Moins bien diagnostiquées et soignées que les hommes, des milliers de femmes meurent à travers le monde en raison de leur sexe. La journaliste Véronique Préault a enquêté sur une discrimination souvent oubliée : l'accès aux soins.

Voilà jusqu’où se nichent les stéréotypes: quand on se figure une victime d’infarctus, on pense spontanément et uniquement à un homme entre 50 et 60 ans. Les maladies cardio-vasculaires, c’est pourtant la première cause de mortalité chez les femmes. Phénomène méconnu, sous-détecté, sous-médiatisé…

La faute à des biais sournois et même carrément sexistes, parmi lesquelles l’idée qu’une femme est au bord de la crise de nerfs, pas de la crise cardiaque. Des biais, parfaitement intégrés, digérés par les femmes elles-mêmes..  Elles ont bien compris, en somme, qu’elles avaient un utérus et des seins à surveiller, mais oublié qu’elles avaient aussi des organes et des artères… 

Mon invitée a enquêté pour donner à voir et à entendre ces femmes sorties des radars… Elle en profite aussi pour mettre un petit taquet derrière la nuque des éditeurs de manuels étudiés, aujourd’hui encore, en fac de médecine. Et qui, le saviez-vous, illustrent une anesthésie avec un dessin de blonde a forte poitrine, maquillée, jambes écartés sur une épilation ticket de métro… oui, ça pique. 

Un système qui ne dit pas son nom 

Véronique Préault : "Les patientes que j'ai rencontrées ne m'ont jamais dit 'Je suis victime d'une perte de chance'. Les praticiennes que j'ai rencontrés n'ont jamais dit 'Je suis victime de harcèlement dans le milieu médical et l'image de la femme dans le milieu médical est mauvais'. C'est vraiment une réalité souterraine et invisible. Ce serait plus facile d'accuser l'industrie pharmaceutique ou un magnat de je ne sais trop quelle grande entreprise qui serait responsable du phénomène. Les choses sont beaucoup plus complexes dès lors qu'on parle d'idées reçues et de préjugés. Il faut y aller en douceur et il faut prendre son temps." 

La santé des femmes échappent aux radars médicaux. Elle est aussi hors des hors des radars médiatiques. Parle-t-on assez aux femmes de leur santé à la radio, à la télé, dans la presse, la presse féminine, notamment ? On sait que la santé est une affaire de prévention et donc d'information. Or, c'est là que le bât blesse. Qui sait aujourd'hui que les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité des femmes ?

Véronique Préault : "Nous avons sept fois plus de chances de mourir d'une maladie cardiovasculaire que d'un cancer du sein. Et ça, nous ne le savons pas. Donc, évidemment, il ne s'agit pas de dire que trop de choses ont été faites sur le cancer du sein. Évidemment. Mais il y a eu un travail qui a été fait pour le cancer du sein, il y a trente ans, qu'il faut faire aujourd'hui pour les maladies cardio vasculaires et peut être aussi pour le cancer du poumon qui se féminise et peut être aussi un petit peu pour tout le reste.

Si on remet un peu les choses en place, il y a moins de femmes victimes de maladies cardio vasculaires. Mais elles vont être plus nombreuses à en mourir et à développer des complications également. C'est un paradoxe, parce qu'il va y avoir ce décalage dans la prise en charge, ce décalage de temps puisque dans les maladies cardiovasculaires en particulier, mais aussi dans le cancer du poumon, chaque minute perdue, chaque jour, chaque semaine est une perte de chance."

Des données documentées

L'ironie de l'histoire est racontée avec des chiffres dans le documentaire de Véronique Préault : les femmes, effectivement, ne pensent pas à elles, en premier lieu, mais elles sont particulièrement vigilantes quant à la santé de leurs proches. Ainsi, la majorité des appels reçus par les services d'urgences et le SAMU sont émis par des femmes, mais pas pour elles :

Quand les femmes appellent les service d'urgence pour elles, neuf fois sur dix elles s'excusent et elles appellent un quart d'heure plus tard que les hommes. 

"Les 15 minutes, c'est une bonne nouvelle. Ça veut dire qu'on commence à étudier ces différences, qu'on n'avait pas du tout fait avant. Et les sciences sociales en s'emparant de la question sont en train de faire exploser le sujet. Donc on ne pourra plus dire qu'on ne sait pas."

La médecine bikini

Le documentaire remonte jusqu'aux racines profondes des discriminations, parce qu'elles sont profondes, et dans le temps et dans leur ampleur. Véronique Préault y explique la façon dont la médecine a elle-même conforté les femmes dans l'idée que le danger ne venait que de leur appareil reproducteur et de leurs seins. De ce qui s'appellerait la médecine bikini :

"Ce sont les féministes américaines qui ont identifié ce phénomène il y a assez longtemps déjà. C'est cette idée que l'on nous apprend très bien à s'occuper de nos seins, à faire des mammographies et alors on est hyper rigoureuses avec ça. On l'a vraiment intégré très fort, mais il n'y a pas l'équivalent pour le reste du corps.

Ce qui ne trompe pas, c'est qu'une fois que les femmes ont terminé leur période reproductive, elles ont tendance à beaucoup moins consulter. Ce qui montre bien qu'elles ont intériorisé le fait que leur santé était moins prioritaire ou quelque chose de ce genre là. Donc, c'est très important de prendre conscience de ça. Nous ne sommes pas que des utérus et des seins. Nous sommes aussi des organes."

► Femmes : les oubliées de la santé, de Véronique Préault, à voir mardi 20 avril à 20h50, sur France 5

  • Légende du visuel principal: Femmes, les oubliées de la santé © FTV
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