Ce week-end, deux options, selon Sonia Devillers : regarder "Gravity" d'Alfonso Cuaron ou regarder Thomas Pesquet à la télé faire des saltos tout là-haut dans sa station ISS !

Sandra Bullock, astronaute en détresse dans "Gravity" d'Alfonso Cuaron.
Sandra Bullock, astronaute en détresse dans "Gravity" d'Alfonso Cuaron. © Warner Bros Entertainment

En ce qui me concerne, la semaine a été rude. J’ai des cernes jusqu’au nombril et le moral dans les chaussettes. En ce qui ne me concerne pas moi, mais nous tous, on le rabâche à longueur de temps, l’atmosphère est « pesante ».

Les odyssées spatiales servent à ça : vivre l’apesanteur. Se libérer du poids qui alourdit sur nos épaules, éprouver un peu de cette légèreté non pas morale, mais physique qui ne nous est, pour de vrai, jamais accordée.

Quand on plonge. Quand d’une seule poussée, nos corps immergés parcourent l’onde jusqu’à s’y laisser flotter. Quand il n’y a plus que l’eau pour nous résister. Et dans la vie, quand il n’y a plus que l’eau pour nous résister, c’est que, le temps d’un instant, d’autres obstacles ont abdiqué.

Je me suis demandé quelles autres expériences, nous, Terriens condamnés à la gravité – vous mesurez, j’espère le poids du mot – nous pouvions faire du corps éthéré, d’une forme d’abandon de soi, de dilution de nos « moi » dans les éléments jusqu’à en oublier nos pesanteurs.

J’en ai trouvé deux. La musique de Chet Baker qui s’immisce en chaque interstice de nos armures, qui nous envahit et nous laisse l’envahir.

Et puis, ici et maintenant, quand je vous parle dans ce micro. Que ma voix s’étend telle une nuée dématérialisée dans l’espace immense qu’est toute la France, alors que moi, piégée dans mon corps limité, je ne suis que là, avec mes amis en studio.

Oui, l’onde radiophonique est métaphysique. Elle va au-delà de nos matières, elle fait de nous des êtres infinis.

Au cinéma - on en a tous des souvenirs émus, époustouflants - parfois, on sort dans l’espace, donc on sort de soi. Faut-il dès lors regarder Gravity dimanche soir ? A vous de voir. Alfonso Cuaron a transformé le rêve en cauchemar. Gravity est un film de survie. Physique et psychique. Plus de haut, plus de bas, plus de borne, plus de repère, plus d’espace en réalité puisque nos représentations mentales ne peuvent que circonscrire celui-ci pour l’appréhender. L’absolue perdition en lévitation. Terrifiant

Gravity d'Alfonso Cuaron, c’est dimanche sur TF1 à 20h50

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