Le documentaire « Enfants de Daech, les damnés de la guerre », réalisé par Anne Poiret, sera diffusé mardi à 20h50 sur France 5.

"Daech est parti, ses enfants sont restés, seuls, abandonnés, radicalisés, polytraumatisés, conspués, traqués. Les filles et les fils de djihadistes, dont les parents sont morts ou emprisonnés. Pire : les enfants soldats livrés à eux-mêmes, errant de geôles en orphelinats. C’est Dickens. A ceci près que Mossoul n’est pas le Londres d’antan. Ces enfants des rues sont des enfants de la haine."

Extraits de l'entretien avec Anne Poiret :

Sonia Devillers :

Une journaliste occidentale a gagné la confiance de ces enfants, un documentaire exceptionnel !

Enfants de Daech, les damnés de la guerre  sera diffusé sur France 5, mardi 18 mai à 20h50  

image extraite du film "Enfants de Daech" d'Anne Poiret
image extraite du film "Enfants de Daech" d'Anne Poiret / Cinétévé 2021

Extrait  du documentaire :   

Après un an à Daech, il faut tout réapprendre à ces enfants, comment se laver, s’habiller, dire bonjour, respecter la loi, ce que c’est que la justice, l’école... car on leur a dit que tout ça c’était l’univers du diable. 

Sonia Devillers : Daech est parti, les enfants sont restés. Les adultes se sont enfuis ou ont été tués et ils ont laissé derrière eux des hordes d’enfants abandonnés...

Anne Poiret : "Il y a des situations très différentes, certains de ces enfants n’ont pas de papiers, et donc n’ont pas accès aux soins ni à l’école.  Il y a aussi d’anciens enfants soldats qui étaient sur les registres de Daech et qui ont été arrêtés et incarcérés dans des conditions indignes. Enfin, d’autres ont reculé avec l’Etat islamique et se sont retrouvés dans les camps du Nord-Est syrien. "

SD : Ce sont des enfants recrutés et embrigadés très jeunes dont vous avez recueilli le témoignage. Ce qu’on comprend en regardant votre film c’est que ces enfants sont un des piliers de la construction de l’Etat Islamique. 

Anne Poiret : « Oui tout à fait, Il y avait ce dessein de « former l’homme nouveau » et donc de recruter la jeunesse via une propagande très forte. Beaucoup d’enfants ont été captés dans les écoles coraniques. On se souvient des vidéos d’une violence inouïe montrant des enfants qui tiennent des armes ou abattent des prisonniers… Des images qui avaient pour but de terroriser l’Occident. »

Extrait du documentaire, témoignage d’un ex enfant de Daech : 

Dès la formation j’ai regretté mais c’était trop tard pour déserter, ils nous avaient emmenés dans des camps d’entrainement super surveillés. Le lieu était secret, on ne savait pas où on se trouvait.

SD : Vous avez essayé de retrouver la trace de ces camps d’entrainements, mais beaucoup ont été détruits…

Anne Poiret : « Oui il ne reste pas beaucoup de traces, on en a retrouvé un en Syrie avec des tunnels où ils se protégeaient. Mais il reste des traces dans la mémoire des gens qui habitaient autour... »

Sonia Devillers : Comment en êtes-vous venu à enquêter sur les enfants de Daech ?

Anne Poiret : " Ca a commencé avec un film sur la reconstruction de Mossoul en 2018 lorsque j'ai vu ces enfants dans les ruines qui grattaient la terre pour survivre et cherchaient des morceaux de cuivre au milieu des cadavres et des engins explosés… Une femme m’avait interpellé en me disant :

Ces enfants vont grandir et la haine avec eux…

 Dessin extrait du film "Enfants de Daech" d'Anne Poiret
Dessin extrait du film "Enfants de Daech" d'Anne Poiret / Cinétévé 2021

SD : Les traces de combats sont encore partout, tout saigne, rien n’est cicatrisé.

Anne Poiret :  "Bien sûr, 2017 c’est très proche, c’est hier. Et puis la guerre de libération à Mossoul a été l’une des pires guerres urbaines de ces dernières décennies. La ville est loin d’être reconstruite, c’est encore un champ de décombres."

SD : Cela pose la question de la réconciliation nationale, de la purge, de l’impunité… des questions juridiques et morales universelles.

Anne Poiret : « Ce sont des questions qui se posent après toutes les guerres. Comment accepter de revivre ensemble ? Comment vivre avec les enfants de ses bourreaux ? »

SD : Vous avez exhumé des images pour certaines insupportables, beaucoup de ces enfants sont arrêtés et grandissent en prison, entassés dans des conditions inimaginables.

AP : « Je ne pensais pas que l’on nous laisserait entrer en prison. Depuis trois années un juge aux prises avec ces enfants, lui-même très choqué, voulait que cela sorte pour que la situation évolue. Il nous a donc autorisés à  faire le tour de cette prison, on y voit 200 enfants dans une pièce de 30 m carré, ils tiennent à peine debout. Pour le film, on a pu utiliser des images de caméras de surveillance. »

SD : C’est un chaos humain…

Anne  Poiret : « Oui et c’est surtout une fabrique de violence et de haine. Ce qui inquiète le juge qui a conscience que l’on fabrique de futurs terroristes. Certains parmi ces enfants sont innocents. La promiscuité dans laquelle ils vivent est ignoble. »

SD : La déradicalisation c’est l’un des sujets de votre film. Il y a des enfants qui restent fanatisés… comment les sortir de cette prison psychique ?

AP : On a recueilli les paroles de femmes dans le camp d'Al-Hol en Syrie, elles sont encore très radicalisées, parmi ces 60 0000 détenues, il y a 20 000 enfants irakiens totalement embrigadés aussi. La question politique c’est qu’est-ce que l’on fait d’eux

La suite à écouter

  • Légende du visuel principal: Anne Poiret © Anne Poiret
Les invités
L'équipe