Railleries, éditos féroces, caricatures, "L’Instant M" remonte le temps de ces attaques personnelles dans la presse, et des procès qu’elles ont engendrés pour crime de lèse-majesté. Ce troisième épisode nous emmène après-guerre, sous les présidences de Vincent Auriol et Charles de Gaulle.

Charles De Gaulle
Charles De Gaulle © Getty / Patrice PICOT

La sortie de la guerre marque l'avènement d'une nouvelle République, la Quatrième. Après la parenthèse du régime de Vichy qui abolit purement et simplement la liberté de la presse, et pousse le délit d'offense à son paroxysme, le nouveau régime se pose de nouveau la question : faut-il poursuivre les attaques des journalistes et caricaturistes ? Faut-il les accepter ? Le président Vincent Auriol, qui cherche à revaloriser la fonction présidentielle, attaquera autant la presse d'extrême-droite que la presse communiste. 

« Il ne faudra plus tolérer les railleries, même en chansons, ni les caricatures – stupides et souvent injurieuses – dont le Président de la République était l’objet. » Vincent Auriol

Les procès faits à la presse d’extrême droite constituent une sorte de prologue à ce qui se passera sous la Ve République : le conflit entre la liberté de la presse et le délit d’offense.

Et en 1958, le changement de constitution et la passage à une monarchie présidentielle induisent de nouveaux enjeux. Le général De Gaulle orchestre personnellement une contre-attaque contre des journaux d'extrême-droite, particulièrement virulents dans le contexte singulier de la guerre d'Algérie. Les tribunaux regorgent de procès pour délit d'offense contre journalistes et caricaturistes. Ils visent principalement deux journaux, Minute et Rivarol, mais également des revues plus confidentielles, au sein desquels on retrouve d'anciens collabos, des maréchalistes, des monarchistes, des catholiques intégristes ... A l'inverse, la presse d'extrême-gauche n'a jamais été poursuivie. 

Une subtile mutation des rapports entre celui qui gouverne et ceux qui sont gouvernés s’opère sous nos yeux. Tout acte de gouvernement s’intègre à la raison d’Etat. L’opposition devient subversion, le citoyen, sujet. Et le chef de l’Etat, monarque. François Mitterrand, Le Coup d'état permanent (1965)

Pour ces deux épisodes consacrés à Charles de Gaulle, notre invité est Olivier Beaud, professeur de droit public à l'université Panthéon-Assas, auteur de La République injuriée, histoire des offenses au chef de l'état (PUF)

Les cinq volets de cette série, de Napoléon à Macron, sont déjà disponibles en podcast ! 

Episode 1 : rois et présidents caricaturés (1804 - 1881)

Episode 2 : la loi de 1881 protégera-t-elle les présidents ? (1881-1945)

Episode 4 : De Gaulle dégaine le délit d'offense (1958-1969)

Episode 5 : De Pompidou à Macron, les présidents agacés (1969-2020)

Les invités
  • Olivier BeaudProfesseur en droit public à l'université Panthéon-Assas
Programmation musicale
  • FONTAINES DCMODULE ALBUM 2020 LONG "A hero's death" "I don't belong"
Les références
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