Yves Jeuland et Vincent Josse ont confectionné un portrait d'Yves Montand, leur idole de toujours. Mais ils savent qu'ils ne sont pas les seuls à chérir le souvenir Montand Le Flamboyant, dont l'héritage est devenu un bien commun, voire un fondement, de la culture populaire française.

Faire un film sur Montand, c’est faire un film sur l’engagement. Comment faire autrement ? C’est raconter le 20ème siècle, forcément, ses grandes tragédies et ses grands récits. Des crève-la-faim fuyant le fascisme italien à l’effondrement du bloc communiste dans les années 80. C’est fouiller l’histoire des gauches françaises, de leurs causes communes à leurs mortelles dissensions. C’est scruter la trajectoire d’un homme parti de rien et arrivé tout en haut de l’affiche.

Chanteur jamais en rythme, acteur qui ne comprend pas le cinéma, star à Hollywood qui ne parle pas l’anglais

Prolo arrivé tout en haut à force de travail, de volonté, de séduction – hanté, toujours hanté par l’idée d’avoir trahi les siens. 

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Extraits de l'entretien

D’où vient Yves Montand ? 

Yves Jeuland : "Yves Montand vient d’une famille communiste qui a fui le fascisme au début des années 1920. Il a peu de souvenir de Monsummano Terme en Toscane car quand ses parents partent, il a deux ans et demi. Mais il est pétri de cette culture italienne, et de l’engagement communiste de son père. Il vient d’un milieu ouvrier. Son frère restera communiste toute sa vie et permanents de la CGT. Montand vient d'un milieu ouvrier, et va chanter pour eux. Il n’a jamais oublié ses racines."

Un homme qui a été pétri par la honte d'avoir été un miséreux 

Vincent Josse : "Yves Montand disait qu'il appartenait au sous prolétariat du sous prolétariat. Il en a énormément parlé. Il a toujours fait d'ailleurs attention aux autres. Beaucoup de gens ont demandé de l'argent à Montand, et à Signoret tout au long de leur carrière. Les personnes venaient frapper à leur porte au 15 Place Dauphine à Paris, un lieu surnommé "la roulotte". Et ils donnaient de l’argent aux personnes dans le besoin. Catherine Allégret, leur fille, a retrouvé les bons. Ils étaient très généreux."

Yves Montand, un transfuge de classe : quelqu'un de toujours inquiet de ne pas en être et d'avoir trahi ses origines

VJ : "À tel point qu'il parlait de lui presque comme Alain Delon à la troisième personne. Quand il se voyait en scène ou qu'il s’imaginait devant le public, il disait : « Il se place là, il va venir là… » Il était tellement émerveillé d'en être, d’être un des grands artistes du music-hall, il n'y croyait pas. Il se mettait à distance de ce personnage."

La réussite : un sujet d’angoisse qui ne rendait pas forcément son entourage heureux 

Yves Jeuland : "Il était angoissé, mais aussi complexé par son accent, ses fautes de français ou d'orthographe. 

Mais il essayait toujours de donner le change : à ses débuts en souriant à tout le monde, et ensuite, en essayant de faire le pitre.

Comme Chaplin. Il fait ce qu'on attendait de lui : il rattrape le temps perdu en lisant, se cultivant, et en rencontrant des intellectuels."

Son voyage à Moscou, fruit d'une tension et d'une déchirure 

YJ : "Nous sommes en décembre 1956. Quelques semaines auparavant, les chars russes sont entrés dans Budapest et ils ont écrasé une révolution pacifiste dans le sang. Montand avait prévu était invité à faire une tournée dans les pays de l'Est, de l'autre côté du rideau de fer. 

A ce moment, c'est tempête sous les crânes pour Montand, et Signoret. Ils décident d'y aller même si l'un des musiciens ne suit pas. Yves Montand est reçu de manière magnifique.

On dispose des images de propagande du régime soviétique. On voit le peuple applaudir. Cela a été un phénomène.

Il a autant été admiré en URSS qu'aux Etats-Unis. D'ailleurs plein de petits Yves et de Simone vont naitre dont deux jumeaux.

Une rupture avec le PC après 1956

VJ : "Cela commence après 1956. Ils reviennent de la tournée et n'en parlent pas. Etudiant en Histoire, je travaillais sur l'itinéraire politique d'Yves Montand. Entre 1956 et 1968, il y a très peu d'interventions de Montand dans la presse. Il se met en retrait car il est en train de rompre, avec le PC, mais aussi avec sa famille. Et il va se fâcher avec son frère qui, lui, a des responsabilités au sein du Parti Communiste. Ils ne se retrouveront quelques mois avant la mort de Montand seulement. Après le printemps de Prague, il devient un farouche adversaire du stalinisme."

La suite à écouter...

  • Légende du visuel principal: A qui appartient le souvenir d'Yves Montand ? © Getty / Reinhard-Archiv/ullstein bild
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