La comédienne Aïssa Maïga est à l'affiche d'"Escale Fatale", la nouvelle série franco-irlandaise d'Arte. L'occasion d'évoquer l'un de ses combats : la place des actrices noires à la télévision et le portrait de ces femmes migrantes dont l'existence est souvent rendue invisible. Elle leur redonne voix.

Plongée terrifiante dans les coulisses de l'immigration vers l'Europe

Les migrants bloqués depuis des années en attente de papiers, contraints de baisser les yeux et d'accepter la misère, l'humiliation et la violence comme une fatalité. 

La romancière Jo Spain une auteure de best-seller, signe ici une série en six épisodes, polar dans le demi-monde de la prostitution nigériane en Irlande. Thriller radicalement féministe, une femme noire témoin de tout, une femme blanche, flic en quête de meurtrier et autour d'elle, une cohorte masculine qui déraille, cédant sans cesse aux sirènes du pouvoir. 

Dans cette série irlandaise diffusée, ce jeudi soir, sur Arte, se mêlent les morts et les rescapés des flux migratoires mondialisés et les zones de non-droit dans lesquelles se perdent ces populations déracinées et terrorisées. Exil, pauvreté, pas de papiers, plongés dans un monde d'êtres humains qui n'ont aucune chance dans nos pays européens.  

Aïssa Maïga y interprète une mère de deux grands garçons, tous les trois logés dans un centre pour migrants depuis huit ans. Cette femme dont la vie est bloquée baisse les yeux sans cesse pendant six épisodes où la peur est toujours présente. Plongée dans l'antre des bordels nigérians en Irlande et de la prostitution, plongée dans une clandestinité effroyable. 

Extraits de l’émission

SONIA DEVILLERS : Ce sont des portraits de femmes où la peur est constamment présente

AÏSSA MAÏGA : "Abeni (le personnage qu'elle incarne) est un personnage absolument passionnant. Quand j'ai reçu le scénario, j'ai d'abord découvert la qualité d'écriture d'un script qui, entre le thriller, entre le portrait social et aussi le portrait de cette femme arrivée seule avec ses deux enfants alors qu'elle avait fait une partie de la traversée de la Méditerranée avec son mari qui a péri en mer, raconte l'histoire d'une femme qui veut rester debout coûte que coûte alors que toutes les tempêtes s'abattent sur elle. C'est l'humiliation constante en même temps qu'une dignité sans faille. 

Elle est constamment sur un fil tendu entre plusieurs extrémités : l'humiliation et la dignité, l'envie de parler pour tout dire et le besoin de se taire pour se protéger ses enfants et elle

Ce que j'ai trouvé passionnant, c'est qu'il y a à la fois la peur et, en même temps, quelque chose d'assez lumineux, il y a un espoir qui est toujours présent malgré tout. Un personnage qui est extrêmement intelligent, plongé dans une situation vulnérable, mais qui a bizarrement une espèce de force qui ne la quitte jamais alors qu'elle est tout le temps en péril.

Tout comme Abéni, le spectateur est sans cesse tiraillé : que faire ? que dire ? que révéler ? que garder pour soi ? Comment rester soi-même dans des situations extrêmes où notre humanité est constamment interrogée, voire niée ?" 

SONIA DEVILLERS : Deux registres de féminité : les prostituées, surjouant les clichés de l'hypersexualisation. Et en contrepoint, Abina, la mère de famille qui illustre toute une gestuelle de corps effacé, de féminité niée...

AM : "La question des clichés m'est chère [...] j'ai dû être dans une attention, une vigilance, et parfois dans une forme d'adversité. La réalité sociale décrite est tellement authentique, si documentée quant aux différents destins que peuvent avoir les femmes migrantes en réalité. Ce sont des portraits qu'on a souvent vu sur la forme des caricatures, et, là, il y a une forme d'authenticité et d'urgence dans le récit". 

Ce qui m'a plu, c'est de donner une voix et un corps à des femmes migrantes qui sont invisibilisées [...] L'histoire est racontée de leur point de vue

La suite à écouter...

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📺 REGARDER - Escale fatale (1/6), Arte

  • Légende du visuel principal: Aïssa Maga en février 2019 © Getty / Thomas Niedermueller
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