Ce soir sur Arte, deux films de Jean-Luc Godard.

Godard à la télévision, c’est l’occasion de faire parler Godard de la télévision.

Parce que le cinéaste a été un grand personnage de télé, interviewé par tous les cadors du PAF, qu’il se plaisait à maltraiter, profitant de ses passages pour mettre en abyme le dispositif télévisé.

Pour « réfléchir » le petit écran – réfléchir au sens de la pensée, réfléchir au sens de la lumière renvoyée et de l’image engendrée. Et pour défendre le grand écran. « Quand on regarde la télévision, on baisse la tête. Quand on entre dans une salle de cinéma, on la relève », disait Godard.

C’est lui qui avait fait recadrer Yves Mourousi pour que l’image soit à l’égale des peintures de la Vierge Marie. Lui, qui avait demandé à Michel Polac de continuer son émission les yeux fermés. Lui qui expliquait à quel point on a peur, « très peur de l’image, car on ne veut surtout pas voir. Il suffirait de montrer. La télé est si mauvaise à cause de ça, insistait-il. Elle part du texte. Jamais des images. Moi, j’ai besoin d’image pour ma santé. Si je suis con, j’ai besoin d’une image qui me le montre. Si vous vous contentez de me le dire, je ne vous croirai pas » .

Qui mieux que Godard pour expliquer à quel point ces voix off et ces commentaires pourris ont tué le pouvoir de la télé ? Il avait d’ailleurs ajouté, dans un autre entretien : « la télévision fabrique de l’oubli, le cinéma fabrique des souvenirs ». Génie des formules.

Devant une kyrielle de caméras, il s’était fait entarté au Festival de Cannes. Le visage couvert de Chantilly, il analysait : « C’est la presse et les médias qui fabriquent un évènement.

On n’est plus des êtres humains. On est des moments d’un évènement préfabriqué ».

« Touche pas à mon poste », son public, ses chroniqueurs, tout y est. Pour Jean-Luc Godard, dans les années 70, « non, le cinéma n’influençait pas la jeunesse. Il fallait, à l’inverse, que la jeunesse influence le cinéma ».

Comme on aimerait aujourd’hui que la télévision n’influence pas la jeunesse, mais que la jeunesse influence la télévision…

Enfin, Godard s’interrogeait : « Quand la gauche aura le pouvoir, est-ce que la télévision aura toujours aussi peu de rapport avec les gens ? ».

Oui, Jean-Luc, chaque fois que la gauche a eu le pouvoir, et c’est le cas, en ce moment, elle a remis les médias aux mains de grands groupes puissants qui n’agissent pas, mais pas du tout, dans l’intérêt des gens.

Pierrot le fou c’est ce soir sur Arte à 20h55

Anna Karina dans Pierrot le fou
Anna Karina dans Pierrot le fou © Radio France

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