Les journalistes sont régulièrement accusés de se transformer en procureurs ou en juges. Et ce reproche est particulièrement récurrent quand la presse travaille en amont de la justice et lui donne du grain à moudre ...

"Tribunal médiatique", vraiment ?
"Tribunal médiatique", vraiment ? © Getty / Stevica Mrdja / EyeEm

Tentons de décortiquer cette accusation, dans un contexte général de défiance à l'égard des médias, en présence de deux journalistes qui ont enquêté sur deux affaires marquantes. 

La présomption d'innocence a-t-elle été respectée ? Que dire du principe du contradictoire, si cher à la justice ? Et ensuite, une fois que la justice s'en mêle, quelles relations entretient-elle avec le média qui a révélé l'affaire ? Bref, comment ça marche quand la justice emboîte le pas à des journalistes ?

Marine Turchi, journaliste à Mediapart, elle a enquêté sur l'affaire Adèle Haenel. La comédienne accuse le cinéaste Christophe Ruggia d'agression sexuelle et de harcèlement lorsqu'elle avait entre 12 et 15 ans. Elle avait choisi au départ de ne pas porter plainte, mais l'a finalement fait après que le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire. 

Sylvain Trochet, journaliste à Radio France Cellule Investigation a travaillé sur l'affaire Bayrou. Il a révélé que des personnes payées sur fonds publics comme assistants parlementaires travaillaient en fait pour le MoDem et pour ses cadres dirigeants. 

Que vous évoque cette expression "tribunal médiatique" ? 

Marine Turchi : « C'est au lecteur de se faire sa propre idée avec les éléments [...] Nos enquêtes à Médiapart sont extrêmement respectueuses du contradictoire. On décrit ce qu'il y a dans les témoignages et on donne la parole en face au témoin, au contexte, au document.

Nous ne sommes ni policier ni magistrat, on produit des enquêtes journalistiques, des informations qui sont utiles au débat public et qui aident à la bonne marche de la justice

On défend le droit de savoir des citoyens sur tout ce qui est d'intérêt public ». 

Sylvain Tronchet : « Cette expression est bien souvent utilisée pour éviter d'avoir à répondre sur les faits. Le journalisme d'enquête en France, ce sont des enquêtes en amont de la justice qui vont explorer des champs des affaires dont la justice ou la police ne se sont pas encore saisies. 

Il y a un manque de culture dans le journalisme français et dans la société française, sur cette phase du contradictoire... 

Ce n'est ni plus ni moins que l'exercice plein et entier des droits de la défense appliqués au journalisme [...] Il n'y a pas d'accusation, il y a un faisceau de faits, d'éléments que nous avançons. C'est là où le travail journalistique s'arrête : on ne fait pas de qualification pénale

Nous amenons des éléments factuels qui parfois laissent supposer qu'il y a, derrière, probablement une infraction pénale. C'est ensuite la justice, éventuellement, qui va transformer ces faits en accusation. Et chacun, encore une fois, en tire les conclusions qu'il souhaite en tirer. Nous amenons des faits et nous demandons aux personnes qui sont mises en cause, dans nos enquêtes, de répondre sur ces faits avec la ferme intention d'ailleurs de publier leurs réponses ».

La suite à écouter.

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