Il anime « Radio libre », sulfureuse et historique libre-antenne de Skyrock depuis 1997, et il n'est pas près de raccrocher le micro. Difool est le premier invité de notre semaine spéciale à l'occasion des 100 ans de la radio.

L'animateur radio Difool à Skyrock en 2004
L'animateur radio Difool à Skyrock en 2004 © Maxppp / Delphine Goldsztejn

Cinq émissions jusqu’à vendredi prochain pour revisiter ensemble les grands virages de ce média né il y a un siècle. Et pour inaugurer cette série, j’ai choisi un enfant des radios libres devenu l’animateur emblématique de ma génération, symbole de la libre antenne, pionnier de la libération de la parole. J’ai nommé Difool, 40 ans de micro au compteur. Comme on dit un homme-orchestre, on peut dire de lui qu’il est un homme-radio. Il passe ses nuits et sa vie en studio. Incarnant – c’est unique sur la bande FM – à la fois les soirées et les matinales de la station Skyrock. Incarner ? Que dis-je ? Difool n’est pas un corps, c’est une voix et rien qu’une voix. Le seul roi des musicales à n’avoir pas basculé en télé. Le son, pas l’image. À l’ancienne. Difool a surgi avec la radio contemporaine, raccrochera-t-il à l’heure de son déclin ? Peut-être pas, peut-être bien. 

Extraits de l'entretien

Sonia Devillers : La voix de Skyrock, David Massard de son vrai nom, le cumulard lit-on dans la presse moi je dirais plutôt le dictateur nord-coréen…car c’est ubuesque, vous êtes à la fois l’animateur du Morning (l’équivalent de la Matinale sur France Inter) à la tête de l’émission du soir et en plus vous êtes le directeur général de Skyrock…

David Massard (Difool) : oui c’est pratique, comme ça on ne peut pas me virer… (Rires)

SD : Pourquoi est-ce que la radio a été si importante dans votre enfance ?

D : "Sans doute parce que j’ai vécu plusieurs années chez mes grands-parents qui écoutaient France Inter du matin au soir…"

SD : Et vous avez commencé  la radio tout petit…

Difool : "Oui, la première radio que j’ai visité j’avais dix ans… et puis en 1981  avec la libération des ondes, j’ai cherché une radio et j’ai commencé sans jamais m’arrêter."

SD : C’était une époque d’effervescence, toutes les portes étaient ouvertes, on pouvait entrer à la radio sans avoir fait d’école et sans être pistonné...

Difool : "Oui, on pouvait tout faire et dire n’importe quoi, on pouvait même faire de la radio sans avoir de voix, à mes débuts j’avais une voix de minot, je n’avais pas encore mué…"

SD : Comment vous êtes arrivé à Fun radio ?

Difool : "Je faisais tous les remplacements, les nuits le week-end, je prenais le train depuis ma province et je dormais sous la table de mixage… je répondais toujours présent. Et puis après il y a eu la rencontre Doc et Difool…"

SD : Doc et Difool c’est "Love in Fun" il faut rappeler ce qu’a été la naissance de la libre antenne, et dire qu’au départ c’est un programme adapté d’un format américain.

Difool : "Oui, mon boss de l’époque est arrivé avec un gros book, la bible de l’émission, dans laquelle ils décrivaient une infinité de situations et des réponses appropriées. Alors on l’a lue et puis on en a fait ce qu’on a voulu… 

SD : Le doc était un véritable docteur.

Difool : "Oui oui, un pédiatre. La première rencontre avec lui c’était marrant, c’était derrière un micro. On a fait deux essais et puis on s’est lancé !"

SD : Ca a été un véritable carton et ça a fait couler de l’encre comme rarement dans l’histoire de la radio. Vous allez très rapidement devenir leader dans votre créneau. Et puis il y a l’affaire de la mise en garde du CSA, la question à l’époque était peut-on parler de sexe à l’antenne, la société a beaucoup changé…

Difool : "Quand Love in fun a démarré, il n’y avait pas internet, il n’y avait pas de radio pour toute une génération. "

A 20 ans mon truc c’était de faire de la radio pour les gens de ma génération, on a apporté le langage de la rue à la Radio. Alors oui ce n’était pas toujours très fin mais le direct était essentiel, on a apporté à la radio une discussion entre copains, c’était la première fois sur la FM."

Doc et Difool dans les locaux de Fun radio en 1994
Doc et Difool dans les locaux de Fun radio en 1994 © Getty / Frédéric Reglain

SD : Au départ votre registre très cru relevait de la transgression pure, ce n’est plus le cas aujourd’hui, même si vous vous n’avez pas changé.

Depuis qu’Eric Zemour a une quotidienne, ce qu’on fait c’est soft !

La radio du soir est devenue une émission multigénérationnelle, on peut avoir un adolescent de 15 ans comme un daron d’une quarantaine d’années qui donne des conseils à l’antenne. On fait des canulars mais derrière l’humour on essaie de faire passer des messages…"

SD : On a déjà reçu Cauet (NRJ) ici et on l’a entendu encourager un discours largement raciste ou homophobe. Chez vous il y a toujours quelque chose qui retient ça.

D :  "Par la personnalité de Skyrock, on a voulu mélanger tout le monde, on a une responsabilité, des valeurs. 

Si on a un auditeur « raciste » à l’antenne,  on l’écoute et on réagit. En revanche je suis à Skyrock depuis 1996, si ça marche, c’est aussi que l’on ne passe jamais de faux auditeurs. 

SD : Justement en 25 ans, j’aimerais bien savoir ce que vous avez pu observer comme évolution… Des viols conjugaux, des pervers narcissiques, des incestes  et des violences familiales vous avez dû en voir passer avant qu’on en parle comme aujourd’hui… comment l’auditeur moyen a-t-il évolué ?

D : "L’auditeur n’a  pas beaucoup changé… même si  on observe améliorations. Les filles se défendent mieux sans doute."

SD Comment on fait pour être aux prises avec son époque quand on passe sa vie dans un studio ?

D : "Skyrock c’est le pouls de la société je suis arrivé à Skyrock pour faire quelque chose qui n’existe pas ailleurs."

SD : On ne vous voit pas, on sait très peu de choses de vous, alors que Cauet filme ses séquences sur el web, vous vous êtes une radio à l’ancienne (excepté Fred qui est filmé)

Diffool : "A Skyrock on se dispense de l’image, on n’est pas filmé."

La radio fait travailler le cerveau, c’est magique !

La suite à écouter.

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