"Dragon Ball", "Naruto", "One Piece"... Les mangas les plus célèbres sont prépubliés par le magazine hebdomadaire "Weekly Shônen Jump", suivi avec attention par les éditeurs du monde entier. Retour sur un phénomène culturel majeur.

Le manga, une affaire de médias au Japon

C’est l’histoire d’un magazine qui fut tiré jusqu’à 6 millions et demi d’exemplaires. Le rouleau compresseur de la presse japonaise, publié chaque lundi, vendu une poignée de yens, destiné aux écoliers et aux lycéens. 

Une vingtaine d’épisodes inédits de bandes dessinées populaires paraissent ainsi dans ce journal hebdomadaire. Chacune d’elle, ou presque, étant devenue un hit au Japon, doublé d’un best-seller mondial. Cette revue est donc l’équivalent nippone du Journal de Spirou. Sauf qu’au lieu d’y découvrir les Schtroumpfs, Boule et Bill et Lucky Luke, les enfants y ont rencontré Dragon Ball, Naruto et One Piece, des héros planétaires.

Bienvenue dans l’antre du manga qui, au Japon, est une affaire de presse. Bienvenue dans les arcanes du « Weekly Shonen Jump » aux côtés de Grégoire Hellot, directeur de collection chez Kurokawa édition, spécialiste du manga, qui vient d'éditer "Jump, l'âge d'or du manga", signé Hiroki Gotō, le très grand rédacteur en chef, pour ne pas dire la personnalité emblématique qui a tiré "le Weekly Shōnen Jump" au plus haut de son de son histoire. 

Le manga, l'année dernière en France, correspond à près de 19 millions d'exemplaires, c'est une année record. C'est une locomotive industrielle pour tout le marché de l'édition et particulièrement de la bande dessinée. 

Les années 1980 découvrent le manga dans sa version animée à la télévision. Quand le numéro 51, les aventures de Sangoku, va propulser le journal au sommet. "Le Weekly Shōnen Jump", est le magazine de manga numéro un au Japon. On lui doit Dragon Ball, One Peace, des choses beaucoup plus récentes, comme "My hero Acadomia"

Le magazine de BD japonais "Weekly Shōnen Jump" dans sa version américaine, 2002
Le magazine de BD japonais "Weekly Shōnen Jump" dans sa version américaine, 2002 © Maxppp / Kyodo

Le "Weekly Shōnen Jump", le magazine de manga n°1 au Japon

Créé en 1968, c'est vraiment le journal qui clame sa liberté. Il a été créé après ses concurrents : 

Grégoire Hellot : "C'est l'époque où le manga commence à devenir quelque chose d'évident et de commun dans la société. Le "shōnen jump" arrive, mais c'est le dernier par rapport aux autres magazines institutionnels du manga qui existent déjà depuis plusieurs années avant lui.  C'est un magazine de prépublication comme on en a eu exactement en France avec les magazines "Pilote", "Le journal de Tintin", "Spirou"...

Jusqu'à ce que le "Shōnen jump" arrive, on est plutôt sur des acquis, des équivalents du manga avec des articles, du rédactionnel à visée pédagogique. 

Jusqu'à ce que le magazine change et opte pour le 100% manga !

Ils partent du principe qu'il faut lancer des séries exceptionnelles, des séries exclusives, des choses qu'on ne peut pas trouver ailleurs, qui n'existent pas à l'époque, ils demandent à leurs auteurs de signer des contrats d'exclusivité ! 

Quelles sont les valeurs du "Weekly Shōnen Jump" ? 

Le journal propose une ligne éditoriale qui rompt avec tout ce qui a été fait jusque-là, il suit de près les fans du magazine pour mieux évoluer : 

Grégoire Hellot : "C'est exceptionnel, c'est le premier à avoir collecter des informations quant aux envies scénaristiques des consommateurs. Ils ont eu ce génie de demander aux enfants ce qu'ils voulaient, de lancer des enquêtes à grande échelle". 

Grégoire Hellot explique que c'est cette relation extraordinaire qu'entretient le journal avec ses auteurs qui fait tout son charme. Notamment, chaque manga, chaque dessinateur dispose d'un responsable éditorial dont le rapport est suivi de près par les fans : 

GH : "Chaque dessinateur d'un magazine de manga est suivi par ce qu'on appelle un responsable éditorial. Toutes les semaines, il a rendez-vous avec son auteur et ils discutent du chapitre en cours. Le responsable éditorial influence le scénario du dessinateur". 

Le Manga et ses magazines ultra puissants au Japon : un phénomène culturel
Le Manga et ses magazines ultra puissants au Japon : un phénomène culturel © Maxppp / Kyodo

Le rythme frénétique des dessinateurs de Manga

Grégoire Hellot : "Ils doivent dessiner vingt pages par semaine à peu près, et qu'ils doivent rendre à l'heure. Ce qui fait le succès d'un manga, c'est aussi sa périodicité. C'est une mise en cases beaucoup plus évanescente, c'est la clé du succès du manga : on prend beaucoup plus le temps d'installer les personnages. 

C'est un travail énorme à tel point qu'il y a des gens qui tombent dans la dépression, qui en tombent malades

Par exemple, "One Piece", qui est aujourd'hui le plus gros manga du Japon et le plus vendu : son dessinateur s'est fait opérer des amygdales il y a quelques années. Cela a eu pour conséquence de générer quatre semaines sans "One Piece", ce qui a occasionné une chute de 20 % du succès du manga.

La suite à écouter...

ALLER LOIN 

  • Légende du visuel principal: Pile de mangas © Getty / picture alliance
Les invités
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.