Jean-Christophe Klotz retrace l'histoire méconnue des archives réunies en 1945 par les frères Schulberg, afin de prouver les crimes des dignitaires nazis jugés à Nuremberg.

Un film de 80 minutes. Une première mondiale, un document à destination des générations futures

Mais il n’y a pas que les images du procès qui furent déterminantes et fondatrices. Il y a aussi, les images diffusées pendant le procès, celles qui provoquèrent la stupéfaction de tous, y compris des accusés, celles qui servirent de reconstitution judiciaire par écrans interposés

Le documentariste Jean-Christophe Klotz a réalisé un film sur le film du procès et sur les films qu’on projeta au procès : des images d’aujourd’hui, pour comprendre, deux strates d’images qui ont forgé le socle de notre mémoire collective. 

Les prévenus se faisaient souvent photographier au cours de leurs actes. Nous vous montrerons leurs propres films, vous verrez la façon dont ils se conduisaient et entendrez leur propre voix quand ils feront revivre sur l'écran certains événements de leur conspiration

- Le procureur américain Robert Jackson qui ouvrait alors le procès de Nuremberg 

Extraits de l'émission

  • C'est la première fois qu'un cinéma va s'installer dans un prétoire

Jean-Christophe Klotz : "Les procès de Nuremberg sont inédits pour de nombreuses raisons mais on dit souvent que c'est la première fois que le cinéma est entré dans le prétoire. En réalité, je crois qu'il y a eu un précédent soviétique, mais qui est beaucoup moins connu et qui était sans doute moins organisé que cela. Mais là, on voit bien, quand on voit les photos de prétoire, qu'ils ont fait des travaux dans la salle de Nuremberg, qui existe toujours aujourd'hui, pour accorder une place absolument centrale à l'écran. Ils ont déplacé les juges sur la droite avec un architecte qui a été spécialement missionné pour réfléchir à cela, Dan Kiley. On voit bien que le cinéma, c'était une idée qui venait plutôt de l'OSS et de William Joseph Donovan, le patron de l'OSS (ancêtre de la CIA). 

Le procureur Robert Jackson a rapidement vu l'intérêt de l'idée parce qu'il voulait aussi marquer l'époque et que ce procès soit absolument fondateur pour le nouveau monde qui était en train de s'installer". 

  • Quand le cinéma documente l'Histoire

Deux frères, Budd et Stuart Schulberg se voient confier le projet. Ils sont très jeunes, respectivement 31 et 23 ans. Ils sont les fils d'un des grands de la Paramount, ce grand studio de cinéma à Hollywood. On va leur confier la mission de sillonner l'Europe, et notamment l'Allemagne, pour retrouver des images de la Shoah qui seront diffusées pendant le procès. 

Jean-Christophe Klotz : "Il faut remonter à la constitution de ce qu'on a appelé "le Field Photographic Unite" de John Ford, qui avait pour but de mettre les talents de Hollywood au service de l'armée. Le grand réalisateur, pendant la guerre, avait proposé de monter une unité qui allait s'occuper de la documentation filmée de la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas une énorme équipe. Ces deux types normaux à qui on confie cette mission auront un impact historique gigantesque. C'est ce vertige-là que j'ai trouvé intéressant

Ce qui est très intéressant dans l'histoire des images de Nuremberg, c'est que les frères Schulberg vont commencer par récupérer toutes les actualités de la Fox Movie T, une banque d'images très importante aux Etats-Unis. On y voit plein de choses : les premiers autodafés organisés par les nazis, les discours de Göring. Mais ça ne suffit pas, ça ne peut pas être le fondement du procès. 

La Stratégie des procureurs à Nuremberg était de faire condamner les accusés sur la base de leurs propres mots, des enregistrements qu'ils avaient eux-mêmes réalisés. Les procureurs avaient à leur disposition les films que Leni Riefenstahl et d'autres avaient tournés, des éléments provenant du gouvernement allemand lui-même. Personne ne pouvait dire que ce film avait été trafiqué ou même orienté par un montage tendancieux. Il s'agissait de la présentation faite par les Allemands eux-mêmes de leurs propres actions

- Eli Rozenbaum, ancien chef des enquêtes spéciales du ministère américain de la Justice

Les producteurs nazis de ces images, dont Leni Riefenstahl, la cinéaste très proche d'Adolf Hitler, et puis Heinrich Hoffmann, photographe personnel d'Hitler, vont aider à décortiquer ces images. 

  • Des films accablants que les Nazis ont tenté de faire disparaître ?

Quand les archives allemandes sont retrouvées, on retrouve aussi des centaines de milliers de pellicules que les Allemands ont tenté de détruire, prenant ensuite conscience de la valeur de ces preuves cinématographiques.

Jean-Christophe Klotz : "Au moins à deux reprises, Schulberg avait eu un indicateur qui lui avait indiqué un endroit, une cache secrète. Les deux fois où ils sont allés sur place, où se trouvaient des stocks de pellicules considérables conservées, un incendie venait d'être déclaré. Mais, les historiens ne s'accordent pas pour dire qu'il y aurait eu une politique systématique de destruction. 

Ce qui m'a intéressé, c'est comment on raconte l'Histoire, toutes ces mises en abîme

  • Une réflexion sur l'impact des images

Le film est un montage d'une heure sur les camps libérés par les Alliés. 

Jean-Christophe Klotz : "On se dit que c'est incroyable car ces accusés connaissaient l'existence de ces camps. Certains connaissaient sans doute des images. 

Lorsqu'on projette pour la première fois ce film, c'est le choc

Je pense que, aujourd'hui, ces images sont devenues tellement importantes dans notre culture qu'on les connaît, mais c'est toujours autant un choc. Imaginez les premières fois qu'on les a vues". 

Quant à la structure de réalisation des films, au début, il y a un long plan sur ce qu'on appelle un papier qui authentifie ces images, réalisées sans trucages. Les caméramans avaient des consignes précises. Ils devaient faire des panoramiques pour qu'on voit bien l'endroit. 

C'est passionnant au niveau de la grammaire de l'image 

  • Finalement, le film ne sera pas montré, car les archives interviennent à un contexte où l'heure est à la Guerre Froide et à la reconstruction de l'après-guerre

Jean-Christophe Klotz : "Heureusement, tout avait été enregistré. C'est un travail de montage énorme qui avait pris beaucoup de temps. Il n'est pas montré notamment à cause des divergences au sein des autorités américaines. Car lorsque le film est prêt, nous sommes en plein blocus de Berlin, c'est l'intensification de la Guerre Froide. Les autorités américaines décident de ne pas montrer ce film". 

À ce moment-là, les Américains veulent reconstruire l'Europe, soutenir l'économie allemande et, montrer des images de bulldozers charriant des corps, ce n'était pas le meilleur moyen pour aider à faire véhiculer l'idée qu'il fallait aider l'Allemagne.

Le documentaire 

▶︎ Nuremberg : des images pour l'histoire - Mercredi 13 janvier sur Arte à 22h50

  • Légende du visuel principal: Les responsables nazis accusés de crimes de guerre durant la Seconde guerre mondiale au procès de Nuremberg écoutent la lecture du verdict le 02 octobre 1946 © AFP /
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