Le film d’Alexandre Valenti avait fait du bruit et le renvoyant, resurgit ce que cette épopée humaine, toujours non résolue, a de plus poignant et de plus déchirant.

Retracés, les camps de torture clandestins qui tournaient à plein régime après le coup d’état militaire de Videla en 1976. Retracé, le plan d’extermination systématique des ennemis supposés de la junte. Retracé, le destin obscur de ces milliers de jeunes femmes dont des anthropologues légistes Américains identifieront un jour les squelettes dans des charniers. Retracés, leurs accouchements sous les verrous de la dictature. Retracé, ce qu’il est advenu de leur nourrisson.

Le combat des grands-mères de la Place de Mai a été largement médiatisé. D’ailleurs, ce doc, raconte un combat pour la médiatisation. Pour la levée de l’impunité du crime qui consiste à soustraire un nouveau né et à maquiller son identité. Il a fallu à ces vieilles dames incroyablement dignes et lumineuses, qui fêtent cette semaine les 40 ans de leur mouvement, s’imposer au grand jour et utiliser tous les moyens, notamment la pub et les séries télé, pour faire naître le doute chez ces garçons et ces filles qui ont grandi dans des familles sans avoir jamais vu de photos d’eux bébé.

La force du film de Valenti est bien sûr de restituer l’immense avancée pour la génétique qu’a constitué la création d’une banque de données sanguines et la reconnaissance légale d’une filiation entre grands-mères et petits enfants aux mères portées disparues. Mais au-delà, imaginez ces gens qui ont à mon âge et qui découvrent, du jour au lendemain, que leurs parents ne sont pas leurs parents, qu’ils sont leurs ravisseurs, pire peut-être, les assassins de leurs vrais parents. Depuis leur plus jeune âge, ces enfants pensaient que les ennemis du régime étaient des terroristes et des déviants. Voilà qu’ils se révèlent leurs papas et leurs mamans.

Valenti a filmé le procès des bébés volés, à Buenos Aires en 2012. Il a filmé en même temps le récit de ces retrouvailles en forme séisme. Il a filmé aussi ces mamies qui continuent d’ouvrir leurs bras chaque matin, mais… personne ne vient. Ces ados qui ont compris tous seuls le secret de leur naissance, mais que personne ne recherchent. A ce jour, je crois, 119 des 500 bébés volés ont été identifiés. La mort emporte petit à petit les grands-mères de la Place de Mai. Une poignée de leurs petits enfants retrouvés ont pris le relais.

AU PROGRAMME ►► Argentine, les 500 bébés volés de la dictature, ce soir sur France 5

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