indépendamment de la marche politique. Chacun à son niveau peut faire quelque chose, c’est presque l’histoire du colibri… et donc si nous avons la possibilité d’en parler nous le faisons."

SD : Avec l’idée que votre propre équipe se met régulièrement en scène, l’écriture de votre JT est très particulière…

Kareen Guiock : "On a en effet inauguré une chronique il y a quelques temps intitulée Motsdejo  pour "Mots de journalistes" dans laquelle un JRI  (Journaliste Reporter d’Images) équipé d’un smartphone filme. Cela permet d’être encore plus près de l’action et des personnages et de gagner en naturel car un smartphone n’impressionne pas autant qu’une caméra… "

La proximité, le naturel et l’humour font partie de notre ADN

SD : On en parle du journaliste debout… ça a été un événement quand les journalistes se sont levés et sont sortis de leur posture d’homme-tronc, finalement on se cache derrière un bureau, on se protège, c’est pas si facile d’être scruté…

Kareen Guiock : "Moi j’ai grandi avec M6 donc ça me parait assez naturel, mais il y a quelque chose d’allégorique dans ce positionnement debout, on est dans un rapport franc, on est au même niveau, on sort du côté professoral… "

SD : Vos lancements sont tres courts et extrêmement sobres. Je dis cela parce que vous avez été longtemps face à Jean-Pierre Pernaut qui y allait de son humeur, de sa petite vanne mais aussi de son coup de gueule…

Kareen Guiock : « Oui je crois que ce n’est pas mon rôle de dire au spectateur ce que je pense de tel ou tel sujet. Mon rôle c’est de lui donner des éléments pour se faire une idée. Donc oui, j’opte pour la sobriété, la neutralité et l’honnêteté dans la présentation.

SD : Parlons de la Rubrique culture, là c’est la rupture pour de vrai… du Marvel, de la pop culture, de la culture de masse, musique, défilés de mode… vous y allez vraiment sur une culture jeune et populaire.

Kareen Guiock : « Oui tout à fait, parce que c’est ce qui rassemble. Qui sommes-nous pour estimer que ce qui intéresse les Français n’a pas sa place dans le JT ? »

Extrait du film de « Tout simplement noir » de Jean-Pascal Zadi avec Kareen Guiock   :

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Je ne suis pas une journaliste noire, je suis journaliste ! Mon identité est plus complexe que ça. 

Kareen Guiock : "Ce qui est intéressant dans  son film c’est qu’il raconte qu’il y a mille façons d’être noire et qu’il n’y a pas de « communauté noire ».

SD Vous avez longtemps dit que vous n’étiez pas pour les quotas mais aujourd’hui cela vous semble nécessaire…

Kareen Guiock :  "Oui car ça ne bouge pas…"

Quand vous êtes noirs et que vous ne voyez aucun présentateurs noirs, c'est comme si vous n'existiez pas. Je ne vois pas comment sortir de cette question autrement qu’en passant par les quotas…

SD :" Il faut dire que dans les principaux talk-shows français : « Touche pas à mon poste,  C’est à vous, C’est dans l’air, Quotidien… » il n’y a pas de visages noirs.

Kareen Guiock : "A M6 ça n’a jamais été un sujet, le groupe n’a pas eu besoin de quotas pour que son antenne ressemble à la société française. Charge aux autres groupes audiovisuels de suivre leur exemple. "

La suite à écouter 

  • Légende du visuel principal: Kareen Guiock © Getty /
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