Victime de harcèlement scolaire au collège, le jeune chanteur, représentant de la France à l'Eurovision en 2019, a choisi de médiatiser sa douloureuse expérience. Le clip de son dernier single "Tom" a été publié hier sur les réseaux sociaux, une chanson qu'il dédie justement à ce combat-là.

Bilal Hassani et sa différence brandie comme un étendard personnel dans lequel, malgré tout, toute une génération se reconnaît aujourd'hui. Ce garçon qui dit haut et fort son homosexualité, sa masculinité emplie de féminité dit aussi combien il a souffert, pointé, moqué, éjecté, insulté, menacé ou l'histoire d'un gosse qui aurait pu s'enfermer dans le silence, la honte et la solitude mais qui, au contraire, a pris la parole sur YouTube, puis sur scène, puis à la télévision, pour fédérer et dire toute sa fierté. 

Bilal Hassani, candidat à l'Eurovision l'année dernière, sort un titre, "Tom", chanson dédiée au fléau du harcèlement scolaire. Il a maintenant 21 ans et la médiatisation lui a permis d'une certaine manière de guérir de ses blessures d'enfant. Le clip de Tom a été publié hier sur les réseaux en fin de journée. 

Avec lui on se demande pourquoi le harcèlement de manière générale et comment il est traduit dans cette chanson qui parle de cet enfant qu'il a été, mais que beaucoup d'autres sont aujourd'hui : un enfant harcelé en milieu scolaire

Pourquoi en parler publiquement ? Pourquoi rendre tout cela accessible sur les réseaux sociaux et prendre aussi cet autre risque de s'exposer à nouveau à d'autres types d'attaques ou d'insultes ? 

Entretien avec Bilal Hassani 

Sonia Devillers : Tom exprime une envie de réconfort pour ce petit enfant de fiction, mais aussi une envie de protection. S'agit-il de faire parler ce petit garçon qui a grandi ? 

Bilal Hassani : "J'ai grandi et j'ai, oui, été, d'une certaine manière Tom. Maintenant, je vais mieux. Maintenant, j'avance et j'ai réussi à trouver de la force dans tout ce que j'ai pu vivre. J'ai rencontré beaucoup de gens à travers les dédicaces, les concerts, les réseaux sociaux et beaucoup d'enfants, beaucoup d'ados, beaucoup de lycéens me racontent leur parcours scolaire. Et j'y vois beaucoup de choses se refléter dans chacune de leur histoire. 

Je me suis dit que c'était un peu ma mission de faire cette chanson, cet hymne libérateur et de pouvoir sortir aussi ces enfants de ce cercle vicieux qui consiste à se faire harceler, ne plus oser parler, se taire, se renfermer, ne plus se sentir humain". 

J'avais envie cette fois-ci, au lieu de faire un morceau dénonciateur, de m'adresser directement aux harceleurs, de m'adresser aux harcelés, leur dire que je suis avec eux : je te vois, je t'entends, tu peux briller, tu peux exister, ose, existe, vis ta vie

Sonia Devillers : Une fois devenu plus fort grâce au succès, les blessures de l'enfance, les traumatismes ne disparaissent jamais ?

Bila Hassani : "Je pense qu'ils nous suivent. Après, il faut savoir un petit peu les dompter. Ils sont toujours un peu enfouis. Maintenant, je n'ai pas envie qu'on retienne de ça qu'on n'a pas le droit de vivre si on a vécu ces traumatismes-là, qu'on n'a pas le droit d'être heureux car on peut malgré tout aller vers cette quête du bonheur égal à celui qui n'a pas vécu ce traumatisme, on peut gagner !"

Sonia Devillers : Quelle différence il y a entre le harcèlement qui est vécu physiquement au quotidien et le harcèlement qui est vécu virtuellement ?

Bilal Hassani : "En tant que parents on ne l'assimile pas. Moi, j'avais Snapchat vers la fin du collège. Et c'est vrai que ça peut être cruel parce que tu peux arriver sur un groupe de personnes, ils ne savaient pas que tu étais dedans tellement ils t'ignorent et tu les vois, tu lis les messages où ils sont littéralement en train de te tacler encore et encore. 

Aujourd'hui, avec les réseaux sociaux, le harcèlement s'est décuplé, il existe à l'infini.

Quand j'étais plus petit, ça ne se passait pas bien dans la cour de récré, mais après, je rentrais, je prenais mon goûter, j'étais à la maison et c'était fini. Désormais, je parle avec beaucoup de gens qui me suivent et qui me racontent leurs mauvaises expériences. C'est vrai que ça fait peur de se dire qu'il n'y a plus un lieu où le harcèlement n'existe pas. Le harcèlement est partout".

Sonia Devillers : Grâce aux réseaux sociaux, vous avez réussi à vous faire entendre, à prendre le pouvoir, pour dire qui vous êtes et vous affirmer. Cette expression publique sur YouTube a été une conquête de votre identité ? 

Bilal Hassani : "Cette expression publique sur YouTube m'a aussi amené à découvrir encore qui j'étais. Plus je parlais de ma vie, plus je racontais mes anecdotes, plus je me rendais compte que je n'avais aucune honte à avoir et qu'il y avait plein de gens qui entendaient mon histoire !"

Sonia Devillers : Est-ce que c'est une revanche pour tous ceux qui avaient voulu vous invisibiliser ?

Bilal Hassani : "Je n'appellerai pas cela une revanche parce que je ne suis pas quelqu'un de très rancunier. Mais c'est vrai que ça fait du bien de se rappeler un petit peu du garçon que j'étais et de voir l'homme que je suis aujourd'hui". 

Sonia Devillers : La médiatisation, elle, est à double tranchant. S'exposer, c'est parvenir des guérir du passé mais c'est aussi prendre le risque de subir les inconvénients des réseaux

Bilal Hassani : "La célébrité, c'est le seul truc qu'on qu'on veut vraiment avoir. Mais on est un peu sadomaso par ce qu'on sait qu'on va souffrir, on s'inflige aussi un petit peu cette douleur.  

Il y a eu un moment assez sombre à la fin de l'année dernière. J'étais tellement fatigué et en même temps je me rendais compte que c'était très douloureux. Et j'ai été sauvée par mon nouvel album Contre soirée qui m'a permis de me rappeler que quand j'avais 4 ans, je voulais absolument, un jour, faire le Stade de France, devenir la plus grande popstar du monde. Aujourd'hui, à 21 ans, je vis avec cet accomplissement, je retrouve cela, cette passion que j'avais petit et qui m'a permis de me reconnecter".

Ce rêve est plus fort que n'importe quoi.

  • Légende du visuel principal: Bilal Hassani © Getty /
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