Sonia Devillers reçoit l'animateur de télévision Patrick Sébastien, fondateur et rédacteur en chef de "Jeux vous aime", un nouveau magazine qui joue avec les mots.

Patrick Sébastien en 2017 sur un plateau TV
Patrick Sébastien en 2017 sur un plateau TV © Getty / Eric Fougère-Corbis

Les grosses têtes de la télévision font les beaux jours de la presse imprimée. Stéphane Bern, Stéphane Plaza, Faustine Bollaert, Sophie Davant ont désormais leur magazine. Preuve que la télé peut faire vendre du papier et que les journaux s’imposent encore comme des débouchés profitables. Le risque, là-dedans, c’est la paresse. Mettre une gueule en couverture et refourguer des contenus bateau, voire des publi-communiqués à l’intérieur. Nous, à "l’Instant M", on a aimé le canard de Patrick Sébastien. Parce qu’il y partage sa passion pour les mots croisés, fléchés, placés, codés.. Parce qu’il y partage tout ce et tous ceux qu’il aime, en réalité. Cent pages d’histoires drôles et d’histoires qui font chialer.  

Extraits de l'entretien :

Sonia Devillers : Vous avoir là en studio en direct le matin c’est un exploit !

Patrick Sébastien : J’ai dormi trois heures, je vis la nuit oui, c’est mon rythme depuis très longtemps.

SD :Vous sortez un journal qui paraitra tous les deux mois à un prix très raisonnable (3,80 euros) et il s’intitule « Jeux vous aime »…

Patrick Sébastien : Ce n’est pas moi qui ai trouvé le titre, pour une fois, mais je trouvais ça sympa.  C’est la première fois que je suis le rédacteur en chef d’un journal, c’est une expérience qui m’intéresse.

SD : Vous êtes plus que le rédacteur en chef puisque vous êtes l’auteur des mots croisés. C’est un journal plein de mots et de maux…

Patrick Sébastien : Pour les gens qui ne connaissent pas, le cruciverbiste c'est celui qui remplit une grille de mots croisés et le verbicruciste est celui qui la fabrique.

J’adore les mots croisés, j’y suis accro depuis longtemps, c’est l’occasion de jouer avec les mots, c’est une jouissance quand on trouve la réponse !

SD : Je cite quelques définitions calembours de Michel Laclos, grand verbicruciste que vous avez bien connu : Gare à la peinture pour Le musée d’Orsay/ Père de chaussures en 4 lettres : Noel/ Phoque en pointillé, en 5 lettres : Morse…

Patrick Sébastien : J’adore… ce qui est marrant c’est qu’on reste des fois un quart d’heure à concocter une définition. La dernière que j’ai trouvée c’est "Barrière de Co-rails" … pour "passage à niveau"..

SD : Il faut parfois deux jours entiers pour fabriquer une grille 20 /20…

Patrick Sébastien : Oui, je fais surtout des grilles  20/20 parce que ça permet des longs mots ou des expressions, c’est un vrai jeu de piste !  

Je m’adonne à cette passion depuis que j’ai 14 ans, je n’ai jamais laissé une grille en plan.  C’est venu de l’ennui, à l’époque la télé ne commençait pas avant 18h et il n’y avait pas de jeux vidéos… les mots croisés c’était une belle évasion !

SD : Est-ce qu’il y a des familles de verbicrucistes ? Je suis très mauvaise à ce jeu…

Patrick Sébastien : Les mots croisés c’est une gymnastique, une tournure d’esprit particulière. On essaie de faire référence à tous les domaines et d’éviter de mettre des mots que personne ne connait. Avec de l’astuce et un peu de logique tout le monde peut trouver.

« Enceinte de Johnny en 1998 » ?  La réponse est : Stade de France…

C’est beaucoup plus difficile d’écrire des chansons comme Les Sardines… 

SD : Les sardines c’est votre méga tube ! Ecrire une chanson c’est très peu de mots…

Patrick Sébastien : Oui, il ne faut ni taper trop haut, ni trop bas, trouver la phrase qui reste dans l’oreille, la bonne mélodie. Mes chansons sont festives, ça n’empêche pas de glisser des messages dedans comme avec L’autre France, par exemple.

Il n’y a rien de plus jouissif que d’entendre sa chanson dans la rue.

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SD : Il y a la mélodie populaire et l’expression populaire dans vos chansons…

Patrick Sébastien : Oui Les serviettes ça m’est venu dans un mariage en observant les gens… Pourvu que ça dure je l’ai piochée dans la bouche de quelqu’un…

SD : Et cet amour des mots et de l’écriture ? 

Patrick Sébastien : J’ai eu 14 ans en 68, cette passion des mots je la dois à mes profs de français même si je me suis marié tôt et que j’ai dû bosser…

SD : Dans la dernière page de votre journal on découvre un "Poème sur la bienveillance" signé Sébastien de Bergerac, entièrement en alexandrins…

Patrick Sébastien : On me caricature souvent mais mon public connait tout ça. Je déteste les aprioris et les caricatures et surtout je ne renie pas le côté festif et accessible parce que c’est une philosophie de vie. Quand j’ai passé mon bac de philo, j’ai eu un prof ivrogne qui m’a dit cette phrase qui m’a marqué : « Il ne faut pas vivre pour penser, il faut penser à vivre ». Ça m’a suivi et ça ne m’a pas empêché de me cultiver. J’aimais Zola, Pagnol, Cyrano et Frédéric Dard.  

SD : Ce que j’ai trouvé très touchant dans ce journal Jeux vous aime c’est que c’est aussi l’occasion de parler à cœur ouvert de vos valeurs des drames de votre vie… on y croise  des bienfaiteurs comme Carlos, Louis de Funès… une véritable famille.

Patrick Sébastien :

On a dit qu’on était pas "essentiel", mais le métier de clown est essentiel ! On est le pays où les gens consomment  le plus de tranquillisants… les psys sont débordés, moi je ne prends rien du tout !

Tout ce que je garderai de ce voyage de bientôt cinquante ans c’est le plaisir d’avoir croisé mes idoles, moi le petit bâtard de mon village. Louis de Funès au neuvième rang, c’est le cadeau de ma vie…  Delon, Brassens, Michel Morgan et Lino Ventura qui se tenait la main au premier rang… Un des plus beaux messages que j’ai reçu ces derniers temps c’est celui de Dupontel le jour où il a eu son César et qu’il m’a écrit  « tout vient de toi le jour où tu m’as sorti de ma chambre de bonne pour me permettre de m’exprimer… » mes vrais réussites c’est ça !

SD Votre journal ne parle que d’amour. Un jour votre fils  de 19 ans s’est tué à moto… ce que j’ignorais c’est que vous faisiez partie d’une même troupe. 

Patrick Sébastien : J’ai demandé à Carlos de me remplacer quand j’étais au plus bas, mais il m’a poussé à travailler en me disant :  l’amour du public va te tenir droit… il a eu raison.

La suite à écouter

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