Depuis ses débuts en musique, Sir Michael Lindsay Hogg a tourné mille et un films et séries, des Beatles aux Rolling Stones. Il signe une immense carrière de réalisateur de télévision et nous raconte ce que la mise en scène des plus grandes heures de gloire du rock et de ses icônes.

Michael Lindsay-Hogg en février 2019
Michael Lindsay-Hogg en février 2019 © Getty / Dia Dipasupil

Michael Lindsay-Hogg, une carrière auprès des plus grands

Il y a des vies comme ça, qui ne se résument pas. Michael Lindsay-Hogg est un mythe vivant. Il a connu enfant le tout Hollywood. On dit même qu’il est le fils naturel d’Orson Welles, il en sourit. À 25 ans, il réalisait une émission culte de la BBC. Il y fit connaissance des Rolling Stones et des Beatles dont il signa ensuite les clips. C’est donc l’histoire d’un homme venu à l’image par le rock’n'roll. Un homme qui aime Paris et qui y vit en partie, comme son grand ami Mick Jagger. Jamais très loin l’un de l’autre. 

Faiseur d’images surdoué, il est le témoin vivant de deux naissances conjuguées dans les années 1960 : celle de la pop culture et celle d’un média de masse, la télévision.     

Il a vu passer les groupes pop les plus importants de l'époque

Michael Lindsay-Hogg : "Je suis ravi d'avoir vécu tout cela, c'était une époque extraordinaire notamment en Angleterre. Parce que le rock'n'roll c'était les enfants de la Seconde guerre mondiale. Tout à coup ces gamins de 20 ans sont arrivés et ont pris le pouvoir, le monde à partir d'une petite île : l'Angleterre". 

C'est impossible de regretter ce qui s'est passé à ce moment-là parce que c'était la résultante de très nombreuses forces à la fois

Ready Steady Go!  et "Top of the Pops" : les deux grandes émissions de la pop music à l'époque 

Michael Lindsay-Hogg : "La différence était considérable. Top of the Pops c'était vraiment quelque chose de très classique, avec plans rapprochés. Et puis, leur musique ce n'était jamais du live contrairement à nous. Alors quand on a commencé, on ne voulait pas simplement observer le chaos du rock'n'roll. Ce que je voulais, c'était que la caméra prenne part à ce chaos. 

On a décidé de faire en sorte que le public soit aussi proche que possible des groupes

C'était des gens qui avaient quasiment le même âge. On montrait en même temps les vêtements que portaient tous les jeunes de l'époque et ça faisait partie de nous-mêmes".

John Lennon en concert avec les Beatles pour l'émission Ready Steady Go, 1964
John Lennon en concert avec les Beatles pour l'émission Ready Steady Go, 1964 © AFP / KIPPA / ANP

C'était la rencontre avec tous les géants de la musique britannique de cette génération".

Le tout premier clip des Beatles (1966) "Paperback Writer"

Il faut imaginer ce que c'est à l'image, ils sont les quatre Beatles, dans un jardin, il y a une très jolie verrière. Il fait beau, le ciel est bleu, il y a une statuaire antique de la glycine. Ils sont très statiques dans leur manière de jouer. Qu'est-ce que ça a de révolutionnaire ?

Michael Lindsay-Hogg : "Les Beatles, qui étaient les plus puissants, adoraient l'émission Ready Steady Go! Ils sont venus me voir me demandant si je n'avais pas une idée de clips qu'on pourrait faire. J'avais envie de faire quelque chose qui soit une espèce de vie d'héros narrative. Brian Epstein, leur manager n'a pas voulu, il voulait absolument que les boys soient en train de performer !"

Les Rolling Stones avec "Jumpin' Jack Flash" (1968)

Deux ans après, c'est au tour du clip des Rolling Stones, le clip est une antithèse visuelle, tout est en contraste, tout est en clair obscur. C'est très impressionnant, tout est en très gros plan, les ombres sont très contrastées, les visages sont blafards : Mick Jagger est maquillé comme un apache sur le sentier de la guerre. Michael Lindsay Hogg filme énormément en contre plongée. C'est l'exacte antithèse de l'esthétique des Beatles deux ans avant. 

Michael Lindsay-Hogg : "Après l'émission "Ready steady go", les bons groupes qui aimaient bien participer à l'émission ne savaient pas trop où aller pour faire de la télévision ou pour se faire photographier quand il étaient sur scène donc, à ce moment là, Mick Jagger m'a demandé si je voulais bien faire un clip pour leur premier single. Mais à ce moment là les clips c'était très rare encore. Moi je voulais vraiment me concentrer sur sa personne à lui, une méthode totalement différente de ce que j'avais pu faire avec les Beatles. On réfléchissait au maquillage. Brian Jones a été le premier à se maquiller. Et puis après, le reste du groupe a fait de même, ça les a complètement transformés !" 

Heureusement, les Rolling Stones ont adoré sinon, j'étais grillé pour les quinze années à venir ! 

"Hey Jude" des Beatles (1968)

Michael Lindsay-Hogg : "On les a beaucoup beaucoup vu en Amérique, c'était un gros marché ! Quelques années plus tard, on a fait "Hey Jude" avec les Beatles. On le montrait alors à une émission et on vendait 60 000 disques le lendemain !"

Les Rolling Stones et le célèbre "Rock and Roll Circus" (1968)

Michael Lindsay-Hogg : "Après les Beatles, les choses se sont bien passées pour moi. Mick Jagger m'a téléphoné pour savoir si je pouvais réaliser une émission spéciale pour la télévision et d'en proposer un concept. J'ai bien sûr répondu oui. On était là dans leur salon. La crainte vient à l'esprit, je me mets à faire des gribouillis et il y a ce titre qui me vient à l'esprit : "The Rock and Roll Circus" et Mickaa tout compris !On a commencé à partir sur cette idée de petit cirque itinérant. 

On a tourné en un jour et demi pratiquement tout. Les Stones sont arrivés sur scène à deux heures du matin et jusqu'à 5 heures du matin ils ont joué, ils étaient épuisés et n'étaient pas certain d'avoir fait exactement ce qu'ils voulaient faire en termes de qualité donc il a fallu attendre 1986 pour que cette émission soit vraiment vue et présentée !"

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