Le documentariste François Chilowicz a passé deux avec les jeunes du Mirail. Donné du temps. Et eux, qu’est-ce qu’ils donnent en échange ? De l’intelligence.

Extrait de "Quartier impopulaire" de François Chilowizc (capture d'écran depuis un extrait sur Youtube faite le 03/01/2016)
Extrait de "Quartier impopulaire" de François Chilowizc (capture d'écran depuis un extrait sur Youtube faite le 03/01/2016)

C’est long, c’est sans artifice de mise en scène, sauf la musique qui pulse des kilomètres parcourus à moto. Une caméra, un micro, des mots, des voix, des paroles qu’on entend tout le temps, mais jamais comme cela. Jamais sur la longueur. Qu’on entend, mais qu’on n’écoute pas. Le prisme est double, toujours : comment je nous vois, comment les autres nous voient. Vous me direz, les sujets sont courus d’avance. Entre-aide et entre-soi, échec intime et échec social, voile, textes sacrés, Charlie, pas Charlie, attentats, « chiens de l’enfer », « sionistes qui tiennent le monde ». Et les Musulmans là-dedans ?

Immense différence… D’un côté, l’archétypal témoin de l’actualité, celui que les JT viennent chercher en temps de crise pour illustrer un sujet. Celui qui pense, à raison, que sa parole se retournera toujours contre son quartier et que quoi qu’il dise, il est là pour se justifier. « On nous parle sans cesse de ce que les gens ressentent à cause de nous, mais nous, on ne nous demande jamais ce qu’on ressent ».

De l’autre côté, il y a le boulot des documentaristes. Ici, François Chilowicz. Deux années passées avec les jeunes du Mirail. Donné du temps. Et eux, qu’est-ce qu’ils donnent en échange ? De l’intelligence. Même quand c’est pour dire des conneries, y en a aussi, des horreurs. Les discours se construisent, s’éclairent, s’approfondissent, s’humanisent. Le doute émerge. Le désir ou la colère, tout se dit autrement. Et il faut prêter l’oreille au questionnement de Chilowicz : jamais à l’image, chaleureux, subtile, murmuré dans un demi sourire, mais frontal, sans fausse connivence, ni complaisance, aucune. Il reçoit tout, il ne leur passe rien.

A la toute fin du film – pourtant, ça me paraît une évidence de vous le livrer dès maintenant – François Chilowicz se souvient, « quand j’étais enfant et que les adultes parlaient de la guerre, il pouvait m’arriver de me demander si je me sentais plutôt juif ou plutôt français. Mais jamais je n’ai eu à douter de ma citoyenneté française. On ne m’en a jamais demandé aucune preuve, ni aucune justification. C’est sécurisant. Ca donne confiance en soi ». Chilowiscz se souvient, tant les habitants du Mirail lui renvoient une image de la France qui semble avoir retiré sa confiance en ceux qui l’a peuplent.

► "Quartier impopulaire", c’est ce soir sur France 2 à 23h05…

Le vrai problème c'est quoi ? Il manque du travail, les gens sont dans la galère, la moitié n'arrivent pas à nourrir leurs enfants. Elle est là la vrai réalité.

La barrette de shit, c'est de quoi se payer le minimum de dignité ?

Les jeunes sont un peu abandonnés [...] ils sont perdus parce qu'ils ont rien

D'être discriminé à l'embauche, d'être discriminé à l'adresse, d'être discriminé même au côté festif de la vie [...] donc toi, tu veux plus aller vers l'extérieur !

La chronique en vidéo

► ET AUSSI | La chaîne youtube de François Chilowicz

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