A quelques jours de l’ouverture du procès Bygmalion, les journalistes Gérard Davet, Fabrice Lhomme et Tristan Waleckx apportent pour "Complément d’Enquête" de nouvelles révélations inédites.

Bygmalion, l’affaire qui a fait exploser la droite, c’est d’abord l’affaire qui a failli faire exploser France Télévisions. Il y a six ans, le directeur de l’info du groupe avait prié France 2 de remiser son enquête sur le sujet pour ne pas polluer l’entrée en campagne de Nicolas Sarkozy. Autre temps, autre mœurs, le film que vous verrez demain soir sur cette même chaîne est l’adaptation fracassante du livre lui-même décapant de deux journalistes du « Monde ». Nicolas Sarkozy n’y est pas épargné. Oh que non. Alors que l’ancien président peut une nouvelle fois entrer en campagne et qu’on attend surtout dans quelques jours le procès Bygmalion, instruit par le Parquet National Financier, au cœur de toutes les polémiques. Gérard Davet et Fabrice Lhomme savent tomber à pic. 

Histoire secrète de la droite Française, paru en deux tomes chez Fayard est devenu un documentaire signé Tristan Waleckx et diffusé dans Complément d'enquête sur France 2

De l'écrit à l'écran

Sonia Devillers : Un mot sur votre méthode puisque vous n'en changez jamais. Premier précepte, jamais de off. Vous n'interrogez que des gens qui acceptent d'être nominalement cités et qui acceptent même d'être interviewés. Même si vous publiez vos papiers dans le monde, c'est à dire à l'écrit où vos livres chez Fayard et qu'on n'a pas besoin de leurs voix. Ils savent que leurs voix sont enregistrées. À la télévision, ça signifiait parler face caméra 

Gérard Davet : Oui, et ce n'était pas gagné. Surtout que ce film, on l'a fait en trois mois. Et je dois dire que grâce à Stéphane Aussi, qui était aussi coproducteur, et Tristan Waleckx, heureusement qu'ils étaient là parce qu'ils nous ont beaucoup aidés, justement, à accoucher ces gens là d'un point de vue technique. C'est vrai que nous, on sait se mettre devant eux. On sait les voir, les hommes politiques. On sait les faire parler, mais on ne sait pas forcément le faire avec trois caméras, avec des micros dans tous les sens. Et c'est vrai que là, on a eu besoin de Fabrice et moi, d'une séance d'initiation pour comprendre comment ça marchait. Parce qu'il n'y a pas la même gestion des silences. Il n'y a pas la même gestion de la relance de la conversation. Et c'est vrai qu'en presse écrite, on prend le temps, en sachant que les gens savent très bien qu'ils sont enregistrés, mais on prend le temps de les mettre en conversation. 

Un procès attendu

Fabrice Lhomme : On a été quasiment au bout de ce qu'on pouvait faire en terme d'enquête sur cette histoire là. Et malgré tout, 

il reste encore une inconnue qui va être, à mon avis, au coeur du procès, qui va faire aussi l'intérêt de ce procès, c'est : Qui est le décisionnaire ultime ? Qui a pris la décision de cette fraude massive? 

On voit qu'ils se renvoient la balle, pour résumer, c'est de bonne guerre. Ça fait partie de la défense aussi juridique, mais au procès, il peut se passer des choses. On sait qu'il a des personnages qui sont fragiles. Un exemple, Guillaume Lambert, qui était le directeur de la campagne de Nicolas Sarkozy donc le supérieur de Jérôme Lavrilleux. Dans le film a réussi à l'interviewer. C'est la première fois qu'il parle.

SD :  Vous suggérer dans le film qu'il en a gros sur la patate, pardonnez moi l'expression, de porter sur les épaules des décisions que d'autres ont prises

GD : Il est très, très, très mal à l'aise devant la caméra et il le sera aussi probablement au procès parce que c'est quelqu'un qui n'est pas du tout politique. C'est un pur organisationnel, si on peut dire comme. C'est un ancien commissaire de la marine qui est devenu préfet, et vraiment, il n'est pas à l'aise. Sauf que d'après ce que l'enquête dit et ce que lui dit, 

Il semble effectivement que deux alertes ont été transmises à Nicolas Sarkozy, qu'il les a eu en main, qu'il en a eu connaissance et que pour autant, la campagne a suivi son cours absolument faramineux. 

Ce qui explique aujourd'hui que Nicolas Sarkozy soit renvoyé devant le tribunal correctionnel. 

SD : Vous ajoutez des témoignages qu'on va dire connexes. Dans une enquête, je ne sais pas, par exemple, si le parquet national financier qui a instruit ce dossier aurait recours au même type de témoignages que vous, journalistes, par exemple, ceux de François Hollande ou de Roselyne Bachelot. François Hollande, ancien lui aussi président de la République, ancien lui aussi candidat à la présidentielle, dit 'non, mais attendez quand même, il en va de la responsabilité d'un candidat une fois de temps en temps de jeter un coup d'œil sur les comptes'.

FL : C'est l'intérêt de l'enquête journalistique par rapport à ce qui serait une enquête judiciaire pure et dure. On me dit souvent, on n'est pas policier, on n'est pas magistrat, on n'est pas procureur. On a nos propres méthodes et on estime qu'au delà des faits, il faut donner des éléments de contexte aussi. 

On trouvait que des personnages comme François Hollande ou la truculente et vraiment anti langue de bois Roselyne Bachelot étaient des personnages intéressants. 

En ce sens, oui, ils disent bien, pour avoir fait de nombreuses campagnes électorales, qu'il est impossible de faire une campagne électorale sans être informé du fait que les comptes peuvent être dans le rouge. C'est impossible, donc c'est leur parole. Mais c'est une parole très embarrassante pour Nicolas Sarkozy, qui dément avoir été au courant et qui assure même ne pas connaître le nom de la société d'événementiel Bygmalion, qui pourtant était connue à l'UMP et qui, pourtant, s'occupait au jour le jour de sa campagne. Ces éléments là le mettent en difficulté. 

Quand la droite explose

SD : Le premier coup de poignard, il est déjà venu de la droite. Il est venu de Jean-Louis Debré à l'été 2013. 

GD : Oui, et ça, c'est un moment absolument fascinant du film. Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel. C'est lui qui doit valider ou non les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Or, Jean-Louis Debré nous raconte face caméra, les coups de pression absolument invraisemblables portés par Nicolas Sarkozy, qu'il l'appelle et qui lui dit 'Tu dois valider les comptes'. Et Jean-Louis Debré lui dit 'Je ferais ce que je voudrais'. 

Ce qu'on voit à travers ce film, c'est ce qu'on voulait vraiment raconter, c'est qu'il y a eu des règlements de comptes dans tous les coins, en utilisant la justice pour justement mettre à mal ses adversaires. 

FL : Et on le voit parce qu'on donne vraiment beaucoup d'éléments. Du coup, on parle de l'affaire dite des pénalités. On parle de l'affaire incroyable qui a vraiment fait exploser la droite, c'est à dire le déjeuner entre François Fillon et Jean-Pierre Jouyet. Il y a beaucoup d'éléments qui montrent qu'en fait, cette famille de droite s'est totalement détruite à travers les affaires judiciaires. 

  • Légende du visuel principal: Les journalistes Gérard Davet, Fabrice Lhomme et Tristan Waleckx apportent pour "Complément d’Enquête" de nouvelles révélations sur l'affaire Bygmalion. Ici Nicolas Sarkozy en 2017. © Maxppp / IAN LANGSDON
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