Je ne vous refais pas l’odyssée des débats télé depuis 1974. En ce jour, ce serait un marronnier.

En revanche, votre chroniqueuse du PAF n’étant pas exclusivement payée pour regarder « Le meilleur pâtissier », se propose de partager avec vous ce matin un article lu dans dernière livraison de la revue « Télévision » du CNRS.

La chercheuse Claire Sécail, toujours minutieuse et clairvoyante, s’est interrogée sur « le gigantisme politique au petit écran ». Son travail ne porte ni sur les débats, ni sur les émissions politiques, pléthoriques cette année, mais sur la fabrication d’un autre spectacle télévisé : le meeting.

Voilà des mois que vous en regardez. Vous étiez-vous vous rendus compte que les meetings politiques étaient devenus des programmes comme les autres ? A quel point ils se sont insérés dans les grilles des canaux tout info et même des chaînes généralistes à l’instar de n’importe quel rendez-vous suivi en direct ? Fini le résumé en 2 minutes 30 dans les JT.

La bascule date de 2007, lorsque BFM y ouvre pleinement son antenne et multiplie les dispositifs pour couvrir et commenter les rassemblements. 2012 : les candidats ont complètement intégré combien ces évènements réservés aux militants doivent être construits pour le petit écran, fruits d’une coproduction entre la sphère politique et la sphère cathodique. Tout y est adapté. La mise en scène, les effets visuels, le format des discours (50 minutes pour que les chaînes puissent conserver leurs écrans publicitaires, sauf Macron qui déroule des interventions sans début, ni milieu, ni fin) et même l’heure de la prise de parole. En dégainant le premier, un candidat occupe le terrain des retransmissions, fermant le robinet à ses concurrents.

2017 : la télévision absorbe intégralement les meetings au point d’abdiquer. Pas un jour, ces dernières semaines, sans que vous n’ayez remarqué, en haut à droite de l’écran, la mention « image fournie par le candidat ». Les partis livrent clé en main le programme télé, c’est un fait généralisé. Quelle en est la conséquence ? Une plus grande soumission de l’agenda médiatique à l’agenda politique ? Oui.

Une difficulté de plus en plus évidente à mettre à distance le fait politique au sein de l’espace journalistique ? Oui. Mais surtout l’expansion télévisuelle d’une rhétorique traditionnellement réservées aux salles surchauffées, d’une langue qui parle aux tripes et autres affects. Et qui ne s’adresse plus seulement aux militants, mais aux téléspectateurs, directement.

POUR ALLER PLUS LOIN ►► La revue "Télévision" publiée aux éditions du CNRS, dont le dernier numéro est consacré aux "Mutations télévisées des campagnes électorales.

L'équipe
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.