Dans son essai "Terreur", publié chez Grasset, Yann Moix revient sur les attentats de janvier 2015, et s'interroge notamment sur le traitement médiatique des événements.

Yann Moix
Yann Moix © AFP / François Lo Presti

C’était hier, à la fin de mon émission, Laetitia Gayet, flash de 10 heures. Münich, le métro, des tirs, des blessés, une policière entre la vie et la mort. Dans le studio, on s’est demandé : « encore ? ». Hier, anniversaire du meurtre des policiers de Magnanville par un aspirant djihadiste. Hier, après Manchester, Notre-Dame, Kaboul, Londres, les Champs-Elysées. Hier, tous les flashs de Laetitia Gayet semblaient commencer par un attentat. Hier, infos sur les terroristes anglais. Hier, à la fin, le tireur de Münich n’était pas un terroriste.

Mais la répétition même du mot « terroriste » exerce le terrorisme.

Dans Terreur, son dernier livre paru chez Grasset, Yann Moix consigne ses pensées de citoyen entre deux attentats.

Il y consigne aussi la télé transformée par cette actualité permanente et démultipliée, il dit l’impasse médiatique, et la nouvelle fonction des mots et des images pour décrire cette réalité.

Et offre sa dernière page à tous les attentats à venir.

Le traitement médiatique des attentats

Yann Moix souligne que, d'un seul coup, des journaux sont sortis de leur posture de traitement journalistique pour communier - et que cela créé un malaise... "Le Monde, Libération, sont devenus des endroits de prières (laïques) : tout à coup, ce sont eux qui véhiculent une proximité avec les morts". Il ajoute :

Les terroristes sont parvenus à faire de la presse quotidienne des chapelles ardentes.

Quelle surface médiatique pour les noms et les visages des terroristes ?

On l'a déjà évoqué ici, le nom et les visages des terroristes bénéficient d'une surface médiatique énorme. Faut-il, ou non, publier les identités et les photos des terroristes ? Yann Moix insiste pour que leurs noms, au moins, soient cités : "Nous sommes dans une société où le complotisme et le révisionnisme ont malheureusement envahi les réseaux sociaux et lorsqu'un nom n'apparaît pas, immédiatement les gens vont se demander pourquoi. Lorsqu'un nom n'est pas publié, des noms inventés de toutes pièces vont être fabriqués par les réseaux sociaux. Il y a même des noms de terroristes qui sont affichés alors qu'ils sont en fait des noms de victimes".

De la fiche S à la fiche Wikipédia

Le terroriste ne préfère pas seulement la mort à la vie, mais la gloire à la vie : son objectif est moins d'aller visiter le ciel que d'avoir accès à la une de Libération... et à l'Histoire.

C'est par la barbarie qu'on peut entrer pas effraction dans l'Histoire.

Évoquant l'attentat de Nice du 14 juillet 2016, l'écrivain pointe la volonté des terroristes "d'effacer une date historique commémorative universelle par une date horrible, personnelle, djihadiste".

Un "Breaking News" permanent

Cette répétition inlassable et incessante des attentats a banalisé l'attentat.

On en arrive à considérer que les attentats sont comme la foudre : la seule manière d'y échapper, c'est d'avoir de la chance.

La couverture médiatique a été profondément modifiée. Ce qui était l’exception avant est devenu la règle. Les chaînes d'infos cassaient la grille des programmes pour couvrir l'actualité à chaud : c'était un "Breaking News". Maintenant, ce "Breakings News" est devenu permanent : on annonce l'événement - avant même d'être en mesure de savoir si c'est un attentat ou non.

La réalité terroristique est le postulat - qui sera infirmé ou non dans la journée. On le raturera si besoin mais c'est d'abord ce qui arrive dans les consciences.

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