Février 2017. Quatre membres de la famille Troadec sont tués à leur domicile d'Orvault, près de Nantes, non loin de la maison des Dupont de Ligonnès. Dans "Pour tout l'or du monde" (Fayard), François Rousseaux revient sur cette affaire, alors que l'assassin des Troadec sera jugé dans quelques semaines.

En 1940, lorsque la Banque de France fit évacuer son or, une caisse tomba à l’eau en rade de Brest. L’affaire Troadec ou le mythe des lingots sur lesquels un patriarche breton aurait mis la main. L’affaire Troadec ou la vénéneuse rivalité entre deux beaux-frères. L’affaire Troadec ou comment la jalousie, la dépression et l’isolement conduisent à l’obsession. L’affaire Troadec ou quatre membres d’une même famille assassinés, puis démembrés et calcinés pour un trésor qui n’a jamais existé. 

L’affaire Troadec, les journalistes lui ont-ils tout pris ou bien est-ce l’affaire Troadec qui a pris les journalistes ? Pour un scoop, pour un aveu, les uns ont déshonoré leur métier, les autres n’en ont plus dormi. Mon invité, lui, y a consacré quatre ans de sa vie.

François Rousseaux est journaliste à Télérama. Il a mené l'enquête pendant quatre ans. "Cette enquête est devenue une quête", dit-il.

Le fait divers que raconte François Rousseaux a eu lieu à Orvault, tout près de chez les Ligonnès. Il raconte : "C'est vrai que quand j'entends un matin à la radio à 7h, qu'une famille a disparu à Orvault, moi qui sort d'un reportage pour France 2 sur l'affaire Dupont de Ligonnès je me dis 'c'est pas possible, les histoires de disparition me rattrape.' Vous admettrez qu'on est dans une société où on encourage l'apparition, mais pas la disparition. On est quand même dans une époque où on est sommé de se mettre en scène sur les réseaux sociaux, de se montrer". 

Disparaître pour une famille entière, c'est presque impossible aujourd'hui. Et c'est ça qui suscite chez moi une curiosité journalistique.

Quelques semaines après la révélation de cette quadruple disparition, Hubert Caouissin, le beau-frère de Pascal Troadec, le père de famille disparu, est placé en garde à vue avec sa compagne à la suite de la découverte de son ADN sur le lieu du crime. François Rousseaux se rend alors dans le village ou habite le coup : "J'allais à Pont de Buis à la recherche d'une ferme encore plus terrifiante que mon imaginaire l'autorisait" écrit-t-il.

"J'avais lu dans la presse la description d'un décor lugubre qui faisait peur. Je pensais que j'allais vraiment tomber dans un gouffre. En fait, ce jour de décembre 2017, il faisait grand soleil. J'ai trouvé Pont de Buis très joli, mais mon cœur s'est emballé quand je sentais que je s'approchais de la ferme parce qu'elle était vraiment au creux d'une vallée. Et je l'ai observé d'abord de haut. Je la cherchais, caché derrière un feuillage extrêmement touffu. Et pour moi, cette bâtisse, c'était aussi un personnage de l'histoire". 

Parce que si cette affaire m'a autant accroché, c'est parce que c'est une galerie de personnages. L'affaire Troadec, c'est presque balzacien.

Parmi les personnages, il y a donc Hubert Caoussin, qui a plongé dans l'obsession pour l'or, persuadé que son beau frère a mis la main sur le trésor.

"Oui, c'est un homme qui vit avec la conviction profonde d'une spoliation familiale et qui se sent un peu comme un laissé pour compte. Il vit avec un profond sentiment d'injustice. Et il observe, il guette, il surveille et ça devient son obsession. Il se dit, 'mais ils nous ont pris la part de notre dû'. Il vit avec ça. Et effectivement, cet ingrédient de l'or, il est rocambolesque, il est presque sulfureux et il donne à cette affaire encore plus une dimension médiatique."

Cette affaire Troadec a été une plongée dans la souffrance pour le journaliste qui avoue l'avoir vécue pendant quatre ans, comme une traversée aux confins de la psychologie humaine.

Cet homme que je n'ai pas pu rencontrer parce qu'il était placé en détention, je l'ai vraiment observé comme un homme et pas comme un monstre.

"Je suis pas journaliste de faits divers, mais je sais qu'il peut y avoir une fascination, qu'on peut être dans la caricature rapidement. Le fait divers nous interroge. Et quand quelqu'un est capable de franchir des tabous ultimes, non seulement de donner la mort, mais de démembrer des corps, d'être dans la recherche d'anéantissement. Je trouve que ça provoque un effroi chez nous tous et ça nous pose des questions. Est-ce que moi, je serais capable aussi de tuer ? Est-ce que moi aussi j'ai observé ma propre famille ? Est-ce que moi aussi j'ai eu des regards en coin pour un cousin, pour une tante, pour une sœur en observant son train de vie ? Donc il y a à la fois un rejet, mais aussi une identification, une projection. Et cette affaire, si elle a passionné les médias et les Français c'est parce que, comme à chaque fois, ça tire des fils dans nos entrailles."

Hubert Caoussin sera jugé devant la cour d'assises de Nantes à partir du 21 juin prochain.

  • Légende du visuel principal: Des policiers devant le domicile de la famille Troadec, en prévision d'une reconstruction avec Hubert Caouissin qui a avoué le meurtre des quatre membres de la famille, à Orvault, dans l'ouest de la France, le 29 avril 2019 © AFP / Sébastien Salom-Gomis
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