Prônant le fait-maison et la décroissance, le magazine "100 idées" est de retour en kiosque, presque 50 ans après sa première parution. Amélie Lamirand, sa rédactrice en chef, et Marie-Claude Treglia, autrice du livre "100 idées, l'aventure des seventies", sont ce matin les invitées de "L'Instant M".

« 100 idées » revient en kiosque. J’ai foncé dans la cave de la maison familiale et j’ai retrouvé tous les numéros soigneusement archivés. Avec eux est revenu le souvenir du grand ours rembourré en capoc, nous lui avions cousu des yeux en bouton et un museau en Liberty. Revenu aussi, le pull-over reproduisant la célèbre vague d’un tableau japonais, tricoté par Claude, une amie de ma maman, un modèle phare de « 100 idées ». Chaque année, il feutrait un peu plus dans les machines à laver de nos mères pressées. Toutes les filles de la famille l’ont porté. Ce matin, nous vous racontons l’histoire folle et joyeuse d’un magazine féminin qui porta haut les couleurs du « do it yourself ». Pourquoi utiliser un terme anglo-saxon et branché pour parler du faire soi-même des années 70 ? Parce que c’est redevenu furieusement tendance.

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Extraits de l’entretien :

Sonia Devillers : C’est un magazine hors-norme né dans les années 70, il y a un blog de passionnés et vous en avez fait un livre. Marie-Claude Treglia, racontez-nous son histoire ?

Marie-Claude Treglia : "Au tout début (années 60) c’était un supplément intitulé Le Marie-claire de votre sac, un petit truc un peu mémère qui disait on va faire du tricot et on va consommer. Puis, en 1972, ça a été récupéré complètement par deux personnes de Marie-Claire qui avaient envie d’en faire un truc qui collait à l’époque. Elles ont fait un essai  et un premier journal est né sous l’égide de Jean Prouvost, un patron de presse que je n’ai pas connu mais qui était quelqu’un de super éclairé et qui fonctionnait à l'intuition. »

SD :  Oui, le groupe Jean Prouvost était un groupe pionnier extrement inventeur, créatif et opulent dans les années 70. 

Marie-Claude Treglia : "Jean Prouvost leur a donné le feu vert, ils ont fait le premier numéro, puis quatre dans l’année et ça a été un tabac !  Du coup on leur a donné les moyens, les locaux et c’est devenu un mensuel. "

SD : Ce magazine mensuel a été tiré à 450 000 exemplaires, avec la mention A faire vous-même, le Do it yourself de l’époque, Anne Sylvestre y fait allusion dans sa chanson  "Des calamars à l’harmonica".

"100 idées" quand le "fait maison" revient en force !
"100 idées" quand le "fait maison" revient en force ! © Radio France / 100 idées

Quand j'étais mère de famille/ J'en ai fait des choses, je les r'ferais pas!/ On en tricotait des mètres et des mètres/ De pulls en mohair qui grattaient, qui grattaient/ Des pulls roses et verts qu'on n'oserait plus mettre/ Et des beaux jacquards pris dans "100 idées"

SD : Amelie Lamirant  vous vous êtes plongée dans les archives avant de recréer le nouveau 100 idées qui arrive en kiosque. Il faut bien comprendre que derrière ces idées de récup, de détournement d’objets, de création il y a un vrai truc d’esthète, c’est créatif et pas si baba cool, c’est pour ça que ce n’est pas ringard… 

Amélie Lamirand : "Oui je pense que 100 idées est à nouveau complètement dans l’air du temps. Autour de moi, les gens ont envie de faire des choses par eux-mêmes, comme leurs vêtements…"

SD : Tendance accélérée par le confinement…

Amélie Lamirand : "Tout à fait. L’idée du magazine, l’envie de faire soi-même est venue du confinement. "

SD : C’est un mélange entre une envie de décroissance et celle de faire quelque chose avec ses mains, de mettre ses mains dans la matière…

AL: " Oui et aussi de consommer différemment en transformant ce qu’on a dejà."

SD : Avant cela, broder coudre et tricoter c’était : soit un signe d’oisiveté pour occuper les grandes bourgeoises désœuvrées, soit un signe de sénilité... C'est devenu un signe d’émancipation pour les femmes jeunes et actives…

Marie-Claude Treglia : "Oui c’est un signe d’expression de soi et de sortie des cadres. A la différence d’aujourd’hui ou c’est le système D, à l’époque c’est plutôt le système B , comme beau, un désir de voir du beau et faire du Beau."

SD : Pourquoi un magazine papier quand on trouve partout des idées et des recettes sur internet ?

Amélie Lamirand : "On  s’est posé la question, moi j’adore le format papier et les retours que l’on a sont très bons, on a déjà 1200 abonnés avant la sortie en kiosque. Et puis le fait d’avoir les recettes posées devant soi sans être obligé de remettre à jour la page, c’est plus pratique."

Marie-Claude Treglia :

Dans le 100 idées, l’image était révolutionnaire car c’étaient de vraies femmes prises lors de casting sauvages, des images en mouvement, tout était inspiré de la vraie vie, ce journal c’était la vie.

"Ce journal a collé à une époque mais revenir au papier c’est un geste révolutionnaire et émancipatoire à l’époque actuelle !  "

SD : Il faut raconter que ce magazine a créé une communauté qui a continué à vivre sur le numérique…

Marie-Claude Treglia : "100 idées c’était un réseau social avant l’heure ! il y avait une rédaction pléthorique et des lectrices qui apportaient leurs idées ou envoyaient les photos des ouvrages réalisés."

La suite à écouter 

  • Légende du visuel principal: Tricot fait main : une forme d'expression de soi © Getty / Emma Innocenti
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