Série novatrice, "The West Wing" ("A la Maison-Blanche" en VF) a familiarisé toute une génération à la complexité des institutions politiques américaines. A voir ou revoir, à une semaine des élections présidentielles.

Je vous parle d’un temps que les moins de 20 ans peuvent à peine connaître... L’histoire d’une série "culte" (oui je sais, on utilise souvent ce mot à tort et à travers, en particulier quand on parle de série… sauf que là, je vous promets, elle est vraiment culte). Sortie en 1999 sur la chaine américaine NBC, terminée en 2006. L’action se déroulait "à la maison blanche" (c’était le titre, en français), dans l’aile Ouest du bâtiment, l’aile du pouvoir : en version originale "The West Wing". 

Pour le réalisateur Eric Rochant, qui vient d'achever cinq saisons de Bureau des légendes, cette série marque un véritable tournant : "C'est ce qu'on appelle un classique maintenant. Donc, oui, The West Wing a été une référence pour l'écriture du Bureau des Légendes. Car quand on a commencé à se réunir autour de la table avec les scénaristes, j'ai tout de suite dit : 'Il y a deux références. 

  • The West Wing

parce que c'est une série chorale, c'est-à-dire qu'il n'y a pas un personnage principal. Ce n'est pas tellement sur le président des Etats-Unis, c'est sur le département et ses conseillers. C'est assez démocratique en terme de personnages, puisqu'il y a cinq ou six personnages qui sont aussi importants les uns que les autres. Donc ça, c'était vraiment une des références qu'on avait pour Le Bureau des Légendes, puisque c'est un département aussi, le bureau des légendes comme The West Wing. 

  • Et on avait aussi Mad Men

Là c'était une agence de pub, donc, donc une sorte de département. Mais dans Mad Men, il y a un héros qui tire un peu au dessus du lot, qui est Don Drapper. Et donc, on est entre les deux. Nous on avait un département à décrire avec peut être un héros à la Don Drapper qui est Malotrus. "

'The West Wing', virtuose dans l'écriture des dialogues

ER : "Ça, c'est la patte de Aaron Sorkin, le créateur de la série. Son style, c'est justement de faire parler les personnages très vite, sans air entre les répliques. Il est adepte du "Walk and talk", c'est-à-dire qu'on voit les personnages marcher, suivis par un steadicam, traverser les lieux et parler, parler, parler à toute vitesse. C'est vraiment la patte d'Aaron Sorkin qu'on retrouve dans tous ces films et dans toutes les autres séries."

Un travail "à l'américaine", inspiré notamment du mode de fonctionnement de Aaron Sorkin

ER : "Ça consiste à avoir une équipe de scénaristes, puis ensuite une équipe de réalisateurs, c'est-à-dire de ne pas tout faire tout seul. C'est écrit par une équipe de scénaristes qui sont supervisés par le show-runner ou le créateur de la série, parce qu'il faut un chef d'orchestre. 

On ne peut pas sortir une saison en dix ou douze épisodes par an sans déléguer le travail. 

On est obligé de tout faire en même temps, d'écrire, de réaliser, de monter et de faire chevaucher les différentes phases de fabrication. Et pour ça, il faut déléguer." 

Un univers mystérieux

Dans les deux cas, on parle d'un univers mystérieux. D'un côté, on a la Maison Blanche, on ne sait pas trop ce qui se passe. Et dans Le bureau des légendes, on a ce milieu de l'espionnage. Et à chaque fois, il y a ce souci, cette obsession d'être crédible et de coller au réel absolument. 

ER : "C'est l'intérêt des séries : faire vivre un milieu (professionnel en général). Et puis, il faut quand même qu'il soit un tout petit peu intrigant ce milieu. Parce qu'on fait quand même dix épisodes par an. Pourquoi passer tant de temps à regarder des gens évoluer dans un milieu qu'on connaît vraiment par cœur? C'est vrai que le milieu du renseignement est un milieu propice à faire une série parce qu'on rentre un peu dans le secret. 

Dans la mécanique d'une série, comment trouver l'équilibre entre ces scènes très documentées et puis les états d'âmes des personnages ?

ER : "En fait, c'est ça le plus important, la réalité dramatique des personnages, leurs problématiques. Après, évidemment, si tout ça évolue dans un milieu qui nous intrigue, qui nous intéresse, dont on a envie de connaître un peu la logique, c'est encore mieux. Mais la première chose auquel on s'intéresse vraiment, ce sont les personnages et comment ils affrontent la vie. 

Parce que les séries, comme les films, comme les romans, nous apprennent à vivre. 

C'est tellement compliqué d'exister qu'on a besoin de savoir un peu comment on peut se démerder dans cette existence. Et on va chercher les réponses dans les œuvres d'art, dans les œuvres de création. On ne va pas chercher les réponses dans des manuels, dans des modes d'emploi. En fait, le mode d'emploi de la vie, c'est la création littéraire, artistique et cinématographique".

Les projets actuels d'Eric Rochant 

ER : "J'écris une série totalement confidentielle dont le nom de code est "Rita". C'est une série qui sera internationale. Ça ne change pas grand chose, en fait. Parce que, justement, j'ai déjà adopté les méthodes américaines pour le Bureau des légendes. En fait, c'est les mêmes anxiétés : est ce que ce qu'on fait est bien ? Est ce que ça vaut le coup? Est ce que ça va tenir la route sur trois, quatre, cinq saisons ? 

Quand on écrit une série, on doit trouver un concept et des enjeux qui sont censés rester intéressant pendant plusieurs saisons. Et donc là, il faut vraiment s'accrocher et réfléchir à ce qu'on fait". 

The West Wing : l'intégrale de la série est disponible à partir d'aujourd'hui sur myCANAL

  • Légende du visuel principal: "The West Wing" : retour sur l'histoire d'une série "culte". Ici une photo tirée de la série TV avec l'actrice Allison Janney et les acteurs Richard Schiff, John Spencer, Martin Sheen © AFP / ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12
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