Arte consacre sa soirée à la philosophe Hannah Arendt, avec un biopic et un documentaire. Essayons de (re)lire Arendt.

Hannah Arendt, philosophe et journaliste allemande (naturalisée américaine), connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l'histoire.
Hannah Arendt, philosophe et journaliste allemande (naturalisée américaine), connue pour ses travaux sur l’activité politique, le totalitarisme, la modernité et la philosophie de l'histoire. © Getty / Fred Stein Archive

Bon sang qu’ils sont intelligents dans cette chaîne ! Presque autant que RMC Découverte qui nous oblige à relire la Bible et la mythologie grecque. En ce moment, on est perdu. On nous dit chaque jour que l’émotion médiatique prime sur les faits et la conseillère de Donald Trump explique face caméra que « Non, ceci n’est pas un mensonge, mais un fait alternatif ».

On nous bassine avec l’ère de la « post-vérité », mais pour être honnête, la vérité, on n’a pas beaucoup d’outils pour y penser. Nous allons donc, tous ensemble, nous mettre à la philosophie. Et pour de bon !

Ceci n’est pas du tout une blague. On va s’acheter des livres, on va se retrousser les manches, on va demander à ceux qui savent quand c’est trop difficile. Parce que Platon, Leibnitz, Kant, Nietzsche, Bachelard, c’est très ardu.

Il y en a une qu’on peut peut-être essayer de défricher un peu tout seul, c’est Hannah Arendt. Les origines du totalitarisme, 1951, _La condition de l’homme moderne, 1961, La crise de la culture_, 1972. En 20 ans, elle travaille au corps toutes les questions qui nous sautent méchamment à la figure aujourd’hui. Et si ça se trouve, l’idée d’Arte est de nous raconter sa vie (dingue) pour nous donner envie d’y plonger.

Arendt, dans le texte :

La marque de la vérité de fait est que son contraire n’est ni l’erreur ni l’illusion, ni l’opinion, mais la fausseté délibérée ou le mensonge.

Plus loin :

Le résultat d’une substitution cohérente et totale de mensonges à la vérité de fait n’est pas que les mensonges seront maintenant acceptés comme vérité, ni que la vérité sera diffamée comme mensonge, mais que le sens par lequel nous nous orientons dans le monde réel se trouve détruit.

Arendt encore :

La liberté d’opinion est une farce si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce ne sont pas les faits eux-mêmes qui sont l’objet du débat.

Et dans le rapport entre les faits et la politique :

Les faits sont supérieurs au pouvoir ; ils sont moins passagers que les formations du pouvoir, instrument transitoire donc hautement incertain. Par conséquent, la vérité et les faits ne sont pas en sécurité entre ses mains.

Plus loin :

Les chances qu’a la vérité de fait de survivre à l’assaut du pouvoir sont effectivement très minces.

Et la philosophe de s’interroger :

Pourquoi une soumission, même à la vérité de fait, est-elle ressentie comme une attitude antipolitique ?

Question magnifique, brûlante. Essayons de lire Arendt.

► LE PROGRAMME : La soirée Hannah Arendt, c'est ce soir sur Arte, à partir de 20h50.

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