Maison de la Radio
Maison de la Radio © Radio France /

8ème jour de grève. Vous avez entendu nos syndicats interrogés dans les flashs info maintenu à l’antenne. Vous avez lu les déclarations de notre président dans la presse. Il se trouve que paraît aujourd’hui une lettre ouverte aux auditeurs de Radio France. Elle est signée des producteurs de cette maison, autrement dit des voix qui s’adressent à vous chaque jour. Car au-delà, des motifs syndicaux de cette grève auxquels les uns adhèrent, les autres non, au-delà du jeu de dupe qui s’est engagé entre cette Maison et le gouvernement, il y a un combat qui nous réunit tous : l’indépendance et l’excellence de la radio publique. Cette radio que NOUS faisons, cette radio que VOUS écoutez chaque jour, son exigence, ses missions, ses métiers, 3 voix sont venues vous en parler.

Jean Lebrun, La marche de l’Histoire, sur France Inter

Caroline Broué, La Grande Table, sur France Culture

Anne Montaron sur France Musique

« Cette grève est pour vous » Lettre ouverte aux auditeurs de Radio France

Nous sommes les voix qui, chaque jour, s’adressent à vos oreilles. A travers nos émissions, nos interviews, chroniques, reportages, documentaires, nous tentons au mieux de faire vivre les missions de la radio publique : « informer, éduquer, divertir ».

Nous, équipes de production des émissions de Radio France (animateurs, reporters, collaborateurs, chroniqueurs…) partageons les inquiétudes de l’ensemble des personnels de Radio France mobilisés depuis le 19 mars.

Ce mouvement de grève a pour objet de défendre les radios de service public, et non des intérêts particuliers ou corporatistes. L’engagement budgétaire non tenu par l’Etat entraine aujourd’hui un déficit grave qui menace l’existence de la radio telle que vous l’aimez et que vous la financez à travers la redevance audiovisuelle.

Nous sommes consternés de voir les travaux de rénovation de la Maison de la Radio si mal encadrés et si mal gérés, occasionnant le surcoût exorbitant que vous connaissez. Vos impôts, vos programmes et vos oreilles, doivent-ils payer pour cette incompétence? Le service public n’a ni la vocation, ni la possibilité d’être rentable. Or, cela semble être aujourd’hui la logique insidieuse de la Présidence de Radio France et au-delà, celle de sa tutelle, le Ministère de la culture . Et l’hypocrisie jusqu’à présent de la tutelle (ministre de la Culture) semble accréditer une telle logique.

Conscients du contexte de crise économique et des efforts nécessaires, nous soulignons que de lourds sacrifices ont déjà été réalisés (en témoigne la baisse de 87,5 millions d’euros du budget entre 2010 et 2014). Une idée fausse voudrait que Radio France soit un lieu de gabegie, de privilèges et d’intérêts corporatistes . Savez vous pourtant que la majorité des voix que vous entendez quotidiennement travaille dans le cadre de contrats saisonniers et précaires ?

Comment continuer à produire de la radio de qualité quand les moyens matériels (studios, salles de montage, camions-régie…) sontconstamment rognés ? Comment faire entendre les réalités d’un pays quand la plupart des émissions ne peuvent plus, faute de budget , envoyer de reporters au-delà du périphérique parisien ?

Comment conserver notre indépendance - celle à laquelle vous avez droit - quand se multiplient sur les antennes des partenariats ou des publicités plus ou moins déguisées ? Si l’on suit la logique actuelle, la radio de demain ce sera : moins de reportages, moins de documentaires, moins de débats vraiment critiques, moins de concerts… Bref, une radio standardisée, calquée sur l’actualité ou sur les goûts majoritaires, une radio au rabais.

Nous aimons passionnément nos métiers et, au nom de la confiance que vous nous témoignez, nous nous efforçons de travailler avec le plus de sérieux et d’esprit de responsabilité. Toutefois, dans ce climat de travail en constante détérioration, nous estimons de notre devoir de vous informer des risques qui pèsent sur la radio publique française.

Les sociétés de producteurs de France Culture, France Inter et France Musique.

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