Complément d'Enquête revient jeudi 2 septembre avec un sujet consacré au business des fake news. Qui sont ces grandes marques qui financent les intox ? Sylvain Louvet, l'auteur de cette enquête, et Tristan Waleckx, nouvel animateur de l'émission, sont les invités de l'Instant M.

Les sites et autres chaînes Youtube qui propagent des fausses informations se portent bien figurez-vous. Ils rapportent même de l’argent à leurs administrateurs. Les uns seraient sans doute partis en croisade quoiqu’il en coûte. Les autres semblent avoir repéré un filon pour s’enrichir. Comment ? En multipliant les appels aux dons auprès d’internautes conquis et surtout, en ramassant de la publicité. 

Oui, la « fake news » outrageuse, l’intox ultra flippante, le doute conspirationniste qui vous happe, constituent les pierres angulaires d’une gigantesque machine à fric. Plus une info est choquante, plus elle ramasse de clics et plus elle est partagée. Ce trafic-là se monétise, figurez-vous. Qui a intérêt à nettoyer le web ? Pas ceux à qui ça profite et ils sont nombreux.

Le crowdfunding

Aujourd'hui, les plateformes de crowdfunding permettent à des désinformateurs de pouvoir vivre confortablement de leurs mensonges.

Sylvain Louvet : "Quand on a interviewé les gérants de ces plateformes, ils nous disent, au motif de la liberté d'expression, que ce n'est pas un problème pour eux de pouvoir permettre à des désinformateurs de constituer de petites entreprises grâce à la technologie qu'ils ont mis en place."

Tristan Waleckx : "Hold Up de Pierre Barnérias, qui a été fact-checké par des dizaines, voire des centaines de journalistes qui y ont trouvé beaucoup d'approximations et d'erreurs factuelles, ce film a récolté plus de 300 000€ de dons. Pour donner un ordre d'idée, c'est à peu près trois fois le budget de Complément d'enquête, de notre reportage. Ça lui a permis maintenant de fédérer un certain nombre de citoyens à qui il demande de le suivre sur ses prochains projets. Ça lui donne une force de frappe supplémentaire pour pouvoir produire effectivement Hold up 2."

Les millionnaires du mensonge

Tristan Waleckx : "Le site de Jim Hoft, The Gateway Pundit fait, par mois, 50 millions de vues. On a évalué les revenus que peut générer son site. Et je crois qu'on est à peu près à 200 000€ par mois."

Sylvain Louvet : "Jim Hoft est un personnage qui continue à remettre en question la non-élection de Donald Trump. Il tient régulièrement des propos anti-musulmans. Il a été invité à la Maison-Blanche. Ça montre bien la puissance et la force de frappe de ce conspirationniste américain qui est aujourd'hui en concurrence directement avec les grands médias traditionnels comme Fox News."

En Europe, il y en a beaucoup moins qu'aux Etats-Unis. Mais on a aujourd'hui des personnes et des informateurs qui vivent très confortablement de leurs mensonges.

La publicité au cœur du réacteur

Sylvain Louvet : "On a consulté un rapport qui a été publié en 2019, qui évalue à peu près à 235 millions de dollars les revenus publicitaires reçus par les sites de désinformation. on a donc lancé une grande expérience citoyenne. On a demandé à 50 citoyens de passer au scanner une vingtaine de sites de désinformation pendant cette semaine pour essayer de découvrir les marques qui financent le plus la désinformation."

Sonia Devillers : Cinq marques arrivent en tête de ce classement, notamment Bouygues qui est le seul à avoir accepté de vous répondre, mais il faut expliquer concrètement comment ça marche, la publicité programmatique ? 

Tristan Waleckx : "Bouygues dépense des centaines de millions en budget publicitaire et donc passe par une agence publicitaire en lui demandant 'J'ai envie de cibler, par exemple, les plus de 25 ans qui aiment les voitures'. A partir de là, l'agence publicitaire va aller viser un ensemble de sites et va donc orienter les encarts publicitaires vers cet ensemble de sites. Bouygues nous explique qu'ils ont des listes d'exclusion, une blacklist de sites. En tout cas, l'enquête montre que cette blacklist ne fonctionne pas puisqu'on retrouve ces encarts publicitaires sur des sites de désinformation.

Le problème, c'est que ça coûte extrêmement cher de mettre en place une espèce d'algorithme qui permettait justement d'exclure tous ces sites de désinformation."

Aller plus loin

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  • Légende du visuel principal: Fake news : la faute à la pub © Getty / Aja Koska
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