La saison 2 de la websérie d'Océan, « En inflitré•e•s », est à voir dès maintenant sur la plateforme France TV Slash.

C’est l’histoire d’un garçon qui a vécu sa transition sous l’œil d’une caméra, geste militant, geste pédagogique, geste intime paradoxalement puisque médiatisé. Mais le regard sur soi et le regard des autres sont parties constituantes de l’identité. C’est l’histoire d’un homme avec un vagin, lesbienne jusqu’au bout des ongles et féministe radicale. C’est l’histoire d’une personne trans partie à la rencontre d’autres personnes trans, intersexes ou non-binaires, bien décidée à montrer la violence la fragilité, de ces parcours éminemment complexes et surtout, pluriels. C’est l’histoire d’un acteur qui joue à fictionner la réalité. C’est l’histoire d’un individu qui, grâce aux hormones notamment, a maintenant l’allure d’un mec hétéro. Ça l'agace. Ça l’amuse, aussi. Comme si, pour la première fois de son histoire, il pouvait témoigner de l’autre côté du miroir.   

Extraits de l'entretien :

Sonia Devillers : En inflitré•e•s, c’est le titre de cette saga documentaire en 12 épisodes de 17 à 21 minutes. Des épisodes brefs plein de thématiques sociétales variées dans lesquelles piocher. L’infiltration c’est un outil du journalisme d’enquête vieux comme le monde, vous l’utilisez pour aborder toutes les facettes de la transidentité. Immense différence néanmoins avec l’infiltration classique, vous ne jouez pas un rôle…

Océan : "Non, je ne joue pas un rôle, « Infiltré » c’est une manière de parler de notre statut, on se retrouve, nous les personnes trans, non binaires, inter sexe, en infiltré dans le monde cisgenre, dominant, binaire, dyadique (dyade). Aujourd’hui quand je rentre dans une boulangerie, on me dit bonjour monsieur, ça me fait drôle parce qu’on ne m’a pas toujours appelé Monsieur…"

SD : Au delà de la question de la transidentité, vous abordez la question de la couleur de peau…

Océan : Ce que je voulais montrer c'est la diversité de ces parcours. Selon les autres oppressions que l’on peut subir, notre passing va avoir lieu différemment. Le passing c’est le fait de passer pour cis (cisgenre). Moi en tant que blanc bourgeois, je suis privilégié par rapport à un homme noir qui  fait une transition de genre. Il aura peur, à raison, de subir des violences policières…

SD : Cisgenre, homme cis, femme cis, passing… ce vocabulaire précis que vous utilisez, c’est volontaire, pour vous les mots sont déterminants ?

Océan : Oui tout à fait, le vocabulaire est politique. 

Pourquoi ce serait toujours les gens "minorisés" qu’on  déterminerait ? Il faut nommer les dominants. C’est extrement simple, il y a un mot à apprendre c’est le mot Cisgenre. Ne pas dire cisgenre c’est laisser entendre qu'on ne serait pas normaux !

Je voulais montrer avec cette seconde saison qu’il n’y a pas un seul parcours Trans, il y a autant de transidentité que de personnes. Il y a des personnes qui font des opérations d’autres pas, certaines qui prennent des hormones ou pas…il me tenait à cœur de montrer ma communauté dans toute sa complexité.

SD : toutes ces personnes disent manquer de modèles !

Océan : Oui c’est pour ça que j’ai fait une saison 2. Je voulais que des gens comme Noam : jeune Trans arabe qui ne souhaite pas forcément faire une mastectomie (l'enlèvement chirurgical des seins) puisse se dire, oui en fait cette opération n’est pas une obligation… C’est assez riche au final, il y a un thème par épisode, on peut aussi choisir le thème que l’on veut dans ces 4 heures.

Je voulais que des personnes, grosses, inter sexes, racisées, handicapés, etc. puissent être représentées.

SD : Il y a  plein de cris du cœur dans cette série, vous n’hésitez pas à taper du poing sur la table…

Océan : "Oui, je suis un peu entre deux mondes, j’appartiens à cette communauté invisibilisée, mais je suis aussi souvent invité au sein des médias de ce monde très normatif. J’essaie aussi de donner une visibilité à ma communauté."

SD : Vous êtes aussi acteur, vous pourriez tout jouer …

Océan : "Malheureusement je ne suis quasiment jamais appelé pour jouer des personnes cis genre. "

Les personnes Trans sont souvent discriminées dans le monde du travail, on ne respecte pas leur pronom, leur identité de genre. C’est une population extrêmement précarisée à cause de la Trans phobie systémique.

Il faut remettre les choses à leur place, qui vit des discriminations ? Même sur la question de la classe sociale, Il faut être attentif à faire travailler des acteurs issus d’un milieu prolétaire, en France, pardon mais c’est tout de même beaucoup ça."

SD : Ce que dit votre série, c’est que d’un côté il y a un grand  confort à avancer dans votre transition et en même temps, il y a une grande vulnérabilité…

Océan : "Si jamais je suis dans un bar avec plein de mecs bourrés sympas avec moi, à la seconde où ils comprennent que je suis Trans la violence débarque."

SD : Alors ça fait quoi d’être un mec au milieu des mecs ? 

Océan : "Franchement c’est chaud… (Rires) Le sexisme je le connaissais déjà, mais la base de la complicité de mecs qui se connaissent peu c’est de faire des blagues sur les meufs… Je suis pas du tout ok, ça me plonge dans des espèces d’angoisses…"

La suite à écouter

🎧 ECOUTER : Transidentité avec Océan, Nadia Daam reçoit Océan

👀VOIR : La bande annonce de la saison 2 Océan, en infiltré·e·s 

  • Légende du visuel principal: Océan dans le documentaire sur sa transition © Océan
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