M6 enquête sur les défaillances de l'aide sociale à l'enfance. C’est ce qu’on pourrait appeler la double peine. Des enfants privés d’éducation et d’affection, retirés pour leur sécurité de familles gravement dysfonctionnelles et placés dans ces centres de soutien, eux-mêmes déficients.

"Mineurs en danger" : enquête documentaire sur les défaillances de l’aide sociale à l’enfance
"Mineurs en danger" : enquête documentaire sur les défaillances de l’aide sociale à l’enfance © Getty / Katja Kircher

"Mineurs en danger" sur M6

M6 a enquêté de longs mois sur les dérives de ces lieux économiquement exsangues, sans personnels qualifiés, où des mineurs vulnérables et parfois atteints de troubles mentaux sont livrés à eux-mêmes avec les dégâts que cela peut provoquer. Un travail d’investigation ardu pour le téléspectateur tant ces séquences sont déchirantes. Mais ardu également pour les journalistes qui ont plongé dans cet univers clos et n’en sont pas sortis indemnes. 

Jean-Charles Doria a coordonné l'équipe, a investi et travaillé sur ce dossier. Il signe cette enquête diffusée dans Zone interdite, dimanche soir, à 21h sur M6. 

Partout il a essuyé des refus de filmer, sauf dans un foyer impeccablement géré dans le Bas-Rhin, caméra cachée dans des locaux dans des états de désordre insensés, dans des états de crasse insupportables. Caméra cachée en Seine-Saint-Denis, caméra cachée à Dijon, images volées attrapées à l'extérieur d'un centre à Avignon. 

Extraits de l'émission 

Une expérience hallucinante 

Jean-Charles Doria : "On filme sans autorisation au départ. Mon premier travail a été de contacter plusieurs départements. Je n'ai que quelques mois pour réaliser l'enquête. Une quinzaine de départements qui, tous, me disent que ce n'est pas possible, que c'est compliqué, avec les enfants etc. Donc, J'ai été forcé de forcer un peu les portes et d'y aller en caméra cachée. 

On a fait embaucher trois journalistes en tout. On n'en voit que deux dans le documentaire. Ils se sont fait embaucher très rapidement dans ces centres

Les images qu'elles rapportent de ces centres vont évidemment dire beaucoup de ce qui s'y passe à l'intérieur. 

La façon dont elles ont pénétré ces centres en dit déjà beaucoup : à peine un entretien d'embauche, pas de qualifications, pas de vérifications du casier judiciaire

Jean-Charles Doria : "C'est hallucinant, il y a même l'une d'entre elles qui s'est fait embaucher en une journée par téléphone du jour au lendemain, c'est-à-dire qu'on l'a appelée le vendredi, ils ne la connaissent pas, ce sont les départements qui gèrent les embauches. On l'embauche du jour au lendemain sans la rencontrer. Elle se rend à Dijon le lendemain matin, personne ne la connaît, elle n'a pas donné de casier judiciaire, elle n'a pas signé de contrat, elle n'a pas de diplôme".

La révélation d'un turn over effroyable et le manque de main d'œuvre 

Jean-Charles Doria : "C'est ce qu'on découvre à l'intérieur. Nous ne sommes pas les seuls à être embauchés un peu n'importe comment. Beaucoup d'éducateurs n'en sont pas et ne sont pas formés en réalité. Ils passent dix jours à un mois en vacation. Et ils finissent par craquer, ils s'en vont. 

C'est un métier extrêmement difficile. Normalement, c'est trois ans de diplôme, trois ans de formation très exigeante : 20 % des enfants présentent des troubles du comportement

Les enfants sont souvent retirés de leurs familles, car maltraités, privés de l'affection de leur foyer...

Des séquences démoralisantes et déchirantes de vérités

Jean-Charles Doria : "Les deux journalistes qui se sont infiltrées revenaient le soir, ou parfois au bout de deux, trois jours, démolies, démoralisées d'où l'ennui auquel ces enfants étaient confrontés : il y a un baby foot en mauvais état, c'est à peu près tout ce qu'il y a en Seine-Saint-Denis à offrir aux gamins. Parfois, ils les emmènent dans un centre commercial, faire un petit tour dans le quartier. 

Il n'y a pas de projet pédagogique. Il n'y a même pas d'école, pour la moitié d'entre eux, dans ce centre-là, il y a un décrochage scolaire

Ils ne vont même pas à l'école et ils ne sont même pas levés le matin. Ils dorment jusqu'à midi, 13 h, 14 h. On les laisse, ils ne vont pas déjeuner. Ils ne participent à rien puisqu'il y a rien.

La suite à écouter...

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