"E=M6" fête ses trente ans. L'occasion de revenir avec son emblématique présentateur sur les enjeux de la vulgarisation scientifique à la télévision.

Mac Lesggy, bouille sympathique, lunettes iconiques, 30 ans de vulgarisation scientifique, a initié toute une génération de téléspectateurs à ce qui continue de le passionner dans l’existence : la découverte, le progrès, l’innovation. Sauf que le contexte social et médiatique a beaucoup changé depuis la création de son émission E=M6.

Le public est-il plus instruit aujourd’hui ? On lui posera la question. Plus concerné, en tous cas, cela ne fait aucun doute. 

Justement, dès que la science touche à l’environnement ou la santé, Mac Lesggy s’insurge. Sous couvert de doute, de précaution, de demandes acharnées de transparence auprès des pouvoirs publics et des industriels, l’homme de télé dénonce une méfiance vis-à-vis de la science qui virerait selon lui à l’obscurantisme. Lui, il assume ses convictions sur les pesticides, les OGM, le nucléaire, etc… Le parfait porte-voix des labos et des industries, dénoncent ses détracteurs…. 

Extraits de l’entretien

Sonia Devillers :  Vous avez récemment consacré une émission à l’agriculture pour partir à la chasse aux préjugés, une soirée plébiscitée par le public qui a suscité beaucoup de réactions… Cela fait trente ans que vous faites de la vulgarisation scientifique, le public d’aujourd’hui vous semble-t-il plus instruit qu’à vos débuts ? 

Mac Lesggy : Je ne sais pas si le public est plus instruit, mais j’ai l’impression que le niveau scientifique des Français n’est pas le même que dans les années 1990. La méfiance vis-à-vis de la science s’est instaurée. On célèbre tristement aujourd’hui les dix ans de Fukushima, toutes les fausses rumeurs et les fake news perdurent alors que la science a tranché.

Sonia Devillers : C’est-à-dire qu’il n’y a pas eu de morts à cause du nucléaire à Fukushima .

Mac Lesggy : Il n’y en a pas eu et il n’y en aura pas car les radiations sont trop faibles.

Sonia Devillers : Je vous signale la parution toute fraiche d’un article du journal Le Monde, expliquant que c’est un bilan impossible, qu’il existe une grande omerta des pouvoirs publics japonais, qu’il y a une forte propagande sur ce sujet… Je sais que vous êtes un militant du nucléaire civil. 

Mac Lesggy : Je ne suis pas un militant du nucléaire civil, mais un militant de la lutte contre le réchauffement climatique et je pense que la première menace planétaire, c’est nos émissions de gaz à effet de serre. Il se trouve qu’avec la biomasse, les barrages hydroélectriques, le nucléaire est une bonne réponse pour permettre une énergie peu carbonée. En dehors de ces trois moyens, il n’y a pas grand-chose qui puisse nous garantir une baisse des émissions de carbone. Par ailleurs, en ce qui concerne l’article du Monde, je fais plus confiance au rapport de l’UNSCEAR (le gendarme mondial du nucléaire) pour qui l’on n’a constaté aucune augmentation du taux de cancer de la tyroïde ou autre depuis l’accident nucléaire au Japon… 

Sonia Devillers : On vient tout de même de reconnaitre un mort des suites de l’accident de Fukushima…

Mac Lesggy : Nous n’avons aucune certitude que ce pauvre travailleur décédé d’un cancer soit mort des suites des radiations. On est cinq fois au-dessous de la dose reconnue comme facteur de maladie.

Sonia Devillers : Avez-vous lu l’enquête signée d’un journaliste d’investigation de Princton, parue au PUF révélant l’impact majeur (et soigneusement enterré) des essais nucléaires dans le Pacifique français ?

Mac Lesggy : "Quand vous exposez des individus à des sources de radiation importantes, ils développent des cancers, c’est ce qui s’est passé à Tchernobyl. Mais chaque situation est à considérer de manière singulière. Ce n’est pas parce que vous avez des personnes exposés à des radiations nucléaires avec des gens irradiés à un endroit, que tous les accidents nucléaires doivent faire des victimes et notamment ceux  qui ont épandu peu de radiations à l’extérieur et où l’on a protégé les populations".

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Sonia Devillers : j’ai exploré abondamment votre compte Twitter, très documenté et passionnant, vous y développez des avis plus tranchés qu’à la TV.

Mac Lesggy : Sur M6, on fait de la science du quotidien qui s’adresse aux enfants et aux parents…

Sonia Devillers : Est-ce qu’il y aurait une 'bonne' science qui n’entraverait jamais le progrès, l’innovation et les lois du marché et une 'mauvaise' science qui entraverait cela ?

Mac Lesggy : La science c’est la science, elle n’est ni bonne ni mauvaise en soi. Mon boulot de vulgarisateur n’est pas d’émettre un jugement moral mais d’informer. La science est là pour comprendre le monde.

Sonia Devillers : Quand vous twittez que le glyphosate est un herbicide bon marché et sans risque pour les consommateurs ou que le retour des néonicotoïdes est une bonne nouvelle pour la filière betterave…

Mac Lesggy : Il faut être précis : le retour en enrobage des semences uniquement, et pas en traitement aérien, oui c’est une bonne nouvelle.

Sonia Devillers : 

On a la sensation que lorsqu’on est "pro-", on se range du côté de la science et quand on est "anti-", on est du côté des charlatans, des obscurantistes, des marchands de peur, comme vous les appelez…

Mac Lesggy : Tout le monde essaie de convoquer la science pour servir son idéologie. La science n’a pas réponse à tout mais elle est un bon indicateur. 

SD : C’est bien que vous le disiez car il y a aussi beaucoup de convictions idéologiques…

Mac Lesggy :  Voici un exemple d’idéologie dangereuse : tout ce qui est naturel est bon et tout ce qui ne l’est pas est dangereux… Le scientifique a une approche différente, il sépare, d’un côté ce qui est dangereux, de l’autre ce qui ne l’est pas, et ce, sans préjugés. Il existe des produits naturels comme la ciguë, qui sont très dangereux. A l’inverse, certains produits de synthèses comme la vanilline (vanille artificielle) sont tout à fait inoffensifs.  

La suite à écouter

  • Légende du visuel principal: Mac Lesggy anime depuis 30 ans E = M6 © Maxppp / Gaël Dupret
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