La télé n’est pas qu’un flux continu d’information et de divertissement. Elle sait aussi s’arrêter. Produire du sens, créer des formes, mettre en scène des regards.

Jeune femme assise sur le sol et regardant la télévision
Jeune femme assise sur le sol et regardant la télévision © Getty / picturegarden

La télé est capable du pire. Le pire étant pavé de bonnes intentions éditoriales qui font, parfois, encore plus de ravages qu’un cynisme bien dégueulasse et bien assumé. Mais en préparant l’interview de Michel Onfray, hier, (Michel Onfray pour qui la télé est « une arme de destruction massive de l’intelligence »), j’ai été obligée de m’y arrêter.

Verdict : On ne peut pas réduire le petit écran aux dérivés de la télé-réalité, ni même à quatre chaînes d’info, deux JT et trois talk-shows. Et, pour une fois, on pourrait rendre hommage aux réalisateurs et producteurs de documentaires, décapants et talentueux, dont les films sont programmés par France 2,3, 4 et 5, Arte, Canal à des heures de grande écoute.

A ces documentaristes italiens, grecs, portugais venus frappés aux portes des chaînes françaises, parce que tout simplement dans leur pays, on ne finance plus leur travail, mais plus du tout. A ces objets numériques ultra créatifs auxquels France 4 et Arte ont donné le jour. A ces fictions politiques, à ces séries françaises inspirées et exigeantes que Canal+ a imposé chez nous, alors qu’on sortait à peine de Navarro et Julie Lescaut. A ces cinéastes hors de nos frontière qui ne pourraient plus tourner s’il n’y avait pas notre télé pour les aider.

Sans les chaînes françaises, pas de frère Dardenne, pas de Ken Loach, pas de Michaël Haneke, pas de l’Iranien Jaffar Panaï.

La télé n’est pas qu’un flux continu d’information et de divertissement. Elle sait aussi s’arrêter. Produire du sens, créer des formes, mettre en scène des regards. Et pas seulement de « la pensée unique », comme le fait remarquer Onfray. Mais des regards croisés qui interrogent méchamment notre époque, qui montrent ce qu’on ne peut ou ne veut voir et fouillent les recoins de notre Histoire : l’Indochine, l’Algérie, la collaboration, les zones d’ombre de la cinquième République, les mythologies mitterrandiennes.

Oui, la télévision française est encore un outil de compréhension et de connaissance. On a raison de la critiquer, de la secouer, de lui opposer le contre-pouvoir de nos consciences citoyenne. Mais, ne l’oublions pas, c’est pour défendre ce qu’elle a de meilleur.

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