Railleries, éditos féroces, caricatures, L’Instant M remonte le temps de ces attaques personnelles dans la presse, et des procès qu’elles ont engendrés pour crime de lèse-majesté. Cinquième et dernier épisode, de Georges Pompidou à Emmanuel Macron.

Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy © AFP / GUILLAUME SOUVANT

Nous arrivons au terme de ce voyage au pays du délit d’offense où les injures ont fusé. Les successeurs de de Gaulle ont à coeur de marquer la rupture : Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing promettent de ne plus l’utiliser, François Mitterrand et Jacques Chirac ne l'utiliseront pas, Nicolas Sarkozy se fera un malin plaisir de le réactiver, François Hollande l’abrogera. 

Cinq jours après son investiture, en mai 1974, le président Giscard d'Estaing assure : « En ce qui me concerne, il n’y aura pas de saisie de la presse, même s’il y a des attaques contre le président de la République. ». Le délit sera suspendu, même au moment de l’affaire des diamants de Bokassa où la presse est assez virulente, mais toujours pas supprimé. 

Pourtant, il n'y aura par la suite aucune poursuite ni pour offense, ni pour droit à l’image, ni pour diffamation

Les années 1974‐2007 ressemblaient donc à maints égards à ce qui s’est passé sous la IIIe République à partir de 1894, date à laquelle les chefs de l’État ont renoncé à demander au parquet des poursuites pour offense.

L'abolition définitive prendra du temps. Il sera utilisé une dernière fois par Nicolas Sarkozy, en 2008, dans l'affaire dite "de Laval". Une exception sans lendemain, qui eu cependant un grand effet : la fin du délit d'offense au chef de l'état dans le droit français, votée en 2013. 

Avec les années post‐gaulliennes, on assiste à une forme de « privatisation » puisque les successeurs du général ont préféré défendre l’image de leur propre personne – personne privée – et donc renoncer à défendre l’honneur du président de la République, c’est‐à‐dire la dignité de la fonction officielle ou publique.

Mais pourtant, en a-t-on pour autant complètement terminé ? 

Rompant avec son prédécesseur, Emmanuel Macron a voulu réintroduire de la « verticalité » dans le pouvoir et donc de l’autorité dans la République. La présidence « macronienne » évite, comme les présidences antérieures, d’agir par la voie des délits de presse censés pourtant se substituer au délit d’offense. La tendance à s’abstenir de défendre pénalement l’honneur du président de la République se confirme sous la présidence macronienne qui, sur ce point au moins, est moins « jupitérienne » qu’elle ne le prétend.

Notre invitée pour ce dernier épisode : Raphaëlle Bacqué, grand reporter au journal Le Monde

Tous les épisodes de cette série à retrouver en podcast ! 

Episode 1 : rois et présidents caricaturés (1804 - 1881)

Episode 2 : la loi de 1881 protégera-t-elle les présidents ? (1881-1945)

Episode 3 : quand l'extrême-droite canarde De Gaulle (1945-1969)

Episode 4 : De Gaulle dégaine le délit d'offense (1958-1969)

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