Tënk, c’est l’Ardèche qui s’invite sur votre canapé.

Capture écran de killing time entre deux fronts
Capture écran de killing time entre deux fronts © Lydie Wisshaupt-Claudel

Vous savez peut-être que le petit village de Lussas, près d’Aubenas, se transforme chaque été en capitale du doc : c’est là que se déroulent les États Généraux du film documentaire. Depuis l’été dernier, l’équipe du festival a lancé une plateforme de vidéo à la demande, sorte de Netflix à la française pour voir des documentaires d’auteur. Ça s'appelle Tënk, l’abonnement coûte 6 euros par mois, et 1 euro le premier mois. Vous y trouverez des docs exigeants, passionnants, tels qu’on en voit peu à la télé.

A l’occasion du « mois du film documentaire », qui démarre aujourd’hui, Tënk met en ligne gratuitement un film intitulé Killing Time, entre deux fronts.

Une scène, bouleversante : nous sommes en discothèque, dans un trou paumé de Californie, en plein désert. Musique et lumières de circonstance, des lasers de toutes les couleurs. La caméra filme en plan très serré, on ne voit pas tellement la boîte de nuit mais la nuque d’un homme. Et soudain, un laser rouge se met à danser sur son crâne rasé. J'en ai eu le souffle coupé. Comment ne pas penser à un sniper qui prépare son tir ? Car cet homme en discothèque, c’est un soldat américain qui passe le temps entre deux missions.

On est à Twentynine Palms, petite ville américaine écrasée de chaleur, où se trouve une base de marines. C’est là que se retrouvent les soldats de retour d’Irak et d’Afghanistan. Lydie Wisshaupt-Claudel y a installé sa caméra pendant plusieurs mois.

Que fait-on, quand on n’est pas à la guerre ? On tue le temps, en attendant. Un nouveau tatouage (« la mort plutôt que le déshonneur » semble être tendance, tatoué sur la poitrine de préférence), des cuites entre copains ou des séances de tir. Beaucoup de plans fixes pour raconter le temps qui s’étire, l’image est très soignée. Pas de voix off ni de commentaire, et pas non plus d’interview des protagonistes. Mais on croit lire dans le regard de chacun l’absurdité de cette vie et la difficulté de trouver sa place.

Entre deux bières, les marines se racontent leurs insomnies, en feignant ne pas comprendre d’où vient cette difficulté à trouver le sommeil. On touche du doigt aussi leur passion pour les armes. Et tous préféreraient, c’est assez clair, ne pas avoir le temps de trop cogiter entre deux missions. La vacuité de leur vie quotidienne est finalement d’une violence inouïe. C’est un film magistral sur le hors champs de la guerre.

Killing time, entre deux fronts : c'est un documentaire signé Lydie Wisshaupt-Claudel à voir gratuitement sur la plateforme Tënk pendant tout le mois de novembre.

La bande annonce sur le site Allociné

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